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Plateformes : que voir sur Canal+, Netflix, Apple tv, Amazon

Dernière mise à jour : 19 mai





On me dit souvent "mais où peut on voir les films dont tu parles vu qu'on ne va jamais au cinéma ?" et on me dit souvent "ben tu devrait préciser où ils passent tes films, sur quelle plate forme".


Et bien votre blanc lapin l'a fait ! Avec cette nouvelle rubrique qui sera tenue à jour, je vous aisélectionné des pépites plus ou moins anciennes de films disponibles sur ces Canal+, Netflix, Apple tv et Amazon avec à chaque fois une ligne de synthèse et le lien vers ma critique ou carrémment ma critique.. Profitez en pour rattraper les films listés que vous avez la chance de ne pas avoir encore vus !



"Killers of the flower moon" de Martin Scorsese


Enfin le maitre Scorsese réunit ses deux acteurs fétiches, Léonardo DiCaprio et Robert DeNiro, excellents l’un comme l’autre dans cette histoire méconnue et passionnante de l’effacement d’une population par les yankees blancs.


Killers of the flower Moon a contre lui sa durée de 3h26 qui en rebutera plus d’un mais il a pour lui ce scénario impeccable et cette maestria de mise en scène qui nous montre l’un des plus grands réalisateurs de tous les temps rétablir l’honneur et le souvenir de ces indiens spoliés jusqu’au bout par la violence capitaliste issue du contrôle du pétrole.


Une ironie alors que ces derniers avaient été asservis après avoir été massacrés par les colons puis les cow-boys. Le film prend son temps pour raconter la fourberie du personnage de DeNiro, vieillard en apparence bon et attentionné pour cette population mais qui n'est en réalité qu'un parrain mafieux liquidant tous les individus sur le chemin de sa cupidité, sans aucune empathie alors qu'il en joue. En ce sens l'acteur des Affranchis et Casino renoue avec ses rôles les plus marquants, Scorsese orchestrant la rencontre du western avec le film de mafieux. Sa mise en scène vive et acérée comme à l'accoutumée a certes quelque chose de classique mais c'est parceque Martin Scorsese est un pan du cinéma à lui tout seul. Son style et son influence sont tels qu'effectivement, on n'est plus surpris par le bonhomme.


Léo DiCaprio campe quant à lui un personnage faible et manipulable, pas très intelligent mais qui ressent des sentiments pour la femme qu'il détrousse et à qui il a fait des enfants. Il est juste d'une bassesse humaine et d'une absence totale de morale qu'il croit qu'on lui pardonnera toujours tout et que surtout, comme tous ses compatriotes blancs, il est supérieur racialement aux hommes et femmes à la peau rouge. Scorsese saisit si parfaitement ce racisme ancré si profondément que les blancs se doivent de jouer la comédie pour récolter les dollars des peaux rouges dont les terres sont irriguées de pétrole. C'est pessimiste et glaçant sur la nature humaine mais c'est une histoire vraie !


L’Histoire américaine est vue sous un angle peu flatteur, celui des génocidaires devenus petites frappes criminelles sans aucun recul ni conscience des atrocités qu'ils commettent. A 80 ans, Martin Scorsese offre son film le plus engagé et enfin une image à tous ces êtres effacés de l'histoire. Sa fresque est grandiose et magistrale. Non Martin, vous ne pouvez pas réaliser encore que un ou deux films.


La piste aux lapins :




The Old Oak de Ken Loach




Le pitch : TJ Ballantyne est le propriétaire du "Old Oak", un pub qui est menacé de fermeture après l'arrivée de réfugiés syriens placés dans le village sans aucun préavis. Bientôt, TJ rencontre une jeune Syrienne, Yara, qui possède un appareil photo. Une amitié va naître entre eux...


A 86 ans, le maître britannique qui était censé avoir terminé sa carrière revient pour un nouveau film. L’homme derrière de multiples bijoux du cinéma social britannique a signé ces films incontournables que sont Kes, Family life, Riff Raff, Ladybird, Land and freedom, My name is Joe, Sweet sixteen, Le Vent se lève (1ere Palme d’Or) ou Moi, Daniel Blake (seconde Palme d’Or).


Ses détracteurs ont trouvé le film mièvre et naïf, trop gentil. Oui mais ceci fait tellement de bien qu'avec une grande sobriété, Loach se tienne encore debout le poing levé. Il est toujours là et il revient témoigner une dernière fois d'un autre drame qui le déchire, celui des migrants syriens confrontés au racisme le plus pur de pauvres gens vivant dans des bassins autrefois miniers, ravagés par le chômage et la pauvreté. Et comme le dit l'un des personnages, les pauvres peuvent effectivement facilement rejeter les plus pauvres qu’eux par peur, par incompréhension qu'on les aides et pas eux, parceque les sujets de politique internationale et de migrations les dépassent, qu'ils voient concrètement que des étrangers débarquent chez eux.


Mais plutôt que de les juger, Loach a la grande intelligence d'expliquer que parmi eux figurent fort heureusement des hommes et femmes au grand cœur et que dans l'adversité le fait de se serrer les coudes entre victimes de la violence du monde, rend plus heureux à défaut de rendre plus forts. Le vieux chêne qu'est Ken Loach a comme arrêter de croire qu'on pourrait faire changer le monde, il est amer mais il tient débout et ne veut pas lâcher l'espoir. Ce qui est magnifique dans The Old Oak et qui m'a fait pleurer à chaudes lames à plusieurs reprises, c'est que Ken Loach filme avec une simplicité et un naturel déconcertant la beauté qu'il y a potentiellement en chaque être humain.


Cette capacité que chacun d'entre nous a de se donner pour l'autre et de regarder moins ses propres problèmes et plus ce qui peut aider soin prochain. Loach n'est pas croyant dans une religion mais il croit en l'homme, en sa capacité à créer de belles choses en s'unissant. C'est peut-être naïf mais d'une part c'est souvent vrai et d'autre part c'est le plus beau message d'espoir qu'il pouvait nous léguer après une filmographie aussi brillante où il a passé son temps à réveiller les consciences. Ken Loach manquera forcément au monde du cinéma, le maitre n'ayant pas son pareil pour provoquer l'émotion tout en parlant des plus démunis avec justesse et empathie.


The Old Oak a été très chaleureusement accueilli en compétition à Cannes 2023 et certains le voyaient comme une potentielle 3ème palme d'Or pour le cinéaste. C'est un chant du cygne admirable de bout en bout, une synthèse de l'essence même de son cinéma et un énorme coup de cœur dans cette riche année 2023. Ken Loach part avec ce dernier opus, d'une grande classe et c'est le plus beau cadeau qu'il pouvait nous faire. Merci Monsieur Loach pour ces 50 ans de carrière et toutes les émotions et les cris de colère que vous nous avez fournies. Merci.


La piste aux Lapins :



Le règne animal De Thomas Cailley 


 Cailley 


Le réalisateur du très bon "Les combattants" revient enfin : "deux ans après l'apparition des premières mutations de l'homme vers l'animal. La société s'adapte, prend en charge et tente de soigner ses "créatures" dans des centres spécialisés. Mais un convoi a un accident, et les Créatures se dispersent dans la nature…".


Romain Duris et Adèle Exarchopoulos sont accompagnés de Paul Kircher, la révélation du film Le lycéen sorti fin 2022, pour ce film SF made in France.

Et disons le d'entrée, "Le règne animal" est une énorme claque comme on en voit rarement et sera probablement l'un des plus grands films de 2023.

Fable écologique novatrice, le film a reçu un superbe accueil à Cannes car le résultat est époustouflant, d'une grande profondeur de thématiques tout en étant divertissant.


Le jeune Paul Kircher est de la plupart des scènes et il est brillant de naturel, d'animalité. Il est drôle et touchant en adolescent qui comprend ce qui lui arrive et cherche à repousser l'inévitable. Sa connexion avec la nature, son rapport à ces êtres mi-hommes mi animaux est fascinant. Le film aurait pu tomber dans le ridicule très rapidement. Sauf que c'est tout l'inverse en utilisant une forme originale et créative pour mieux traiter du fond, des questions qu’il soulève avec puissance.


Thomas Cailley a pris un risque et quel risque, en ayant l'ambition de porter ce discours métaphorique sur le bien être animal, sur la tolérance vis à vis d'êtres différents, thématiques traitées dans de nombreux films, de films d'auteurs jusqu'aux X-men. Et là, avec sa mise en scène fluide et inspirée, en utilisant la nature comme refuge et cette approche fantastique loin des images de blockbusters américains, il vise extrêmement juste. Mieux, il touche à l'universel de par ces thématiques traitées avec une créativité confondante de beauté. Car ces animaux donc, ne sont pas du tout ridicules, ils sont non seulement crédibles mais ils sont beaux, là où oser ce type d'image était super casse gueule.


Thomas Cailley fait donc un retour triomphal après 9 ans d'absence avec ce film d'une créativité, d'une poésie extrêmement rares. Romain Duris est encore une fois excellent et très touchant et montre qu'il est un très grand acteur, aux intelligences de choix de films toujours bluffante. Dans le rôle de ce père tolérant, altermondialiste et surtout aimant, il nous bouleverse tout au long du film et nous tire des larmes chaudes car pas du tout baignées de pathos. L'autre thème du film, la filiation, est traité avec beaucoup de pudeur et de justesse. Son duo avec Paul Kircher fonctionne à merveille et les quelques scènes avec la géniale Adèle Exarchopoulos amènent leur lot d'humour et de simplicité. Car oui, en plus d'être beau, surprenant, d'embrasser de telles thématiques avec autant d'efficacité et de naturel, le film est souvent drôle.


Le règne animal est une fable d'anticipation au souffle romanesque, dont le charisme des acteurs et la force des images et du récit font qu'on se dit qu'on a vu un chef d’œuvre.


Et c'est un miracle car dans ce genre de science-fiction, qui plus est en France, on pouvait difficilement s'y attendre.


Courez vous rendre voir ce petit bijou d'une confondante beauté, il vous marquera à coup sur.


La piste aux Lapins :




"The Creator" De Gareth Edwards



Dans un futur proche, humains et intelligence artificielle (IA) se livrent une guerre sans merci.

Soldat américain infiltré en Asie, Joshua est séparé de sa femme Maya au cours d’un assaut. Supposant que celle-ci est décédée, il rentre aux États-Unis, complètement dévasté. Cinq ans plus tard, l’armée lui demande de revenir sur le terrain, craignant qu’une puissante intelligence artificielle n’ait créé une arme qui permette à l’Orient de gagner la guerre qu’elle livre à l’Occident. Sentant son utilisation proche, elle souhaite qu’il la trouve et la détruise.

Lorsque la colonelle Jean Howell apprend à Joshua que Maya est peut-être en vie et qu’elle se trouverait dans la zone de combat, celui-ci trouve soudainement un nouvel enjeu dans cette mission qu’il avait tout d’abord accepté à contrecoeur. Cependant, peu après son arrivée en Asie, il découvre que l’arme en question n’est autre qu’une petite fille de 6 ans prénommée Alphie. Dès lors, Joshua commence à remettre en question ses convictions sur l’IA : Où est la vérité ? Que lui a-t-on caché ?


Gareth Edwards est donc de retour avec un film de science-fiction qu'on n'attendait pas, 7 ans après avoir signé le meilleur film Star Wars depuis que Disney a racheté LucasFilms, à savoir Star Wars Rogue One.


Soyons directs, le film est une très grande réussite. De Rogue One, le réalisateur conserve son goût pour les combats divers en mode résistance à l'envahisseur. Il y laisse de la même manière la rudesse des images de massacres et arrive à rendre ces scènes prenantes et révoltantes alors que la plupart du temps ce sont des robots qui se font tirer dessus. Mais l'idée que les robots aient non seulement développé une conscience mais qu'ils aient scanné les visages des humains volontaires pour donner leur visage et leur caractéristiques de conscience, ait une excellente idée. Certes, Edwards pioche dans les grands classiques de la SF mais il y apporte sa propre vision et surprend à plusieurs reprises. Le duo formé par John David Washington et la jeune Gemma Chan, est très attachant et apporte son lot d'émotions. Car à aucun moment le metteur en scène n’oublie l'affect sans tomber dans le pathos et tout en livrant un résultat Sf absolument brillant visuellement. Certes quand on voit le niveau des effets spéciaux dans les séries aujourd'hui on ne cesse d'être bluffé mais là c'est à nouveau un exemple du gap pris par l'industrie depuis quelques années.


Enfin et surtout, le parti pris géopolitique du film a de quoi surprendre de la part d'un film à budget certes loin des blockbusters, Gareth Edwards ayant fait de la magie avec peu, mais un budget tout de même. En effet les américains passent pour d'énormes connards incapables de tendre l'oreille et le film critique ouvertement les exactions américaines au Vietnam tout comme l'invasion de l'Irak post 11 septembre en inventant les armes de destruction massives. Le film gagne en épaisseur grâce à ce sous-texte politique vraiment original dans le genre et qui fait beaucoup de bien.


Ensuite le film prends à contre pied nombre de récits de Sf abordant l’intelligence artificielle et c'est plutôt là aussi, une bonne surprise.


Le spectacle total est donc là, ce n'est ni une adaptation ni la suite d'une franchise et çà fait un bien incroyable de voir qu'on peut encore sortir des histoires originales et tenter de titiller la SF adulte à la « Blade Runner » ou « Dune ».


Un divertissement intelligent, ambitieux, généreux, aux personnages nuancés et attachants.


La piste aux Lapins :




"Le Procès Goldman" De Cédric Kahn



En avril 1976, débute le deuxième procès de Pierre Goldman, militant d’extrême gauche, condamné en première instance à la réclusion criminelle à perpétuité pour quatre braquages à main armée, dont un ayant entraîné la mort de deux pharmaciennes. Il clame son innocence dans cette dernière affaire et devient en quelques semaines l’icône de la gauche intellectuelle. Georges Kiejman, jeune avocat, assure sa défense. Mais très vite, leurs rapports se tendent. Goldman, insaisissable et provocateur, risque la peine capitale et rend l’issue du procès incertaine.



Cédric Kahn signe un grand film de procès, à la facture très classique, plus classique que la Palme d'Or "Anatomie d'une chute" mais avec un reflet politique d'une époque, celle des années 70, assez forte en soit pour faire oublier le classicisme.


Car c'est un procès très politique à une époque où l’extrême gauche radicale et violente a commis des attentats et se trouve soutenue au moins en partie par une intelligence parisienne avec des artistes de renom comme Simone Signoret.


Le film est très intéressant puisque le grand demi-frère de Jean-Jacques Goldman, le chanteur, était un personnage haut en couleur, clamant tant ses idéaux révolutionnaires que ses origines juives polonaises. Ce qui surprend c'est que derrière la violence verbale et l'énervement du personnage, qu'on devine avoir continuellement fait des sorties de pistes de par son caractère trempé, il y a aussi un homme qui a des convictions et une forme de morale. Il explicite très bien qu'il met la barrière entre le bien et le mal à un autre niveau que le français moyen puisqu'il reconnait ses braquages mais qu'attenter à la vie d'innocent est impossible pour lui. impossible de part l'éducation qu'il a reçue d'un père héros de la résistance et des principes, des valeurs auxquels il tient. Et c'est tout l’intérêt du film et sa dynamique passionnante que de voir un emballement de la machine judiciaire et de l'accusation, de la police pour avoir trouvé un coupable idéal qui coche toutes les cases mais dont les preuves de la culpabilité sont légères.


Le film s'intéresse alors au racisme qui déjà à l'époque irriguait la société française mais aussi à la difficulté de témoigner lorsque l'on est lancé dans la machine et que la mémoire comme l'auto-persuasion et le contexte de l'interrogatoire peuvent influencer les témoins, sans même qu'il y ait la moindre idée de complot de derrière.


Un film d'une rigueur et d'une droiture d'une grande maitrise.


La piste aux Lapins :




"Un métier sérieux" De Thomas Lilti


Thomas Lilti revient après l’excellent "Hippocrate", décliné en série et s’intéresse donc à un autre métier pilier de la société, celui d'enseignant.


Avec la même précision et le même amour pour ses personnages, il dresse un tableau dur mais attendrissant d'individus un peu laissés pour compte entre envie d’apprendre aux élèves et nécessité de faire la police. On les voit se poser des questions éthiques, adapter leur vie perso aux horaires qui les amènent loin de chez eux en banlieue. Mais il n'y a dans "Un métier sérieux" aucun misérabilisme. On voit juste des gens tenter de bien faire leur métier sans être super bien payés et dont chacun a ses propres soucis.


C'est sans doute de film choral aux multiples portraits d'individualités qui vivent des histoires familiales et personnelles diverses qui permet au film d'être aussi attachant.


On ne voit pas que l’intérieur de cette grosse machine sans beaucoup de moyen, avec un proviseur souvent largué, on y voit aussi l’interaction perso pro et cette approche est très fine.


Vincent Lacoste, François Cluzet et Adèle Exarchopoulos, William Lebghi et Louise Bourgoin sont tous au top.


Spécialiste donc du descriptif des métiers sociaux, Thomas Lilti livre un bon film, pas surprenant ni d'une originalité renversante mais un bon film qui vise juste.


La piste aux Lapins :




"Une nuit" d'Alex Lutz



Après avoir surpris la presse et le public avec le très bon Guy en 2018, l’humoriste et acteur Alex Lutz revient à la réalisation avec un film d’homme mur au regard mature et encore émerveillé sur le sentiment amoureux. On a souvent vu des films traitant d’une relation fugace de quelques heures entre deux êtres qui s’attirent et s’accordent une parenthèse.


On pense à la trilogie « before sunrise » de Richard Linklater avec Ethan Hawke et Julie Delpy. Ici Lutz va sur le même terrain mais avec ses mots, poétiques parfois, qui surprenaient beaucoup dans son dernier spectacle où il adjoignait à l’humour des pépites écrites avec en ligne de mire une prise de hauteur nostalgique sur le sens de la vie. Il poursuit donc cet exercice avec la brillante Karin Viard dans un duo de dialogues sur le couple, le sexe, les enfants, les amis. Entre ces deux êtres au coup de foudre improbable et qui ne veulent pas abandonner leur vie paisible au delà de cette nuit se jouent les premiers sentiments d’une relation, vécus délicieusement comme un cadeau improbable qu’ils pensaient ne plus jamais vivre.


La liberté qui se dégage du long métrage est touchante et l’exercice d’équilibriste délicat pour ne pas tomber dans le naif, le ridicule ou le sordide. La magie d’"Une nuit" est qu’Alex Lutz réussit tout cela avec talent. Une très bonne surprise.


La piste aux lapins :



"Les filles d’Olfa" De Kaouther Ben Hania


La vie d'Olfa, Tunisienne et mère de 4 filles, oscille entre ombre et lumière. Un jour, ses deux filles aînées disparaissent. Pour combler leur absence, la réalisatrice Kaouther Ben Hania convoque des actrices professionnelles et met en place un dispositif de cinéma hors du commun afin de lever le voile sur l’histoire d’Olfa et ses filles. Un voyage intime fait d’espoir, de rébellion, de violence, de transmission et de sororité qui va questionner le fondement même de nos sociétés.


Curieux procédé choisi par la réalisatrice qui aurait pu être extrêmement bancal et auquel on s’habitue très vire. Olfa et ses deux filles restantes sumpathisent avec les actrices qui jouent les deux filles parties pour Daesh et témoignent de façon transparente de leur quotidien, de comment il a évolué oar petites touches. Et elles rejouent aussi leur rôle, ce qui aurait pu très mal passer et qui au final rend parfaitement le lien entre ces quatre femmes et les déchirements. On y jette un regard curieux de par le procédé avant de se laisser happer par l’histoire de cette Olfa plutôt rebelle et moderne, indépendante des hommes et qui n’a rien fait dans son éducation pour pousser ses filles au Djiad sauf qu’elle a voulu les protéger de la rudesse des hommes qu’elle avait elle même vécue.


Le documentaire est plutôt un docu-fiction, un film au style hybride singulier, désarçonnant et passionnant à la fois. On y parle de la condition des femmes tout autant que de l’endoctrinement par une idéologie fachiste. La parole se libère par le jeu et donne au cinéma une autre forme de catharsis que la pure fiction. Un film inattendu.


La piste aux lapins :



"Yannick" De Quentin Dupieux


Quentin Dupieux a sorti deux films en 2022 avec le très réussi "Incroyable mais vrai" puis le fumeux Fumer fait tousser.


Avant de sortir son « DAAAAAALI ! » autour du célèbre peintre avec Edouard Baer, Pio Marmaï, Pierre Niney, Jonathan Cohen, et Jérôme Niel, le réalisateur sort un second film surprise.


Le problème de Dupieux c'est que certes il sort un film par an et deux en 2022 et deux en 2023, mais c'est toujours le même risque, il a de bons concepts et les films s'étirent malgré une durée courte.


Avec Yannick, c'est un peu le même constat si ce n'est que là la durée de 1h07 évite les longueurs et que le concept fonctionne bien. Avec ce mec paumé, spectateur d'une mauvaise pièce de théâtre de boulevards qui décide de prendre en otage les acteurs et le public, Quentin Dupieux vise juste.


C'est que l'absurde dont son cinéma se pare d'habitude, fonctionne ici très bien grâce à Pio Marmai, Blanche Gadin et Raphaël Quenard, qui après "Chien de la casse", confirme ton talent. Avec son phrasé de type populaire qui n'a rien à perdre et raisonne sans chichis, il réussi à concocter un personnage à la fois flippant, drôle parfois mais surtout en manque de reconnaissance, d'attention de la part d'un public de bobos qui n'a pas ses problèmes de fin de mois et peut se permettre plus facilement que lui de "perdre du temps" dans des divertissements de mauvaise qualité. L'approche sociale du sujet est assez maligne sous ses dehors de comédie et le film surprend par sa morale à la fois sensible et terrible.


Un bon cru pour Dupieux.


La piste aux Lapins :



"La Voie Royale" De Frédéric Mermoud


De Frédéric Mermoud



Sophie est une lycéenne brillante. Encouragée par son professeur de mathématiques, elle quitte la ferme familiale pour suivre une classe préparatoire scientifique. Au fil de rencontres, de succès et d’échecs, face à une compétition acharnée, Sophie réalise que son rêve, intégrer Polytechnique, représente plus qu’un concours... un vrai défi d’ascension sociale.


Suzanne Jouannet est une grande révélation dans ce film à la fois passionnant par sa thématique et surprenant par son angle d’approche. Le reste du casting est également impeccable.


Le réalisateur a la grande intelligence d’être immersif en cinq minutes d’abord en expliquant en quelques scènes brèves d’où vient cette jeune femme brillante et comment elle est repérée. Elle vient d’un milieu paysant et ce sera clairement une exception dans sa classe prépa. On se doute que ce sera l’un des thèmes du film et effectivement cette ligne de scénario sera exploitée par petites touches, au bon moment, portant un regard non misérabiliste sur le monde agricole, posant les difficultés d’une petite exploitation, les difficultés de venir de ce milieu et de gravir des marches dans un autre monde jusqu’à deux scènes miroirs excellentes.


L’une où l’héroïne est confrontée aux clichés de bourgeois sur son milieu d’origine et une idéaologie bien-pensante mais horriblement condescendante sur la notion d’intégration et d’ascenseur social. L’autre avec son père agriculteur qui se confie sur des choix qu’il a fait plus jeune et qui l’ont ramené aux racines agricoles de la famille, expliquant l’importance de la volonté pour défoncer des barrières sociales.


L’essentiel du film détaille le combat quotidien de ces jeunes gens cherchant à devenir l’élite en bossant comme des fous, certains ayant des facilités et les ayant parfois car ils ont baigné dans un cadre aisé, sollicitant en permanence la curiosité et donnant accès à la culture.


Ceci pourrait être un discours cliché mais ici ceci est présenté avec nuance, et un regard détaché et pas du tout revendicatif. C’est juste un constat qui ne fait pas pour autant des jeunes bourgeois imbuvables pour qui tout a été facilité. Là aussi La Voie Royale surprend par sa nuance, montrant des jeunes qui sont certes parfois durs entre eux mais se serrent les coudes aussi, ont de l’affect et une forme de solidarité, très loin des caricatures sur une ultra concurrence malsaine.


La Voie Royale est donc une excellente surprise et l’un des musts 2023 par sa finesse et sa conclusion à la fois positive et sociale. Un grand film.


La piste aux lapins :




"Anatomie d’une chute" De Justine Triet


Cette deuxième palme d’or française en trois ans, attribuée à une réalisatrice raisonne autrement que celle attribuée au très clivant Titane, que j’avais trouvé personnellement pénible à regarder. Si on passe sur la polémique lors de l’attribution de la palme et que l’on se concentre sur l’œuvre, il est clair que Justine Triet mérite sa palme tout comme son succès en salles puisque le film devrait dépasser le million d’entrées.


Le pitch : Sandra, Samuel et leur fils malvoyant de 11 ans, Daniel, vivent depuis un an loin de tout, à la montagne. Un jour, Samuel est retrouvé mort au pied de leur maison. Une enquête pour mort suspecte est ouverte. Sandra est bientôt inculpée malgré le doute : suicide ou homicide ? Un an plus tard, Daniel assiste au procès de sa mère, véritable dissection du couple.


Le choix de Sandra Hüller pour interpréter ce personnage féminin trouble est une idée déjà excellente.


Le visage parfois impassible et énigmatique de l’actrice ajouté au fait qu’elle s’exprime en anglais dans un monde français, atteignent deux objectifs. D’abord on est mis dans la situation d’un juré avec un entretien du doute permanent renforcé par une mise en scène parfois clinique mais d’une redoutable efficacité.


Ensuite on comprend le fait que le personnage soit encore plus paumé que n’importe quel personne accusée de meurtre.


Au fil d’un scénario extrêmement bien ficelé, la réalisatrice nous ballade dans nos propres convictions tantôt penchant pour le fait que l'accusée manipule, après tout le personnage est romancière, tantôt pour le fait qu’elle est innocente via le déroulé de révélations qui soufflent le chaud et le froid. Bref, on ne sait pas et ce qui est brillant chez Justine Triet, c’est qu’elle nous montre la difficulté pour la justice de juger et le façonnement de ce qu’on appelle l’intime conviction.


Swan Arlaud, excellent comme à son habitude, l’exprime très bien en avocat de l’accusée dont le regard trahit le même doute qui nous assaille. Milo Machado Graner, qui joue l’enfant est impressionnant de maturité et livre certaines des scènes les plus poignantes.


Justine Triet réinvente le film de procès en ouvrant les portes du tribunal via des flashs backs, des reconstitutions policières ou le quotidien de cette femme en attente de jugement, dont la vie ne tient qu’à un fil, qui doit gérer son fils, ne pas perdre la foi qu’il a en sa mère, ne pas devenir à ses yeux la meurtrière de son père adoré et bien sûr éviter d’être broyée. Elle est calme, peut être trop, puis elle s’effondre puis combat, doute et à chaque instant on se demande où est la part de maitrise, de jeu et où est notre part de spectateurs jurés paranoïaques.


Un film magistral sur l’ambiguïté d’un couple et sa déliquescence au fil du temps et un film magistral sur la présomption d'innocence.


Et pour sur, une palme très classe.


La piste aux Lapins :



"Misanthrope" De Damián Szifron



Eleanor, une jeune enquêtrice au lourd passé, est appelée sur les lieux d’un crime de masse terrible. La police et le FBI lancent une chasse à l’homme sans précédent, mais face au mode opératoire constamment imprévisible de l’assassin, l’enquête piétine. Eleanor, quant à elle se trouve de plus en plus impliquée dans l'affaire et se rend compte que ses propres démons intérieurs peuvent l’aider à cerner l'esprit de ce tueur si singulier…


Le réalisateur argentin de l’excellent « Les nouveaux sauvages » revient enfin et auX Etats-Unis avec ce thriller d’une efficacité redoutable.


Shailene Woodley est parfaite dans le rôle de cette simple flic qui croise la route d’un brillant agent du FBI, joué par le génial et trop rare Ben Mendelsohn, au sommet de son art et d’une classe incroyable.


L’idée d’un tueur en série de masse en mode taré trumpiste complotiste est vraiment géniale. Elle dit tout d’une Amérique percutée par l’écartement entre les classes sociales et le décrochage total des perdants de la mondialisation. Évidemment, ceci peut générer ce type de monstre flippant quand l’Etat fédéral autorise n’importe qui à s’armer Jusqu’aux dents d’armes de guerre. Damian Szifron nous parle donc avec cynisme et en nous regardant droit dans les yeux, de cette société ultra violente et dangereuse, celle du port d’arme et du libéralisme incontrôlé.


Tous les ingrédients pour arriver au pire. Lorsqu’il ajoute à son scénario une mise en scène haletante et inventive, forcément le film vous capte dès les premières minutes et vous embarque jusqu’à une fin pas loin d’être aussi noire d’un certain Seven.

Un excellent thriller.


La piste aux lapins :



"Chien de la casse" De : Jean-Baptiste Durand


Dog et Mirales sont amis d’enfance. Ils vivent dans un petit village du sud de la France et passent la majeure partie de leurs journées à traîner dans les rues. Pour tuer le temps, Mirales a pris l’habitude de taquiner Dog plus que de raison. Leur amitié va être mise à mal par l'arrivée au village d'une jeune fille, Elsa, avec qui Dog va vivre une histoire d'amour. Rongé par la jalousie, Mirales va devoir se défaire de son passé pour pouvoir grandir, et trouver sa place.

Anthony Bajon et Raphaël Quenard sont excellents dans les rôles de ces deux jeunes hommes de la France rurale, qui n'ont pas spécialement d'avenir, zonent beaucoup et n'arrivent pas à se projeter.


Jean-Baptiste Durand nous montre une relation d'amitié particulière où l'un semble avoir l’ascendant de bagout et de culture sur l'autre, son sous-fifre alors qu'en fait la relation de dépendance marche dans les deux sens. Chacun a besoin de l'autre et chacun joue son rôle, et le grande gueule étouffant et limite harceleur est dans la même détresse. Cette détresse c'est la solitude de deux jeunes hommes qui n'ont pas trouvé l'amour d'une femme et l'angoisse face à un avenir qu'ils voient bouché. Alors ils préfèrent raisonner en mode clan et s'enfermer dans une prolongation de l'adolescence. Mais le film montre les non-dits, Anthony Bajon est très fort pour exprimer beaucoup sans piper mot. Face à lui le moulin à paroles et à leçons données joué par Raphaël Quenard avec cette inquiétude dans le regard qui dit le contraire de son attitude. Son monde s'effrite, son ami "frère" qu'il a couvé va partir pour une femme, pour s'engager dans l'armée ou outre mais il va partir et lui rester seul, tout seul, avec ses livres.


Les deux personnages sont attachants chacun à leur manière car les deux sont vulnérables et ont un bon fond. Le film est au final un film réussi sur l'amitié même si cette dernière est vacharde et déséquilibrée parfois. Comment deux jeunes hommes se tiennent l'un et l'autre au milieu d'une vie qui ne leur ouvre pas "encore" les bras.


La piste aux Lapins :







"Asteroid City" De Wes Anderson


Asteroid City est une ville minuscule, en plein désert, dans le sud-ouest des États-Unis. Nous sommes en 1955. Le site est surtout célèbre pour son gigantesque cratère de météorite et son observatoire astronomique à proximité.


Wes Anderson a tourné Asteroid City avec un casting aussi fou que "The french dispatch" avec Tilda Swinton, Scarlett Johansson, Tom Hanks, Bill Murray, Margot Robbie, Edward Norton, Adrien Brody, Jeff Goldblum, Bryan Cranston, Jason Schwartzman, Matt Dillon, Rupert Friend, Willem Dafoe, Steve Carell !  


Anderson fait partie de mes chouchous car il a un univers unique, un style unique, mélancolique, drôle et perché. Ses invitations à visiter ses univers sur mesure d'une précision d'horloger ont donné de grands films parmi lesquels La Famille Tenenbaum, La Vie aquatique, À bord du Darjeeling Limited, Fantastic Mr. Fox, Moonrise Kingdom, The Grand Budapest Hôtel, L'Île aux chiens.


Ici vous ne serez pas perdus si vous connaissez le style d'Anderson. Tout est millimétré et chaque plan constitue un tableau. C'est beau, c'est soigné et c'est souvent drôle.


Moins dynamique que son prédécesseur, Asteroid city laisse plus de temps aux personnages et c'est tant mieux. The french dispatch allait parfois trop vite.


Encore une fois depuis deux films, une partie de la presse n'aime pus Anderson et le trouve trop caricatural de son cinéma, avec une forme qui prend le pas sur le fonds. Alors c'est vrai en partie mais à la différence d'un Tim Burton qui s'enferma dans son style et produisit des films plats et sans saveur, Anderson livre de très bons divertissements, hyper originaux par rapport à toute la production cinématographique actuelle. Il reste deux crans au dessus de la mêlée et dénier cette qualité à Asteroid City serait un jugement d'enfant gâté, ce que sont les critiques qui se pincent le nez face à un tel objet filmique bien identifié. Cependant force est de constater que ces deux derniers films sont moins impactants. Quelle est la raison ? Ce n'est pas tellement la forme mais plutôt la sensibilité des personnages et le fait qu'on s'y attache moins, peut-être parcequ'il y en a trop justement. La moindre émotion est pour le coup est constat évident. Anderson va dans ces deux prochains films revenir à des castings plus raisonnables et c'est probablement une bonne idée.


Le onzième long métrage de Wes Anderson a un côté méta très charmant sur les conteurs d'histoire via le film dans le film ou plutôt le film dans la pièce de théâtre. Une excellente idée.


La mélancolie est toujours sa marque de fabrique, le style et la classe incroyable de sa mise en scène sont là. Ne boudons tout de même pas notre plaisir. Ce n'est pas le meilleur d'Anderson mais ceci reste très très bon.


La piste aux Lapins :



Le Processus de paix

De Ilan Klipper


Quand on s’aime mais qu’on ne se supporte plus, qu’est-ce qu’on fait ? Pour ne pas se séparer, Marie et Simon se lancent dans une aventure un peu folle : établir une liste de règles qu’ils appellent la charte Universelle des droits du


Camille Chamoux et Damien Bonnard sont souvent très drôles dans cette comédie aux dialogues ciselés sur les compromis du couple, le partage des tâches avec les enfants jusqu’à l’entretien du désir. C’est un film volontairement un peu fou comme ses personnages à la fois attachant et agaçants. Si l’absence de moralisation et le côté bab sont souvent déconcertants, le déroulé déjanté et à toute vitesse emportent la sympathie profonde pour le film. Il n’en demeure pas moins un rythme trop soutenu qui parfois frise le surrégime et lasse un peu. Mais globalement très bonne surprise.


La piste aux lapins :




Et quelques plus vieux films immanquables :



"Frances Ha" De: Noah Baumbach



Le réalisateur Noah Baumbach et son actrice Greta Gerwig, coscénaristes, nous offrent avec Frances Ha un film merveilleusement gai, frais, et joyeux.

  Pourtant, l'histoire de Frances n'est pas très marrante. Danseuse en devenir mais trop vieille pour faire carrière, elle n'a plus de fric et plus d'avenir professionnel. Pire, son mec la largue car elle est trop proche de sa meilleure amie et colocataire, Sophie.


Et puis Frances a un problème, elle est trop franche, trop naturelle, et trop bizarre. Disons qu'elle est particulière. Et surtout, qu'elle ne veut pas grandir. Ca lui plait de vivre comme ça, de boire, de faire l'amour et de se sentir libre, en éternelle étudiante...sauf qu'elle a 27 ans.


L'un des atouts majeurs de "Frances Ha" est de réussir à saisir quelquechose de pas si courant au cinéma, l'amitié féminine. En entrant dans l'intimité de cette amitié dans ce qu'elle a d'attachant et de cruel parfois, le film vous cueille et en sort les plus belles scènes, vraiment émouvantes. On se dit au début que le personnage risque d'agacer, mais c'est sans compter sur le scénario, et actrice, suffisamment barrée mais pas trop, juste assez pour emporter l’adhésion et la bienveillance. Sa nonchalance réchauffe dans un monde un peu trop normé et balisé vers la "réussite".


Cette réussite sociale, et amoureuse sont autant de schémas de vie que la société recommande à Frances, afin de devenir adulte. "Tu es incasable" lui dit un de ses amis, un peu intéressé. Car oui, il faut se caser et choisir une voie, et devenir une grande, abandonner ses rêves, ici celui d'être danseuse professionnelle. Seulement voila, Hana n'est pas comme cela et ces choix...elle ne voit pas pourquoi les faire. C'est ce qui fait que le film est frais réjouissant. Elle aime son immaturité. La naïveté, la gaucherie et le naturel du personnage vous emportent. On pense évidemment à Woody Allen pour le lieu (New York), le noir et blanc et les dialogues infinis comme dans Manhattan ou Hannie Hall.

  Sauf qu'ici il n'est pas question d'une histoire d'amour mais d'une histoire de choix, de route à trouver quand tous les autres de son âge sont déjà partis. Nostalgique, drôle, ce film est décalé à l'image de son personnage et c'est l'une des excellentes surprises de cette année.


La piste aux Lapins :




"Moi, Daniel Blake" De: Ken Loach



Alors qu'il avait annoncé se retraite il y a trois ans, le pourfendeur de la cause sociale est de retour, à 80 ans, avec la verve intacte, les mots justes. Il s'est fait étrier à Cannes avant de recevoir sa seconde palme d'or pour ce "Moi, Daniel Blake", jugé trop en deçà par la presse...trop facile, trop attendu, trop gentil, trop caricatural. Et puis comme par magie, ces mêmes critiques changent leur fusil d'épaule à la sortie et encensent le film.


Ce seraient-ils acheté un cœur passé le jeu de massacre cannois? En tout cas, "Moi, Daniel Blake" est un très bon Ken Loach  pour ma part. Oui, il est du côté de ceux qui ne vivent pas la mondialisation du bon côté, pointant du doigt, lourdement mais surement le désengagement de l'état, ce qui est très à la mode en ce moment. Le problème c'est lorsque par une politique qui établit des règles à l'aveugle, on perd tout sens de l'humain, parceque la loi est appliquée à la lettre par des individus qui sont de l'autre côté.


Alors oui, ses personnages sont franchement dans la merde et supers sympas et ils se battent contre des fonctionnaires trop zélés.


Le problème c'est qu'un discours simple et efficace comme celui de Loach, on en voit de moins en moins, comme si la population se résignait et se soumettait à des choses parfois absurdes. Et Ken Loach reste un maitre de l'émotion et de la dénonciation d'abus idiots dans un monde égoïste et violent. Ceci fait tout simplement du bien d'entendre autre chose, un autre son de cloche. On n'est pas obligé d'être d'extrême gauche pour apprécier ce type de film, il faut juste avoir du cœur et pas juste des chiffres et des ratios en tête. Car la pensée unique çà rend con, tout simplement, qu'elle soit de gauche ou de droite. Parfois ce type de film permet de rééquilibrer les dérives idéologiques un peu faciles justement. Et Loach le fait de façon simple, évidente, nous arrachant des larmes de tristesse devant son constat particulièrement sombre.


Son film est épuré de tout effet de style, en colère et pourtant humble et fier. C'est ceci que le jury de Cannes a voulu récompenser mais aussi le parcours d'un maitre du septième art qui n'a jamais perdu de vue un idéal. Et même si on peut être en désaccord avec ses idées politiques, on peut avoir un profond respect pour son combat car il est juste.


Ken Loach nous manquera probablement, sa présence étant salvatrice pour toutes les raisons que j'ai évoquées. Il est indispensable à la diversité de pensée, comme une mauvaise conscience pour toutes celles et ceux qui sont du bon côté, comme moi, et qui se sentent trop peu concernés par cette violence sociale. Un très bon Ken Loach, qui mérite sa palme.


La piste aux Lapins :



"Une affaire de famille" De: Hirokazu Kore-eda



La Palme d'Or 2018 revient donc au japonnais Hirokazu Kore-eda qui comme à son habitude (Notre petite sœur, Tel père tel fils), nous parle de son thème de prédilection, la cellule familiale.


Au retour d’une nouvelle expédition de vol à l’étalage, Osamu et son fils recueillent dans la rue une petite fille qui semble livrée à elle-même. Très rapidement l'ensemble de la famille va adopter l'enfant et s'en prendre d'affection.


Kore-eda choisit la fable sociale avec ces affreux, sales et méchants japonais, pour nous raconter que la famille n'est pas forcément liée u sang mais qu'une famille choisie est bien plus forte. Il dépeint le portrait de roublards qui volent et arnaquent mais ont un cœur. Le couple central de la famille ne peut pas avoir d'enfants mais aime les enfants même si ce qu'il leur inculque est le vol et non les bonnes manières.

Le réalisateur choisit de filmer en quasi documentaire ces personnages hauts en couleur, souvent drôles et qui n'ont rien à perdre car la vie ne leur a rien donné.


Le film est solaire et très positif, axé sur le côté généreux des personnages, même des plus sombres comme cette grand-mère dont on se méfie et qui semble cacher de lourds secrets. Mais Kore-eda ne nous en montre que les aspects sympathiques, laissant le côté sombre s'expliquer en quelques scènes. Surtout, il rend attachant chacun d'entre eux et nous donne envie de croire en leur bonne fortune, en leur idéal de vie, hors des lois qu'un Etat peut tolérer.


Son film est simple et émouvant et touche juste. Il fait fi de la morale pour mieux décrire ce quotidien de bric et de broc d'une famille composée de toutes pièces qui accède au bonheur d'être ensemble.


Cette chronique sociopolitique a su toucher le jury du festival de Cannes et ne pourra pas vous laisser insensibles de part sa minutie et la justesse de son message.


La piste aux Lapins :




"Zodiac" de David Fincher


Zodiac, l'insaisissable tueur en série qui sévit à la fin des années 60 et répandit la terreur dans la région de San Francisco, fut le Jack l'Eventreur de l'Amérique. Prodigue en messages cryptés, il semait les indices comme autant de cailloux blancs, et prenait un malin plaisir à narguer la presse et la police. Il s'attribua une trentaine d'assassinats, mais fit bien d'autres dégâts collatéraux parmi ceux qui le traquèrent en vain.

Robert Graysmith, jeune et timide dessinateur de presse, n'avait ni l'expérience ni les relations de son brillant collègue Paul Avery, spécialiste des affaires criminelles au San Francisco Chronicle. Extérieur à l'enquête, il n'avait pas accès aux données et témoignages dont disposait le charismatique Inspecteur David Toschi et son méticuleux partenaire, l'Inspecteur William Armstrong. Le Zodiac n'en deviendrait pas moins l'affaire de sa vie, à laquelle il consacrerait dix ans d'efforts et deux ouvrages d'une vertigineuse précision...

La piste aux Lapins :




"La loi de Téhéran" De: Saeed Roustayi



Le pitch : En Iran, la sanction pour possession de drogue est la même que l’on ait 30 g ou 50 kg sur soi : la peine de mort. Dans ces conditions, les narcotrafiquants n’ont aucun scrupule à jouer gros et la vente de crack a explosé. Bilan : 6,5 millions de personnes ont plongé. Au terme d'une traque de plusieurs années, Samad, flic obstiné aux méthodes expéditives, met enfin la main sur le parrain de la drogue Nasser K. Alors qu’il pensait l'affaire classée, la confrontation avec le cerveau du réseau va prendre une toute autre tournure...


Pour son premier film, l'iranien Saeed Roustayi scotche tout le monde et se fait un nom aux côtés des plus grands dont Asghar Farhadi ou Jafar Panahi.


Dès les premières scènes il dévoile l’ampleur de sa mise en scène extrêmement fluide et qui use du symbole sans en faire des caisses. On y voit des policiers qui arrêtent des centaines de consommateurs de drogue dure, entassés dans un terrain vague entre des silos de bétons, de tous âges par c'est la pauvreté qui les a amenés là. L'exode des cette foule d'anonymes vers d'immenses prisons est juste bluffant car il dit tout de ce fléau ingérable sur place car sa racine est la misère. La première scène est une course poursuite à pied dans Téhéran entre un policier et un dealeur et le final est juste excellent tant il va jouer sur le reste de l’histoire à un moment inattendu.

 Roustayi  aurait pu être considéré comme ultra classique et peu critique de la société (le film est sorti en Iran et a cartonné) mais justement il montre "les bons", ces policiers qui traquent les dealeurs et tentent de démonter un réseau, avec un regard distant.


Le policier, anti héros joué par la star Payman Maadi (vu chez Asghar Farhadi) est jusque boutiste et d'une dureté incroyable. Alors qu'on apprend très vite que les peines peuvent aller rapidement à la peine de mort.


Il nous parle de corruption de la police comme une chose commune mais fait de ses personnages de bons policiers. Pourtant il n'existe pas de vraie solidarité entre ces flics et la cohésion n'existe pas car le régime l’empêche, chacun a peur des conséquences de ne pas être plus blanc et sans reproches que le voisin. C'est raconté avec suffisamment de finesse pour que le régime ne puisse rien redire au propos du film. Mais c'est bien là comme une déconstruction du lien social.

Puis à la moitié du film, le réalisateur renverse la vapeur et va nous parler du dealer, de l'énorme poisson qu'ils recherchent, après avoir décrit avec méthode et suspens les interrogatoires psychologiques et la façon de remonter la filière. Le personnage qui entre en jeu donne alors une dimension différente au film qui passe d'excellent polar à une introspection du milieu carcéral et d'où viennent ces anonymes dealeurs ou consommateurs. Il ne cherche pas d'excuses au mal, il l’explique juste avec humanité et des petites scènes toutes simples qui emportent autant l'émotion qu'elle révèlent une grande maturité de ce grand cinéaste qui nait devant nos yeux.

Après un film haletant, complexe, qui passe à toute allure telle la première scène de course poursuite, le cinéaste brosse un portrait édifiant et d'une efficacité redoutable, sans aucun pathos, juste factuel.


"La loi de Téhéran"est un très grand film politique et social tout en étant surprenant et en tenant en haleine du début à la fin.

Grosse claque !


La piste aux Lapins :




"Mon chien stupide" De: Yvan Attal


Yvan Attal signe un très bon film adapté du grand John Fante, écrivain unique que je ne peux que vous recommander de lire (Bandini, Demande à la poussière, Pleins de vie).

Attal joue donc Henri, écrivain qui a eu un succès il y a 25 ans puis n'a fait que de la merde. Il s'est acheté une superbe maison au bord de la mer et y vit avec son épouse et ses quatre enfants qui vivent à leurs crochets à 20 ans passés. Il n'en peut plus de les supporter et va trouver un échappatoire dans un chien idiot qu'il va recueillir.


La transposition du livre en France ne pose aucune difficulté et l'acteur réalisateur trouve un rôle sur mesure dans cet homme qui ne croit plus en rien et veut juste qu'on lui foute la paix. La description de sa famille et des conneries que déclenche son chien stupide sont souvent très drôles et d'un cynisme juste bien équilibré.


On y retrouve la noirceur de Fante et son humour grinçant, loufoque et caustique à la fois. Mais cette crise de la cinquantaine est surtout touchante. Charlotte Gainsbourg  est comme à son habitude excellente de justesse et le parallèle qu'on ne peut s'empêcher de faire avec leur vrai couple à la vie, renforce les effets du long métrage.


La mélancolie du film vous attrape alors et vous cueille dans une émotion inattendue après avoir bien rigolé de cet humour froid et sec. Le rythme des saillies pourfendeuses des clichés sur la famille laisse place à un recul sur la vie et son but, sur comment et avec qui vieillir et pourquoi. S'ouvre alors une profondeur insoupçonnée au début qui laisse un goût doux amer. Un très beau film. Intelligent et fin.


La piste aux Lapins :



"Arizona Junior" De Joel Coen, Ethan Coen

Avec Nicolas Cage, Holly Hunter


Hi, impénitent cambrioleur de supermarchés, passe beaucoup de temps dans la prison de Tempe en Arizona. Il y rencontre un jour Ed, charmante femme policier, dont il tombe éperdument amoureux. Terminé les braquages, il se marie et part pour l'usine qui ressemble somme toute à la prison. Hi et Ed voudraient un enfant mais Ed est stérile. Or un jour des quintuplés font la une de la presse locale. Hi et Ed décident d'en voler un. Sur cinq, cela ne se verra pas trop.










La piste aux Lapins :






"Tetris" De : Jon S. Baird


Sur Apple Tv

L'incroyable histoire du plus populaire des jeux vidéo et comment il a rencontré la ferveur des joueurs du monde entier. Henk Rogers découvre Tetris en 1988 et risque le tout pour le tout lorsqu'il se rend en URSS, où il s'allie à Alexey Pajitnov, pour faire connaître le jeu au monde entier. Inspiré d'une historie vraie, Tetris est un explosif thriller sur fond de guerre froide, avec des traîtres, des héros improbables et une infernale course contre la montre.


Je n'aurais pas misé un euro sur ce film produit par Apple Tv et pourtant il est vraiment réussi.

Le réalisateur choisit de nous raconter l'histoire certes de façon un peu bourine parfois en se prenant au jeu de son concept mais le résultat est plaisant.


 Taron Egerton, connu pour Kingsman et Rocketman, excelle dans le rôle de cet homme vivant avec une asiatique avec des enfants asiatiques, passionné de jeux vidéos et qui va tout faire pour récupérer les droits en Russie. Le film est enlevé, souvent drôle et monté comme un thriller, ce qui est en soit un excellent concept pour décrire la folie de cette aventure insoupçonnée.


L'équiper arrive à créer un vrai suspens et nous faire retourner dans l'URSS des quelques années avant la chute du mur.


Une très bonne pioche.


La piste aux Lapins :




"The Tragedy of MacBeth" de: Joel Coen


Joel Coen réalise son premier film véritablement en solo sans son frère Ethan Coen.

Joel a certes été crédité seul sur certains de leurs chefs d’œuvre mais ils se partageaient en réalité les postes de scénariste et réalisateur sur chaque projet.

Et c'est Shakespeare qui va les séparer le temps d'un seul film espérons le. Joel Coen adapte donc MacBeth avec Denzel Washington et Frances McDormand.

Orson Welles, Roman Polanski et Justin Kurzel ont tous adapté la pièce, les deux premiers avec brio, le dernier de façon plus contrastée.Mais c'est sans doute Le château de l'Araignée d'Akira Kurosawa qui demeure la meilleure adaptation de la pièce.

Frances McDormand a joué très jeune du théâtre et adore Shakespeare. Or elle est la femme de Joel Cohen depuis 35 ans...On lui doit des rôles fabuleux chez les Coen dans Sang pour sang, Arizona Junior, Miller's Crossing, Fargo (Oscar de la meilleure actrice), The Barber, Burn After Reading. Elle a aussi été excellente chez d'autres dans Mississippi Burning, Short Cuts de Robert Altman, Lone Star de John Sayles, Presque célèbre de Cameron Crowe, This Must Be the Place de Paolo Sorrentino, Moonrise Kingdom de Wes Anderson, et Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance de Martin McDonagh, qui lui vaudra son second oscar de meilleure actrice et Nomadland de Chloé Zao qui vient de lui permettre de remporter un 3ème Oscar.

Une fois encore elle est au diapason et Denzel Washington, qui est un bon acteur à la carrière franchement pas terrible, trouve enfin un rôle à la hauteur de son talent.Joel Coen choisit l’abstraction plutôt que des scènes de bataille grandiloquentes et ramasse son film sur 1h45 pour éviter tout temps mort.

Alors certes c'est en noir et blanc mais d'une beauté sublime qui fait penser à The Barber, l'autre film que Joel a réalisé seul.

Le dispositif est volontairement minimaliste avec des décors superbes rappelant rappelant l'origine théâtrale. Mais cet écrin permet au texte de William Shakespeare d'être déclamé dans son entièreté et la puissance qu'on lui connait. Ce choix accentue le cauchemar limite surréaliste dans lequel les protagonistes se sont enfermés et jetés par pure vanité et ambition.Macbeth illustre ce venin qui rend les hommes fous de pouvoirs quitte à renier tous leurs principes, à commettre l’irréparable et à descendre moralement aux enfers sous le poids de la culpabilité d'avoir mal agi ou la paranoïa qu'un autre tout aussi avide de pouvoir vole la couronne une fois installé.

Le réalisateur culte, le maitre Coen livre un excellent opus, loin de ce qu'on pouvait attendre de lui, un hommage à l'expressionnisme allemand assez fascinant.

Le jeu d'acteurs est sublimé par sa mise en scène et ses effets sombres. Car il joue de ce noir et blanc et de ces décors irréalistes pour assoir la noirceur de plus en plus grande qui envahit les personnages. Le seul bémol est l'absence de grain de folie qui caractérise pourtant tant de film des frères Coen. Ici le sujet traitant de folie aussi, le réalisateur préfère rester d'une grande sobriété, ce qui peut rebuter certains alors qu'un souffle d'originalité sur la mise en scène aurait rendu le résultat plus grand public. Après les Coen utilisent la folie et l'absurde par l'humour, ce qui ne se prête pas du tout à la pièce de Shakespeare. C'est peut être cette peur de sonner faux qui a incité Joel Coen à jouer la prudence. Le résultat est donc très bon mais il manque un je ne sais quoi pour qu'il atteigne une marche plus haute.


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"Trois mille ans à t'attendre" de De: George Miller





Forcément, un film de George Miller, réalisateur des Mad Max est ultra attendu d'autant plus qu'avec son Mad Max Fury Road en 2015, il a calmé tout le monde avec un chef d'oeuvre de SF d'une beauté confondante et d'une mise en scène aussi décoiffante que brillante, faisant renaitre son héros iconique comme on ne l’attendait pas du tout.


Mais avant d'en tourner un prequel sur le personnage de Furiosa, qui sortira en 2024 et qu'il a commencé à tourner, le réalisateur de 77 ans nous livre un autre bijou que personne n'attendait.

Les films de fantasy qui parlent d'imaginaire, de comment raconter des histoires, comment faire rêver sont au final pas si fréquents que cela. Si on met de côté les films de super-héros, les dystopies, les space opéra, on se retrouve avec peu de réalisateurs qui abordent ces sujets. On pense évidemment à Tim Burton, Caro et Jeunet ou Guillermo Del Toro pour leur talent visuel et les mondes qu'ils sont capables de créer. Terry Gilliam est lui le maitre incontesté des univers fous bercés de rêves folie et si Brazil et L'armée des 12 singes sont des dystopies très axées sur le cauchemar, Bandits bandits, Les aventures du Baron de Munchausen, Fisher King et même Las Vegas Parano parlent de l'importance de se créer des univers, de raconter des histoire et de pourquoi on les raconte. Le summum fut L'imaginarium du Docteur Parnassus dont le thème était précisément la force des histoires pour lutter contre l'adversité du monde réel et évidemment L'homme qui tua Don Quichotte qui résume à lui seul l'ensemble de ces thématiques qui ont traversé l’œuvre de ce grand maitre, mon réalisateur préféré car j'aime, j'adore m'évader et me raconter des histoires pour romancer le réel et rendre ce dernier plus supportable.


C'est exactement ce que fait George Miller dans "3000 ans à t'attendre" en érudit des contes et légendes en donnant beaucoup de lui-même dans le rôle interprété par l'une des plus grandes actrices au monde, Tilda Swinton. Elle joue une professeur de narratologie qui vit seule et vit très bien car son imaginaire est foisonnant et elle connait tout du processus d'écriture et de déroulement d'une histoire pour raconter et emporter le public. Et pour que son film devienne méta et forme une boucle ludique, il lui fait rencontrer un génie joué par un Idris Elba qui trouve enfin un rôle à la hauteur de son talent. Les deux vont beaucoup échanger et parler dans une chambre d'hôtel car elle ne souhaite pas réaliser de vœux, elle est bien comme cela.


Et c'est plus un exercice psychiatrique sur le Djin, le génie qui va se réaliser, ce dernier racontant son histoire et son passé. On pense immédiatement à la beauté de certains films de Gilliam (Munchausen) ou au magnifique The Fall de Tarsem Singh. Les visuels sont magnifiques, inventifs et vous feront vous évader alors même que vous ne vous accrochez pas à ces personnages très vite dépeints psychologiquement et uniquement au conteur qu'est le Djin. Tout le talent de George Miller dans sa mise en scène de nouveau brillante et diverse, marquée de ruptures et de trouvailles à tout instant, c'est justement de vous emporter d'histoire en histoire et de vous immerger dans ce flot de rêves sans vous perdre et en y aoutant des clins d’œils et doses d'humour qui vont aboutir sur la dernière demi heure en apothéose.


Car le film n'est pas qu'un beau livre d’images et s'avère extrêmement doux et émouvant sur sa conclusion, à l'exact opposé de la furie destructrice des Mad Max. On y voit la rencontre de deux solitudes et c'est d'une universalité qui fait décoller le film très très haut.


Il est extrêmement rare de voir un film sur l'imaginaire aussi brillant, aussi passionnant, dévaler sur nos écrans. C'est un énorme MERCI que je donne à George Miller pour ce conte philosophique qui m'a fait rêver, sourire et qui m'a ému par son romantisme classe et adulte.


Autant de talent et d'intelligence concentrés durant ces deux heures comme ce Djin qui tient dans une petite fiole. Un énorme coup de cœur que ce "3000 ans à t'attendre" qui s'avère être l'un des plus beaux films de l'année.


La piste aux Lapins :



The Covenant

De Guy Ritchie

Disponible sur Amazon

Lors de sa dernière mission en Afghanistan, le sergent John Kinley fait équipe avec l'interprète Ahmed pour arpenter la région. Lorsque leur unité tombe dans une embuscade au cours d'une patrouille, Kinley et Ahmed sont les seuls survivants. Alors que des combattants ennemis les poursuivent, Ahmed risque sa vie pour transporter Kinley, blessé, en sécurité. De retour sur le sol américain, Kinley apprend qu'Ahmed et sa famille n'ont pas obtenu la possibilité d'entrer aux Etats-Unis comme promis. Déterminé à protéger son ami et à rembourser sa dette, Kinley retourne dans la zone de guerre pour récupérer Ahmed et les siens...


Guy Ritchie n'a pas perdu son talent de mise en scène d'action et ses acteurs dont Jake Gyllenhaal sont excellents. Ceci donne un bon divertissement se déroulant en Afghanistan et faisant froid dans le dos quand on sait que le rideau s'est fermé sur cette population avec l’obscurantisme taliban. On a juste du mal à croire à la véracité d'un type revenant sauver son sauveur. D'ailleurs le film n'est pas tiré d'une histoire vraie. Ce manque de crédibilité nuit à l'ensemble et c'est dommage car le film se regarde bien.


La piste aux Lapins :



"Palm Springs" de: Max Barbakow



Sur Amazon Prime


Avec ce film original Amazon Prime, Max Barbakow nous sort une comédie loufoque et drôle sur le même concept que "Un jour sans fin" mais avec les réflexions des années 2020.


Cette histoire de boucle temporelle, vue maintes fois, pourrais lasser mais déjà le film dure 1h30 et les trouvailles sont assez débiles pour faire rire d'un humour cynique et désabusé.


Palm springs  a donc tout d'une petite comédie déjà vue et revue mais se permet une belle réflexion sur le quotidien et ce à quoi on aspire, qui fait écho aux confinements que l'on a vécus depuis le début de la pandémie. La référence n'est pas directe mais comment ne pas voir de nombreux messages et clins d’œils dans cette histoire dont l'ambition est bien plus forte que son concept de base.


Le réalisateurs se base sur un duo d'acteurs parfaits dans leurs rôles, Andy Samberg et Cristin Milioti, qui se refusent à tomber dans la mièvrerie de la comédie romantique et c'est tant mieux.

Le film touche au sujet du désir de pouvoir se lâcher et des limites de la liberté. Mieux le film se permet un certain spleen, une quête de sens toute mêlée de multiples paradoxes.

On est à la limite de l'hymne à la décroissance, au refus du consumérisme pour ne conserver que l'essentiel.


Et sous ses faux aires de comédie acide et cynique, Palm springs fait l'inverse et surtout fait preuve d'une grande humilité.


Une très bonne surprise.


La piste aux Lapins :


"Le Parrain, 2e partie" De Francis Ford Coppola



Depuis la mort de Don Vito Corleone, son fils Michael règne sur la famille. Amené à négocier avec la mafia juive, il perd alors le soutien d'un de ses lieutenants, Frankie Pentageli. Echappant de justesse à un attentat, Michael tente de retrouver le coupable, soupçonnant Hyman Roth, le chef de la mafia juive.

Vito Corleone, immigrant italien, arrive à New York au début du siècle ; très vite, il devient un des caïds du quartier, utilisant la violence comme moyen de régler toutes les affaires. Seul au départ, il bâtit peu à peu un véritable empire, origine de la fortune de la famille des Corleone.






La piste aux Lapins :




"Saltburn" de Emerald Fennell


L'étudiant Oliver Quick, qui peine à trouver sa place à l'université d'Oxford, se retrouve entraîné dans le monde du charmant et aristocratique Felix Catton, qui l'invite à Saltburn, le vaste domaine de sa famille excentrique, pour un été qu'il n'oubliera pas de sitôt.


Curieux film que ce second long métrage de la réalisatrice du remarqué Promising young woman.


Sur fond de critique du différentiel social entre ultra riches et les autres dans notre monde actuel, Emerald Fennell livre une satire parfois jouissive et parfois un peu creuse et attendue. Surtout, l'image qu'elle donne d'une bourgeoisie ultra fortunée semble assez irréaliste, les gros châteaux du style de Saltburn appartenant rarement à une simple famille bourgeoise. Il aurait été intéressant de voir d'où venait la fortune du patriarche car le film est peu crédible à ce niveau là. Les personnages sont donc à baffer comme attendu, notamment cette mère désabusée et cynique jouée par Rosamund Pike. Sous des airs de bienveillance pour les autres et d'aide à ces derniers, la petite famille est terriblement seule et cherche surtout à se distraire en s’intéressant à d'autres individus dans le besoin, les jetant ensuite tels des jouets cassés lorsqu'ils sont moins intéressants.


C'est comment dire...caricatural. Le film aurait pu fonctionner si il avait été totalement perché et assumait ses gros traits avec un délire adéquat irréaliste. Certes il y a plusieurs scènes qui choquent mais qui hélas sont faites pour cela, du cunnilingus dégueu à la fameuse scène de la baignoire. Le tout est donc trop factice et scénarisé pour choquer le chaland sans vraiment de fond.


Le doute vient du fait que les images sont léchées et la mise en scène plutôt réussie et surtout que les deux acteurs principaux sont excellents.


Barry Keoghan et sa tête franchement bizarre effraie toujours autant par son aspect énigmatique et sa partition entre l’incrédulité d'un jeune homme en admiration devant un autre jeune homme beau intelligent et riche et d'autre part une perversion qu'on sent poindre et une folie dont on ne sait si elle est latente ou si elle flatte juste nos a priori.


La vraie révélation reste cependant Jacob Elordi, seul personnage "normal" du film, qui au delà de son physique, dégage quelquechose, du chien, un petit truc en plus où on reconnait un énorme potentiel de star. Robert Pattinson a peut-être trouvé son successeur de 10 ans de moins, en moins tête à claque qu'à ses début. Elordi a été découvert dans la série Euphoria de HBO, que je n'ai pas vue mais qui a défrayé la chronique. On le verra tout début janvier 2024 en Elvis Presley dans le Priscilla de Sofia Coppola. Il choisit pour l'instant des auteurs puisque qu'il partagera l'affiche de Oh, Canada de Paul Schrader avec Richard Gere. Classe.


Pour revenir à Saltburn, disons que le film provoque autant d'attrait que de malaise et laisse sur un entre deux.


La piste aux Lapins :




"Snatch" de Guy Ritchie


Avec Jason Statham, Brad Pitt, Vinnie Jones

Franky vient de voler un énorme diamant qu'il doit livrer à Avi, un mafieux new-yorkais. En chemin, il fait escale à Londres où il se laisse convaincre par Boris de parier sur un combat de boxe clandestin. Il ignore, bien sûr, qu'il s'agit d'un coup monté avec Vinny et Sol, afin de le délester de son magnifique caillou. Turkish et Tommy, eux, ont un problème avec leur boxeur, un gitan complètement fêlé qui refuse de se coucher au quatrième round comme prévu. C'est au tour d'Avi de débarquer, bien décidé à récupérer son bien, avec l'aide de Tony, une légende de la gâchette.






La piste aux Lapins :



"Dans la brume" de Daniel Roby


Le film de genre français est décidément sur une bonne voie après "La nuit a dévoré le Monde" puisqu'après le film de zombie à Paris, c'est le film catastrophe très inspiré de "The Mist" de Stephen King.

Il est d'ailleurs très étrange que le film ait été caché à la presse avant sa sortie, ce qui en général est très mauvais signe. En effet le résultat est très réussi, les critiques au final de très bon niveau mais la publicité de fait moins puissante.


Romain Duris trouve un nouveau bon rôle et prouve l’intelligence de ses choix de carrière dans ce père de famille séparé, dont la fille adolescente est atteinte d'une maladie orpheline qui l'oblige à rester enfermée dans une bulle.


Une étrange brume mortelle submerge Paris après un tremblement de terre et tue l'ensemble des êtres vivants qui la respirent. Les survivants sont ceux qui arrivent à atteindre les derniers étages des immeubles ainsi que les toits. Comment comprendre et survivre dans ce chaos ?

Mais aussi comment ne pas tomber dans le cliché du pathos, du personnage attendu, de la fin attendue, bref...du déjà vu ! Et bien Daniel Roby y arrive avec modestie et efficacité grâce à un scénario efficace et suffisamment surprenant. Et c'est une excellente surprise que ce survival intelligemment mis en scène et interprété, sachant utiliser des moyens simples pour rendre crédible ce Paris ravagé par la mort.


Le film est ambitieux et offre un nouvel objet digne de ce nom au fantastique.


La piste aux Lapins :









"Tàr" de Todd Field

Lydia Tár, cheffe avant-gardiste d’un grand orchestre symphonique allemand, est au sommet de son art et de sa carrière. Mais, en l’espace de quelques semaines, sa vie va se désagréger d’une façon singulièrement actuelle.


Seize ans après Little Children, Todd Field revient avec ce portrait d’une chef d’orchestre très célèbre dont la vie va basculer lorsque ses excès la rattrapent.


Cate Blanchett est prodigieuse de bout en bout et pourrait remporter son troisième Oscar de meilleure actrice pour ce rôle de femme brillante et dure, qui a perdu le sens des valeurs.


Le film nous parle de cancel culture, du wokisme et de #Metoo mais dans un milieu auquel on ne s’attend pas, celui de l’Opéra classique.


Passées vingt premières minutes un peu lentes où il faut faire l’effort d’entrer, le film vous embarque par son personnage éminemment antipathique mais auquel on passe beaucoup de choses. Car Cate Blanchett incarne un maestro tellement adulé et respecté qu’elle peut tout se permettre, d’imposer à un fidèle collaborateur de tout abandonner pour changer de pays, d’imposer de façon brutale et dictatoriale à une autre de laisser sa place à une plus jeune qu’elle convoite comme maitresse. Ainsi le film se construit par une accumulation de petites décisions d’une froideur sèche, qui se justifient souvent par la rigueur du métier mais qui dérangent par l'absence d'empathie. C’est que le réalisateur aborde non seulement l’ascétisme de ces métiers d’artistes qui sacrifient beaucoup pour leur art mais il y insère aussi le féodalisme primaire lié à toute personne de pouvoir qui abuse de ce dernier.


Le plus cynique est qu’on lui pardonne ces touches de cruauté car le personnage est brillant...alors que bien entendu, ce n'est pas moralement acceptable mais l'humain réagit souvent comme ceci et pardonne plus facilement au détenteur du pouvoir lorsqu'il est excellent dans son exercice. Peu à peu la chute nous rappelle la fragilité de tout être qui pense être au dessus à l’heure des réseaux sociaux où le faux pas peut prendre une ampleur et une rapidité incroyable.


Prendre une femme au sein d’un scandale de harcèlement est une excellente idée car il bouscule la vision que tout un chacun a depuis quelques années et casse les a priori avec pertinence. L’abus de pouvoir est décortiqué avec finesse dans un milieu par définition délicat et où toute fausse note ou bruit non maîtrisé déclenche une cacophonie incontrôlable.


Tàr  est d’une grande maîtrise et surprend, porté par une thématique d’actualité, une actrice au sommet de son art et une réflexion immersive sur le rythme et l’affolement d’un monstre de maîtrise de ce dernier lorsqu’il le perd.


La piste aux Lapins :




"La main de Dieu" ou "The Hand of God"


Sorrentino revient dans sa ville natale pour réaliser son film le plus personnel, qui mêle le destin et la famille, le sport et le cinéma, l’amour et les illusions perdues.


Un film magnifique, hyper drôle et hyper triste à la fois. Un chef d’œuvre.












"Le monde après nous" De Sam Esmail


Une famille qui rêvait d'une pause dans une luxueuse maison de location plonge en plein chaos après une cyberattaque qui neutralise tout appareil – et l'irruption de deux inconnus.


Enorme succès public sur Netflix mérité pour ce premier long métrage du showrunner de Mister Robot.


Doté d'un casting au top au premier rang desquels Julia Roberts, Mahershala Ali et Ethan Hawke, le réalisateur induit d'abord le doute sur le sens que prenda le film entre slasher post apocalyptique à haute tension ou film catastrophe. En fait ce n'est ni l'un ni l'autre et Sam Esmail surprend en permanene par le rythme plutôt calme de son récit entrecoupé de certaines scènes visuellement impressionnantes mais pas avec d'énormes effets spéciaux. De simples cerfs suffisent à créer un climax entre beauté et insécurité.


Et puis la thématique du film, à savoir un black out total d'internet et de tout ce qui y est lié et un retour en arrière, est somme toute hyper original et jamais traité jusqu'à présent. Or on a tous en tête que le risque terroriste via les hackers pourrait être l'un des prochains fléauds de l'humanité, après la pandémie mondiale de Covid 19.


Paranoiaque et destabilsant, Le Monde après nous est une très bonne surprise de cette fin d'année 2023.


La piste aux Lapins :



"Le Cercle des Neiges" De Juan Antonio Bayona


En 1972, un avion uruguayen s'écrase en plein cœur des Andes. Les survivants ne peuvent compter que les uns sur les autres pour réchapper au crash.


Difficile de porter à l'écran cette histoire sans tomber dans le sensationnalisme ou le glauque. Il y a déjà eu des tentatives bien moins réussies.


Mais Juan Antonio Bayona est un excellent réalisateur, derrière les déjà très réussis "L'Orphelinat" ou "Quelques minus après minuit". Il met son talent de mise en scène au service de cette histoire catastrophe où la montagne est juste magnifique mais aussi le linceul de jeunes gens qui avaient la vie devant eux. A ce titre, le choix du casting hispanophone de comédiens tous inconnus et jeunes, est très réussi. Ils apportent individuellement l’humanité nécessaire à chacune de ces destinées. Délaissant le grand spectacle, Juan Antonio Bayona opte pour un film de survie humble et axé sur le recueillement pour résister au froid.


Puis il aborde le cannibalisme avec une très grande intelligence. La pudeur, les questionnements, l'absence d'images chocs pour respecter les victimes sont une grande force du film.

 

Le film aurait pu durer un peu moins longtemps, il est vrai que 2h24 c'est beaucoup pour ce type d'histoire mais là aussi le réalisateur trouve des effets de rebond pour ne pas lasser le spectateur.

La tragédie s'avère alors aussi hallucinante d'atrocité, de courage qu'elle arrive à nous émouvoir.


Une réussite.


La piste aux Lapins :


“Inglorious Basterds”de Quentin Tarantino


Dans la France occupée de 1940, Shosanna Dreyfus assiste à l'exécution de sa famille tombée entre les mains du colonel nazi Hans Landa. Shosanna s'échappe de justesse et s'enfuit à Paris où elle se construit une nouvelle identité en devenant exploitante d'une salle de cinéma.

Quentin Tarantino revient à son meilleur et surprend tout le monde par la fin de son film de cabochards, inspiré des 12 salopards mais avec sa propre narration, un Brad Pitt génial, la découverte de Christoph Waltz en nazi inoubliable ou d'un Michael Fassbender avant qu'il explose. Un très grand Tarantino, impertinent et drôle.




Rocketman de: Dexter Fletcher

Je me fout complètement de l'histoire d'Elton John, dont je ne suis pas particulièrement fan. Souvent je trouve les biopics ratés et encore davantage lorsqu'il s'agit de biopic sur des chanteurs. Le "Bohemian Rhapsody" commencé par Brian Singer et terminé par Dexter Fletxcher  après que Singer se soit fait virer du plateau, m'a moyennement convaincu. Heureusement il y avait la musique de Queen et un bon acteur pour interpréter Freddy Mercury. Et bien justement, c'est ce même réalisateur appelé en rescousse pour terminer le film sur Queen qui s'est chargé de ce "Rocketman" !


Et vous savez quoi ? C'est très très réussi !

Il y a plusieurs raisons à cela. D'abord Elton John  a collaboré en tant que producteur et n'a pas été particulièrement tendre sur son addiction à toutes les drogues possibles et inimaginables, à l'alcool, au sexe débridé des années 70/80 mais aussi à son caractère mégalo suite à son succès fulgurant.

Et cette liberté de ton est non seulement bienvenue mais elle s'exprime dès les premiers instants lorsque le film explose en comédie musicale ! JE DÉTESTE AUSSI beaucoup de comédies musicales !!!!!! Sauf si elles surprennent comme La La Land  pour les dernières réussies. Et bien là, non seulement je me fout d'Elton John, je n'aime pas trop sa musique, je suis rétif aux comédies musicales, et pourtant, c'est très bon. C'est coloré, sans concessions sur le personnage et le milieu du show bizz tout comme sur les parents du chanteur, absolument flippants.


Ce qui ressort c'est une mise en scène inventive qui frôle avec le cinéma fantastique, un film généreux qui ne prend pas le spectateur pour un fan aveugle et un Taron Egerton décidément très bon et qui prouve qu'après Kingsman, on devrait le revoir souvent. Il avait besoin d'un rôle construit de la sorte pour s'émanciper de la franchise. C'est chose faite.


Et puis on sait que le film ne couvre pas tout et n'est pas fidèle, surtout avec le chanteur en producteur mais justement, on sent qu'il s'en amuse et nous envoie justement un message simple, il a galéré personnellement et a été très seul une bonne part de sa carrière. Et c'est surtout un survivant parmi les pop stars de cette époque.


Ce conte au regard cynique et tendre à la fois, bourré d'autodérision est probablement le plus beau cadeau qu'Elton John pouvait offrir à ses fans et aux autres dont moi, à savoir un film qui a LA classe et c'est énorme.


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Donnie Brasco

Avec Al Pacino, Johnny Depp



En 1978 a New York, l'agent special Joe Pistone est designe par le FBI pour infiltrer le clan Bonanno, une des familles les plus puissantes de la cote Est. Il contacte un modeste porte-flingue de l'organisation, Lefty Ruggiero, aupres duquel il se fait passer pour un specialiste en joaillerie du nom de Donnie Brasco. Coupe de son milieu, Donnie va peu a peu s'identifier a ceux qu'il doit detruire.


Un des excellents rôles de Johnny Depp à l'époque où il n'avait pas encore sombré dans son autocaricature, la drogue et l'alcool. Une rencontre au sommet avec Al Pacino.



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Fair Play

De Chloe Domont

Avec Phoebe Dynevor, Alden Ehrenreich


Une promotion inattendue dans un fonds d'investissement pousse deux jeunes amoureux au bord de la rupture et menace de détruire bien plus que leurs récentes fiançailles.


La réalisatrice choisit un angle original pour parler de féminisme et de misogynie dans le monde d'aujourd'hui ou plutôt dans une strate aisée de la population américaine, à savoir des traders sans foi ni loi.


En s'appuyant sur le style "50 nuances de Grey" et les films érotisant sur de jeunes trentenaires, elle use des codes sexuels un peu putassiers du genre pour mieux cibler son discours. Et au final, le film vire au thriller et réussit plutôt bien à toucher sa cible même si on voit un peu l'issue arriver et que l'impression de mixte de style, de pompage de scènes à droite à gauche donne un goût de déjà vu ou plutôt de recyclage intelligent de scènes et codes déjà expérimentées par d'autres. Il n'en reste pas moins un film efficace qui tient son suspens. Pas mal.


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"The Killer" de David Fincher


Après un désastre évité de justesse, un tueur se bat contre ses employeurs et lui-même, dans une mission punitive à travers le monde qui n'a soi-disant rien de personnel.


The Killer est du pur Fincher, précis, clinique, obsessionnel à l’image de son personnage principal qui raconte en voix off sa méthode pour exercer son métier, tueur à gage, sans fautes. Le manque d’empathie du personnage pourtant laissé à la dérive suite à un loupé de contrat, aurait pu rendre le film froid et distant. Mais le grand maître qu’est David Fincher n’oublie jamais l’humour ou le jeu qu’il aime entretenir avec son public. Certes le film a tout pour être un film d’action tendu mais il choisit de déjouer en permanence les attentes du public, avec une longue introduction parisienne où il fait toucher du doigts la patience répétitive et l’ennui du personnage, tout en distillant un regard cynique voire nihiliste qui se diffusera tout au cours du long métrage rappelant ma noirceur existentielle de Seven et Fight Club. Puis l’action déboule à des moments inattendus, violente et brutale, ultra réaliste et vient faire le job d’un film qu’on pourrait considérer comme mineur dans la filmographie du réalisateur de Seven, Fight club, Zodiac, The Social Network, Gone Girl ou coté séries House of cards et Mindhunter. Or il n’en est rien, le film continuant à rester en tête par ses images fortes, son climax très particulier et évidemment le jeu excellent d’un Michael Fassbender dans l’un de ses très bons rôles, lui qui se fait rare depuis cinq ans.


Fincher montre aussi un monde ultra connecté qui jette ses déchets et zappe ou scroll sur la séquence de vie suivante sans s’attacher véritablement au passé et sans prendre le temps de l’introspection. Son personnage agit ainsi de façon mécanique mais n’a pas véritablement de sens à son existence. Comme si le contrôle de tout pouvait donner du sens là où il créé souvent une forme de fragilisation des fondations du quotidien dès lors qu’un grain de sable vient perturber la machine. Ce regard froid sur une humanité qui l’est tout autant ne manque pas du cynisme légendaire que l’on connaît de ce grand maitre des 30 dernières années de cinéma qu’est David Fincher.


La grande classe de mise en scène de David Fincher éclate à chaque plan dans un film à la fois radical sur un tueur méthodique ultra maîtrisé comme Fincher a la réputation de l’être. Ce dernier va dérayer et tenter d’arrêter un système de destruction intrinsèquement programmé comme tel en agissant lui même avec une rigueur flippante et froide pour tout « nettoyer » avec perfection. Évidemment on pense au maitre qu’est Fincher et a sa réputation de tout préparer comme un métronome avec un souci du détail incroyable qui se traduit dans l’effet que provoque sa mise en scène sur le spectateur. Et c’est juste brillant.


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"Le Comte" De Pablo Larrain



Augusto Pinochet est un vampire prêt à mourir, mais les vautours de son entourage ne le laisseront pas partir aussi facilement.


Avec Neruda et Jackie, Pablo Larraín a montré qu'il avait un réel talent pour justement ne pas tomber dans un biopic attendu. Il a un vrai regard, de vraies idées de mises en scène qui mettent l'histoire vraie au service du cinéma et de la mise en scène et non l'inverse. Le poète chilien et Jackie Kennedy ont eu droit à un traitement très classe. Son Spencer sur Lady Di m'a davantage laissé de marbre.


Sélectionné à la 80ème Mostra de Venise , le réalisateur chilien ose un "biopic" provocateur en présentant Augusto Pinochet immonde dictateur auquel il donnera les traits comme un vampire. Ce dernier vit caché dans un manoir mais décide d’arrêter de boire du sang au bout de 250 ans car il ne supporte plus son déshonneur et des conflits familiaux provoqués par sa situation. Il dé&prime et voudrait mourir.


"Le Comte" est plus facile d'accès qu'il n'y parait. Il est vrai que le noir et blanc, l'absence de stars et le thème ne risquent pas de déplacer les foules sur Netflix. Bien que le long métrage soit un peu trop long, il mérite qu'on s'y arrête. La charge de Larrain contre le dictateur et sa famille de parasites ayant massacré des milliers de personnes pour s'enrichir, est d'autant plus intéressante qu'elle s’effectue avec un grand cynisme. On y voit la bassesse et petitesse humaine de chacun de ses membres et leur manque cruel d'humanité. Le quotidien de ces monstres froids vus par le biais de la fable est une excellente idée. Le film est drôle parfois mais hélas le noir et blanc sublime n'empêche pas le macabre de finir pour tout envelopper faute de discours et de direction vraiment construite. Le réalisateur délaisse la charge pour le fantastique, ce qui évidemment fait perdre son expérience d'une grande part d'intérêt. Le film a pour limite et comme originalité la même caractéristique, son grotesque assumé. Mais tentez de regarder 20 minutes, personnellement j'ai poursuivi, curieux, si ceci vous gave vous n'aurez qu'à zapper. Expérience intéressante.


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"Ex Machina" de: Alex Garland


Le brillant scénariste de Danny Boyle, à qui l'on doit "Sunshine" ou "28 jours plus tard" passe à la mise en scène avec un thème vu et revu de nombreuses fois ces dernières années. Mais loin de mettre l'accent sur les effets spéciaux, simples et très réussis, à la différence d'un "I Robot" trop poussé dans l'action ou d'un "A.I" trop mièvre, Alex Garland décide d'utiliser le huit clos et le thriller psychologique...un autre genre qui sied bien à la SF.


Alex Garland s'intéresse donc à nos préjugés façonnés par des décennies de littérature et d'imageries sur l'intelligence artificielle, se rapprochant davantage des replicants de Blade Runner ou des androides d'Alien de Ridley Scott...en effet, pourquoi une intelligence créée de toute pièce devrait elle ressentir des sentiments ? L'homme rêve de récréer à son image un être intelligent mais peut il recréer des sentiments ou juste des faux semblants de sentiments, le robot pouvant d'ailleurs être assez intelligent pour les mimer, analysant tous les codes humains. Et puis surtout, que souhaite ce chercheur milliardaire joué par l'excellent Oscar Isaac ? Veut il créer des jouets sexuels, des esclaves, quel est son vrai but ? Tout le mystère du personnage est accentué par cette demeure isolée au milieu de vastes forêts et sécurisée tel un bunker high tech. Face à lui, le jeune Domhnall Gleeson est chargé de tester un dernier prototype de robot féminin joué par la très charmante Alicia Vikander.


Le film est efficace et évites certains clichés. On pourrait lui reprocher seulement le concept, celui du huit clos, qui à la fois tient tout le film et pousse parfois à de petites longueurs. La lenteur du film qui peut désarçonner certains spectateurs. On regrettera également que la mégalomanie du personnage d'Oscar Isaac ne soit pas plus travaillée. Mais si vous arrivez à dépasser ces tous petits griefs, vous passerez un moment distrayant et malin d'une part sur la notion de manipulation et d'autre part sur la perversité à vouloir contrôler l'autre.


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"Spider-Man : New Generation" De: Bob Persichetti, Peter Ramsey, Rodney Rothman

Quelle excellente surprise que ce dessin animé survitaminé et intelligent qui renouvelle la thématique de Spider-Man avec grande classe.


Depuis les films de Sam Raimi, Sony nous a infligé deux affreux reboots particulièrement ratés et sans saveur pour au final rebooter de nouveau son super héros par la case Disney en s’associant à la firme aux grandes oreilles et en lui permettant d'utiliser le personnage dans plusieurs de ses films Marvel dont les Avengers.


Et au final c'est en revenant à l’essence du comic, le dessin et à sa multiplicité, que Sony  vient de signer un énorme coup de force. Le film est un tel succès critique et public que plusieurs suites seront lancées. Le film Venom qui était une bouse mais a cartonné va compléter ce multiverse Spider-Man autour duquel Sony va préparer le retour de son héros rouge.


Mais revenons au succès indéniable de ce "Spider-Man : New Generation".

Sony  choisit déjà de raconter une des histoires de Spider-Man qui a cartonné en comics mais n'a jamais été adaptée, celle de Miles Morales, un adolescent afro-américain qui se fait piquer par le même type d'araignée que celle qui a piqué Peter Parker, le vrai et originel Spider-Man.

Et c'est une idée géniale car le super-héros qui a connu six adaptations en 20 ans, voit sa meilleure se dévoiler devant nous. Le film est bien entendu très qualitatif au niveau de l'animation mais il mêle surtout diverses animations différentes, du style Pixar 3D de la plupart des dessins animés du moment au dessin animé en 2D classique, référencé pages de comics en passant par le manga et ceci dans un même plan. Ceci donne au film un hommage au pop art absolument sidérant. En multipliant les spider-man et en utilisant un arc narratif bien connu des comics, les jeunes réalisateurs insufflent une fraicheur inattendue.


Le film est très drôle, bourré de clins d’œils et de références jusqu'à la série Tv des années 70.

Le film est une explosion d'inventivité, de trouvailles graphiques, irrévérencieuses mais toutes au service d'une histoire qui se tient.


Les réalisateurs sont de vrais fans et sont généreux et çà explose à la figure. Ils mêlent les bulles de BD et la tradition à une esthétique acidulée. Leurs choix totalement hybrides et psychédéliques font de ce "Spider-Man : New Generation" le meilleur Spider Man jamais réalisé.


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"Boîte noire" de Yann Gozlan

Six ans après "Un homme idéal", le réalisateur Yann Gozlan retrouve Pierre Niney pour un autre thriller basé sur un concept fort et original.

Il nous immerge pour ceci dans un métier inconnu du grand public, celui de de technicien au BEA, autorité responsable des enquêtes de sécurité dans l’aviation civile. Un jour un crash aérien du vol Dubaï-Paris dans le massif alpin amène Mathieu Vasseur, joué par Pierre Niney, en tant que responsable de sur l'enquête.


Et là un cercle vicieux va commencer à tourner avec une logique d’engrenages dont sir Alfred Hitchcock n'aurait pas renié la qualité d'écriture.

Car Boite noire a un scénario excellent, qui aurait pu aller trop loin, à force de rebondissements mais qui sait garder un équilibre juste. Il nous ballade d'hypothèses en hypothèses avec une réalisation de premier ordre, qui ne tombe pas dans la facilité et impulse un suspens comme on en voit rarement dans le cinéma français.


Décidément le cinéma français est en très grande forme en cette année 2021 et Yann Gozlan y apporte tout son talent dans la catégorie film à suspens parano.

Pierre Niney trouve ici un de ses meilleurs rôles, d'une justesse impeccable entre intellectuel persuadé d'avoir raison et jeune homme ambitieux pris par l'hubris au point de semer le doute.

Car au delà d'un scénario haletant et d’excellents seconds rôles dont André Dussollier, l'acteur Pierre Niney nous montre la palette de son jeu, de ses regards épris de doutes puis de conviction à la limite de la folie. C'est très très réussi.


On est scotchés de bout en bout par ce thriller excellent où l'obsessionnel efface toutes les frontières entre conviction complotiste et réelle manipulation.

La sobriété du film alliée à une originalité de climax proche du « Chant du loup » fait de ce "Boite noire" un film à voir de toute urgence !


La piste aux Lapins :



"Mank" de David Fincher


Un film exigeant mais génial sur les coulisses du tournage de Citizen Kane et la fin du cinéma muet. Passionnant, avec un Gary Oldman au sommet par l'un des plus grand cinéastes de ces 30 dernières années.
















"Les Deux papes" de Fernando Meirelles


Le réalisateur de "La cité de Dieu" et "The Constant Gardener" réalise pour Netflix ce biopic déguisé du Pape François en expliquant comment le pape Benoît XVI et lui, radicalement opposés sur à peu près tout, se sont trouvés et compris. C'est passionnant et porté par deux immenses acteurs que sont Anthony HopkinsetJonathan Pryce!,












"L’amant de lady Chatterley"