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Moi, Capitaine

De Matteo Garrone





Seydou et Moussa, deux jeunes sénégalais de 16 ans, décident de quitter leur terre natale pour rejoindre l’Europe. Mais sur leur chemin les rêves et les espoirs d’une vie meilleure sont très vite anéantis par les dangers de ce périple. Leur seule arme dans cette odyssée restera leur humanité.


La critique du nouveau film de Matteo Garrone, brillant réalisateur italien de Gomorra, Reality ou Dogman, s'aventure là où le cinéma n'est jamais allé en terme de thématique. Parler du drame des migrants à travers leur regard à eux est évidemment passionnant car il casse des préjugés. Les Inrocks, Les Cahiers, ou Le Monde détestent le film et lui reprochent son esthétisation, son onirisme et les facilités qu'il prend, lui reprochant d'être lacrymal. Je trouve ces reproches idiots et pour le coup très caractéristiques d'une intelligentsia parisienne pétrie de certitudes.


Matteo Garrone nous montre des gamins qui sont pauvres au Sénégal mais pas malheureux et qui partent pour de mauvaises raisons. On le sait plus ou moins mais depuis Paris on regarde ceci de loin, on entend la société ultra droitisée nous asséner des chiffres sans mettre aucun visage derrière. "Les migrants", çà veut dire quoi ? La grande intelligence de Matteo Garrone est donc de montrer que sur place, plusieurs adultes sont conscients du mirage, des dangers extrêmes et dissuadent les ados de passer à l'acte. Puis va s'enchainer un parcours du combattant, esthétique oui car le désert c'est beau, même quand on peut y mourir. Avec de l’onirisme oui car Garrone ne veut pas livrer un film misérabiliste et justement de pas sombrer dans un documentaire tire larme. On y retrouve toute l'influence de son style avec maladresse parfois mais avec des tripes et c'est ce qui touche justement et rend le film particulièrement émouvant.


Au-delà la l'étroiteté de jugement des critiques un peu trop cyniques qui auraient voulu voir un film en noir et blanc avec encore plus d'horreurs et une voix off sentencieuse, le film est donc très réussi.


Très réussi car il montre la noirceur humaine mais s'accroche au formidable Seydou Sarr pour expliquer toute la force de caractère qu'il faut pour venir jusqu'à nous. Alors oui on est pris d'émotion quand on repense à ces milliers de personnes qui après avoir vécu tout cela peuvent se noyer en mer sous nos yeux qui tournent le regard ailleurs. Matteo Garrone ne choisit pas de montrer notre lâcheté d'européens et c'est tant mieux, il ne cherche pas à nous culpabiliser en nous tendant un miroir mais il explique l'avant et c'est bien plus impactant lorsqu’on le relie aux débats du moment. Le Lion d’argent du meilleur réalisateur à Venise est amplement mérité car il ose un parti pris qui marque sans porter de jugements. On ne peut pas accueillir toute la misère du monde certes mais on vit sur une même planète...et au-delà des réfugiés issus de guerres et de déplacements économiques, les réfugiés climatiques seront trop nombreux dans les décennies à venir ! Alors on fait quoi à part construire des murs ?


La piste aux Lapins :




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