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Dune

De: Denis Villeneuve



Dire que j'attendais le film de Denis Villeneuve est un euphémisme tant je suis fan absolu de l’œuvre de Franck Herbert, agacé par la version pudding de David Lynch ou le niveau pathétique auquel la saga Star Wars a pu atterrir. Il faut dire que le cycle de Dune est tout ce que l'on peut rêver sur grand écran. Le scénario orchestre une lutte de pouvoirs à la Games of Thrones avec un sous texte écologique d'une planète dont on exploite les ressources au point de l'avoir transformée en planète de sable. Par ailleurs on y voit naitre une résistance et un fanatisme religieux autour d'un messie vengeur. Dune est incroyablement contemporain des maux de notre monde actuel, ce qui est le propre d'un grand récit de science-fiction que de faire réfléchir sur nous mêmes.


On a beaucoup parlé de l'impossibilité d'adapter ce roman, de la tentative folle d'Alejandro Jodorowsky avec Salvador Dali, Orson Welles, Alain Delon et Mick Jagger et puis du film boursoufflé et frustrant de Lynch et de la série cheap des années 2000.

Denis Villeneuve a donc eu une riche idée de couper le premier livre en deux. Certes, il ne développe pas tous les personnages, le docteur Yueh et Peter de Vries sont très peu présents et certains personnages ont été effacés du récit comme Feyd Rautha, le neveu Harkonnen qu'incarnait Sting ou l'empereur Shadam IV. De même, le Baron Vladimir Harkonnen n'est vu que sur quatre petites scènes, Villeneuve choisissant de le montrer de loin, de ne pas s'attarder et de ne pas en faire un méchant caricatural. C'est plutôt bien vu car il est effrayant à la manière de l'empereur dans les premiers Star Wars historiques. Et le temps gagné sur certains personnages est attribué au climax du film et à plusieurs membres des Atreides comme Duncan Idaho (Jason Momoa), le véritable héros de la saga de Franck Herbert, que l'on devrait retrouver (lui ou une version plus jeune) si les films sont un succès et que la saga est adaptée sur ses six tomes, espérons !!!


C'est donc une totale réussite que cette adaptation dont le casting cinq étoiles est pertinent, chaque personnage étant facilement identifiable de par son physique à son caractère. Oscar Isaac est un Duc Léto parfait de bienveillance et de tragédie, Rebecca Ferguson est une dame Jessica peut-être plus humaine que dans le livre mais ceci permet d'amener une émotion que certaines critiques trouvent trop peu présente. Javier Bardem en Stilgar, Josh Brolin en Gurney Halleck, Charlotte Rampling en révérende mère Bene Gesserit. C'est parfait et c'est classe. Surtout ceci permet de poser les nombreux personnages avec une grande fluidité et simplicité.

Mais surtout, Timothée Chalamet est impressionnant dans le rôle de Paul et trouve son meilleur rôle de sa jeune carrière et porte le film. Sa jeunesse physique rend le personnage de jeune prince qui se cherche (et a 16 ans au début du livre) particulièrement crédible.

Ce qui impressionne également dans ce space opéra c'est le visuel monumental des vaisseaux, des palais, d'une imposante sobriété en terme d'imagerie SF mais surtout qui renouvellement cette imagerie comme l’avait fait Villeneuve avec Premier Contact. Les décors sont d'une beauté confondante qui créé instantanément un monde ultra crédible et à la fois assez proche de nous. On peut croire à la réalité de ce monde tant le côté minéral et simple des palais et des vaisseaux est savamment pensé. L'une des grandes réussites du film est son ampleur qui n'étouffe pas les personnages. On les voit évoluer dans des espaces immenses mais jamais ces monuments n'écrasent l'intimité, la proximité des personnages.


Le visuel du fameux vert des sables comme des yeux bleus des Fremen ou même de l'épice, source de la guerre, sont tous très réussis.


Ensuite, à cette beauté et cette sobriété, Denis Villeneuve va nous présenter des scènes cultes déjà vues mais avec la même précision clinique, libérée du kitch des adaptations précédentes, pour mieux se concentrer sur le décalage entre la planète des Atreides (qui ressemble à la terre) et la planète des sables. Il passe du temps à nous immerger dans ce choc de culture et de civilisation pour mieux expliquer le déracinement de la famille de Paul puis sa confrontation aux résistants Fremen. On y parle alors de surexploitation de ressources naturelles, de colonisation brutale, ce qui place Dune très au dessus de n'importe quelle saga de SF par sa maturité et l'ampleur de ses sujets abordés. Clairement, Dune n'est pas un film avec du comique mais quand on voit la stupidité des tentatives de Disney ou Lucas (hello Jar Jar) de renouer avec Han Solo et se vautrer lamentablement, je préfère l'absence d'humour.


L'humain est au cœur de cet engrenage complexe qu'arrive à restituer de manière limpide Denis Villeneuve. La confrontation est presque plus entre le destin/le jeu politique et une famille sincère qui cherche à gouverner avec sagesse, entre des infrastructures immenses et la proximité avec ces personnages qui paraissent nus. D'ailleurs une scène avec Leto joue à fond sur la nudité comme pour amplifier l'impuissance et l'écrasante petitesse de l'homme par rapport au complot qui s'abat sur lui.


Villeneuve est un cinéaste éminemment visuel qui sait user de l'atmosphère qu'il créé pour simplifier la parole. Et c'est vrai que ce Dune est beaucoup plus contemplatif car moins ramassé que son prédécesseur mais aussi moins bavard. Exit les longues explications en voix off ou les discours trop longs. Ici, une bonne partie passe par les lieux, les lumières et c'est bluffant d’intelligence.


Ce dépouillement s'allie à la bande-son du cultissime Hans Zimmer, qui signe là de nouveau un score envoutant.


La réussite incroyable de ce Dune, part one est donc tout autant dans son casting impeccable et la psychologie des personnages respectée que le design des lieux et des vêtements qui rend le tout organique et ultra réaliste, à mille lieux des délires cosmiques d'une autre saga que Villeneuve gadgétise de part le brio de sa mise en scène.

Il faut évidemment espérer que le filme cartonne pour qu'il y ait la partie 2 de lancée en 2022 mais aussi une adaptation des autres tomes qui, de livres en livres, nous emmèneront plus loin dans ce monde curieux qui fait réfléchir sur nos propres civilisation à travers plusieurs millénaires si l'on va jusqu'à La Maison des Mères.


Denis Villeneuve a signé un chef d’œuvre de science fiction, d'une grande fidélité au roman de Franck Herbert et qui redonne ses lettres de noblesse à une science-fiction adulte et consciente des thématiques profondes qu'elle charrie.


Dune est non seulement une non-déception mais surtout une excellente surprise de l'un des plus brillants réalisateurs au monde et vous devez y courir vite pour soutenir le cinéma d'auteur allié au blockbuster, le cinéma divertissant et exigeant, celui qui vous happe et vous emmène très très loin tout en vous faisant réfléchir à la société d'aujourd'hui.


Denis Villeneuve peut être très fier de lui et de ses équipes, il l'a fait, il a réussi à transposer le monstre Dune à l'écran. Mille mercis pour ce film ambitieux et spectaculaire, confondant de beauté, d'une grande intelligence scénaristique et qui est la plus belle adaptation que l'on pouvait rêver. Dune est enfin incarné.


La piste aux Lapins :







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