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Les meilleurs films du Blanc Lapin 2025 : N°19 à N°1


Poursuivions le classement 2025 des meilleurs films de l'année avec le top des premiers films.


N°19 - Mickey 17


De Bong Joon-ho


Avec Mickey 17, l'immense maitre sud-coréen Bong Joon-ho signe une fable de science-fiction aussi spectaculaire que féroce, jonglant entre satire sociale, comédie grinçante et réflexion vertigineuse sur l’avenir de l’humanité. Il mélange les styles comme à son habitude, c'est sa signature même si la comédie reste un premier plan. On sent toutefois poindre une forme de défaitisme sous les dehors vivaces de sa comédie d'action et l'apparent optimisme. Car si Mickey 17 est plus lumineux que la plupart de ses œuvres précédentes, il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un film de science fiction, d'une fable. Derrière ce divertissement très original pour Hollywood et au scénario qui n'est ni un remake ni une suite, il y a la vision sombre de Bong Joon-ho sur l'humain, ses bassesses, et là où l'humanité nous mène tout droit. Il nous parle d'antispécisme tout comme dans Okja, pointant du doigt l’absence totale de morale de l'homme face à des animaux ou êtres vivants qui ne sont pas humains. ll se moque de la mégalomanie d'Elon Musk, du fascisme de Donald Trump avec le personnage grotesque de Mark Ruffalo mais il le fait avec humour, comme une politesse du desespoiur face à cette humanité qu'il voit partir en vrille. Le film est particulièrement d'actualité et montre cette indécence de milliardaires qui usent des pauvres comme chair à canon avec un mépris pour toute morale, l'objectif de toujours plus en ligne de mire et la fin justifiant n'importe quel moyen pour y arriver, quitte à pétiner tout forme de différence.


En s’emparant des codes du blockbuster hollywoodien tout en les subvertissant, il livre un film à la fois divertissant et profondément politique, qui interroge la valeur de la vie humaine dans un monde régi par la surconsommation et le pouvoir.


L’intrigue plonge dans un futur dystopique où la technologie permet de dupliquer les individus à l’infini, une solution cynique pour exploiter sans scrupule une main-d’œuvre jetable. À travers cette idée aussi absurde qu’effrayante, Bong Joon-ho explore la déshumanisation des sociétés modernes, où l’individu devient une ressource interchangeable. Le film égratigne avec une réjouissante férocité les élites, prêtes à sacrifier les autres pour leur propre survie, et met en lumière un monde où l’éthique s’effondre face à l’impératif de rentabilité.


Esthétiquement, Mickey 17 , la richesse visuelle frôle parfois l'excès et prend le pas sur le propos et le style du film qu'on pourrait rapprocher du Docteur Follamour de Stanley Kubrick pour l'absurde qu'il dénonce. Côté interprétation, Robert Pattinson est au top et ajoute encore un grand réalisateur à son Cv. Sa double interprétation de gentil naif et d'énervé du bocal lui permettent de déplyer une pallette jouissive.


Si Mickey 17 n’égale pas les sommets de Parasite ou Memories of Murder, il n’en demeure pas moins une œuvre singulière et ambitieuse, où Bong Joon-ho, équilibre critique sociale et spectacle grand public. À la fois cynique et étrangement optimiste dans le ton, il nous rappelle que, malgré les dérives du monde moderne, l’humain peu trouver en lui de la dignité mais que la bascule avec l'autodestruction est fragile. Une satire qui manque d'un peu férocité mais qui a le mérite de porter un drapeau qui ne se prend pas au sérieux.


La piste aux lapins :



N°18 - Les enfants rouges

De Lotfi Achour


Alors qu’ils font paître leur troupeau dans la montagne, deux adolescents sont attaqués. Nizar, 16 ans, est tué tandis qu’Achraf, 14 ans, doit rapporter un message à sa famille.


Avec ce film inspiré d’un fait réel survenu en Tunisie en 2015, Lotfi Achour livre une œuvre d’une rare intensité, qui explore avec délicatesse les séquelles invisibles du terrorisme. À travers le regard d’un adolescent survivant, le cinéaste capte l’indicible douleur d’un traumatisme, mêlant réalisme cru et échappées oniriques d’une poésie saisissante.

La mise en scène, élégante sans jamais trahir la gravité du sujet, se déploie entre cauchemar éveillé et fable lumineuse. Plutôt que de montrer l’horreur, Achour choisit de la suggérer, en se concentrant sur les cicatrices intérieures et la résilience du jeune héros, incarné avec une justesse bouleversante. Le film bouleverse par sa pudeur, sa beauté formelle et la puissance émotionnelle qu’il dégage. Une œuvre essentielle, dure et douce à la fois.


La piste aux Lapins :



N°17 - 28 ans plus tard


De Danny Boyle


Avec 28 ans plus tard, Danny Boyle signe un retour aussi inattendu qu’électrique à l’univers infecté qu’il avait inauguré en 2002 avec 28 jours plus tard, suivi cinq ans plus tard du très efficace 28 semaines plus tard. Ce nouveau chapitre, troisième opus d’une saga désormais culte, marque aussi les retrouvailles créatives entre Boyle et le scénariste Alex Garland, devenu entre-temps une figure incontournable de la science-fiction contemporaine (Ex Machina, Annihilation, Devs). Ensemble, ils repoussent une nouvelle fois les limites du film de genre pour livrer une œuvre aussi brute qu’ambitieuse.


Le projet ne se contente pas de jouer sur la nostalgie : il amorce une nouvelle trilogie. 28 ans plus tard en est le point de départ, bientôt suivi de The Bone Temple, prévu pour janvier 2026, tandis qu’un troisième film conclura ce cycle apocalyptique.


Si Cillian Murphy, désormais icône, est annoncé pour apparaître dans le second film avant de prendre le relais du dernier, cette première partie propose déjà une galerie de personnages puissants et torturés, incarnés par un casting cinq étoiles : Jodie Comer, Ralph Fiennes, Aaron Taylor-Johnson et Jack O’Connell composent une distribution féroce, charismatique, aux accents tragiques.


La mise en scène retrouve la verve viscérale et punk qui caractérisait les premiers Boyle. Tour à tour poétique et rageur, le film alterne visions cauchemardesques, expérimentation sensorielle et fulgurances stylistiques. D’une intensité à couper le souffle, certaines séquences évoquent la transe fiévreuse de Sunshine, la brutalité urbaine de Trainspotting ou la virtuosité de 127 heures. La bande-son claque, le montage est nerveux, la caméra s’autorise toutes les audaces.


Mais derrière l'adrénaline, 28 ans plus tard n'oublie pas la satire. Le film prend pour toile de fond une Grande-Bretagne isolée, incapable de contenir une pandémie, et dessine un portrait acide d'une société minée par le repli sur soi, la peur et la dérive autoritaire. Plus qu’un film de zombies, c’est une fable politique, où les infectés sont moins effrayants que les vivants. L’écriture de Garland explore les traumatismes collectifs, les fractures sociales, et cette sensation persistante que le monde court à sa perte en répétant les mêmes erreurs.


Danny Boyle, qui a toujours navigué entre les genres avec brio (Slumdog Millionaire, Steve Jobs, Trance), retrouve ici une liberté et une urgence qu’on ne lui avait pas connues depuis longtemps. 28 ans plus tard ne cherche pas l’esbroufe ni l’action à outrance : il préfère construire une tension organique, progressive, parfois dérangeante, avec une approche presque philosophique de la fin du monde.


Ralph Fiennes, en particulier, livre une prestation d’une intensité rare, dans un rôle hanté qui évoque un Kurtz moderne. Son face-à-face avec la violence et le désespoir donne lieu à des scènes parmi les plus marquantes du film. Quant à Jodie Comer, elle incarne une héroïne à la fois vulnérable et redoutable.


Avec un budget mesuré de 60 millions de dollars, 28 ans plus tard prouve qu’on peut faire du grand cinéma de genre sans surenchère. Le film impressionne par sa capacité à conjuguer spectacle, réflexion et émotion brute. Il ne s’agit pas d’une simple suite, mais d’une mutation du film d’horreur, hybride et fiévreuse, capable de faire frémir autant que réfléchir.


Boyle et Garland frappent fort. Et la suite, déjà en route, promet d’élargir encore l’univers. La pandémie n’est pas terminée. Le chaos ne fait que commencer.


La piste aux lapins :



N°16 - La Petite Dernière

De Hafsia Herzi


Avec La Petite Dernière, Hafsia Herzi adapte le roman de Fatima Daas et signe une œuvre sensible, sincère et remarquablement interprétée. Le film suit Fatima, une jeune femme musulmane qui découvre son attirance pour les femmes tout en cherchant à rester fidèle à sa foi. Dans ce récit d’émancipation, Herzi aborde des sujets rarement traités au cinéma français — la religion, le désir, la honte et la liberté — avec une pudeur et une douceur désarmantes.


La force du film réside dans cette retenue. Rien n’est crié, rien n’est démonstratif. Herzi observe son héroïne dans les petits gestes du quotidien, dans les silences, dans ces moments suspendus où la parole ne suffit plus. La réalisatrice refuse tout pathos et filme avec une bienveillance rare les tiraillements d’une femme prise entre deux mondes : celui de la foi et celui du désir. Cette délicatesse, loin d’affaiblir le propos, en renforce la sincérité.


Nadia Melliti, révélation du film, habite le rôle et elle est de tous les plans. Son jeu, à la fois physique et intérieur, porte tout le film. Elle incarne avec justesse cette quête identitaire silencieuse, cette lutte intime pour exister sans trahir ni soi ni les autres. Son prix d’interprétation à Cannes apparaît pleinement mérité tant elle confère au film sa vérité émotionnelle.


Mais si la mise en scène séduit par sa sobriété et son humanité, elle souffre aussi de sa mesure. À force de vouloir éviter tout effet, le film s’étire parfois, perd en rythme et en tension dramatique. Certaines séquences paraissent redondantes, comme si Herzi craignait de conclure trop vite un parcours intérieur qu’elle a pourtant si finement esquissé. On aurait aimé la voir pousser plus loin son récit : montrer comment cette jeune femme transforme son éveil en véritable émancipation, ce qu’elle fait de cette liberté nouvellement conquise.


Ce léger manque de résolution n’enlève rien à la beauté du film, mais laisse un sentiment d’inachèvement — comme si le chemin s’interrompait juste avant la lumière. La Petite Dernière reste pourtant une œuvre importante : un film rare, humble et nécessaire, qui parle d’identité, de foi et de désir sans éclats ni dogmes. Hafsia Herzi y confirme sa sensibilité de cinéaste et livre un film profondément humain, et fera date dans le cinéma queer.


La piste aux Lapins :



N°15 - Les Aigles de la République

De Tarik Saleh



Le film démarre comme une comédie moqueuse avant de se transformer en une plongée inquiétante dans les rouages d’un pouvoir à bout de souffle. Derrière les sourires polis s’installe peu à peu une atmosphère d’étouffement, où les éclats de violence surgissent sans prévenir et rappellent la fragilité de ceux qui pensent dominer le jeu. Dans ce système rongé par les ambitions et les mensonges, deux femmes imposent une présence discrète mais essentielle, révélant par contraste la brutalité et la vanité du cercle masculin qui les entoure.


Tarik Saleh, qui avait déjà frappé juste avec Le Caire confidentiel et La Conspiration du Caire, poursuit ici son exploration des zones grises du pouvoir. Il mêle habilement réflexion politique et mise en abyme, montrant comment un régime utilise la mise en scène pour travestir sa faiblesse. Ce dispositif donne au récit un relief singulier, oscillant entre ironie et menace, entre spectacle et désillusion.


Au centre, Fares Fares trouve l’un de ses rôles les plus intenses : un homme partagé entre ambition et vertige, pris dans un engrenage qu’il ne contrôle plus. Sa performance, tour à tour fragile et déterminée, donne une dimension profondément humaine à ce portrait d’un système en décomposition. Malgré quelques passages plus appuyés, l’ensemble fonctionne par sa tension continue, ses ruptures de ton et ses accès de violence sèche qui frappent comme des coups de semonce.


Cette conclusion à la trilogie cairote s’impose ainsi comme une réflexion nerveuse et captivante sur la fabrication du pouvoir et ceux qu’il consume, un film qui secoue autant qu’il éclaire.


La piste aux Lapins :



N°14 - Pris au piège - Caught stealing

De Darren Aronofsky



Austin Butler commence à devenir une superstar bankable. Il a été découvert dans le Elvis de Baz Luhrmann avant de faire un double coup avec la série Masters of the Air et surtout le méchant iconique Feyd-Rautha Harkonnen dans Dune Partie 2. C'est donc l'un des trentenaires les plus demandés du moment à Hollywood. Il crevait l'écran chez Jeff Nichols aux côtés de Tom Hardy dans The Bikeriders. Et dans ce nouveau film, il confirme carrément qu'il assure.


C'est un grand réalisateur controversé qu'il ajoute à son Cv avec le film le plus grand public de son auteur.


Darren Aronofsky qui a reçu des éloges avec Pi, Requiem for a dream, The Wrestler ou Black Swan, s'est pris des fours critiques aussi avec The Fountain (que j'ai adoré), Noé, Mother (épuisant mais interressant), et The Whale (son film le plus récent et le plus consensuel).


Avec "Caught stealing", il donne à Austin Butler le rôle de Nun ancien joueur de baseball plongé malgré lui dans le monde la pègre New-yorkaise des années 90 et qui tente d'y survivre.


Matt Smith («House of the Dragon», The Crown) , l'excellente Zoë Kravitz (Big Little Lies, X-Men, The Batman, Mad Max: Fury Road), Regina King (Boyz N the Hood, et les géniales séries The Leftovers et Watchmen) complètent le casting de ce film surprenant.


Surprenant parceque le ton du film est en apparence léger alors que l'histoire est sombre et violente. On a beaucoup fait référence dans la presse au After Hours de Martin Scorsese. Il est vrai que le film a un rythme effréné ou on ne s'ennuie pas une minute et où on traverse new York qui est un personnage à part entière. Après la comparaison s'arrête là car le film ne se déroule pas que sur une nuit et l'action est bien plus présente. Pareil on a comparé à Guy Ritchie pour ses personnages de mafieux iconoclastes et parfois drôles mais pareil je suis moyennement d'accord. Le ton du film est très différent. Mais "Pris au piège - Caught Stealing", au delà d'être le meilleur film d'Aronofsky depuis 15 ans et Black Swan, c'est surtout un film réalisé de façon très fluide sur un très bon scénario adapté d'un best seller mais qui n'est ni une franchise ni une suite. Et c'est gonflé aujourd'hui de financer ce type de film à Hollywood. Hélas le film ne trouve pas son public et c'est bien dommage car c'est un excellent divertissement avec un acteur principal qui déchire, une vraie star, et d'un niveau qualitatif très au dessus de la moyenne des thrillers qui sortent aujourd'hui. Un film d'auteur grand public où la mise en scène et l'histoire sont canon, courrez y !


La piste aux lapins :




N°13 - Enzo

De Laurent Cantet et Robin Campillo


Enzo, 16 ans, est apprenti maçon à La Ciotat. Pressé par son père qui le voyait faire des études supérieures, le jeune homme cherche à échapper au cadre confortable mais étouffant de la villa familiale. C’est sur les chantiers, au contact de Vlad, un collègue ukrainien, qu’Enzo va entrevoir un nouvel horizon.


Enzo n’est pas seulement un film sur l’adolescence : c’est un adieu pudique, vibrant, d’un grand cinéaste à son œuvre et à son époque. Dernier scénario écrit par Laurent Cantet avant sa disparition en avril 2024, ce projet posthume a été porté à l’écran par Robin Campillo (120 battements par minute), son ami de toujours. Ce passage de relais donne naissance à un film d’une grande sensibilité, à la fois charnel, politique et profondément contemporain.


Le récit suit Enzo, un adolescent en rupture douce, dont l’insoumission silencieuse se heurte aux attentes d’un monde adulte figé dans ses certitudes. Ni révolté, ni soumis, Enzo cherche sa place dans une société qui ne lui offre que des contradictions. Il observe, résiste par le retrait, tente de comprendre. Cette manière de scruter un être en formation, pris entre le désir et le doute, fait écho à l’ensemble de la filmographie de Laurent Cantet.


Du jeune homme en crise dans Ressources humaines (1999) au cadre mensonger de L’Emploi du temps (2001), en passant par les adolescentes insoumises de Foxfire ou les lycéens d’Entre les murs (Palme d’or 2008), Cantet a toujours filmé les individus dans leur tension avec le collectif, dans les interstices entre intime et social. Enzo s’inscrit dans cette lignée, mais en adopte ici une forme plus flottante, presque impressionniste, où le silence dit autant que les mots.


Campillo apporte à ce dernier opus une touche plus sensuelle, plus contemplative : la lumière solaire, les gestes furtifs, les corps filmés avec délicatesse renforcent l’émotion à fleur de peau. La caméra prend son temps, les scènes s’étirent, parfois en apparence anodines, mais toujours habitées par une gravité souterraine. La guerre (celle en Ukraine), le monde du travail, l’indifférence de la bourgeoisie "progressiste" : tout est là, en arrière-plan, diffus, jamais démonstratif.


Ce qui bouleverse dans Enzo, c’est cette façon d’avancer par éclats, d’oser l’inachèvement, comme si le film lui-même cherchait sa trajectoire, à l’image de son héros. Porté par des comédiens amateurs d’une justesse saisissante, et en particulier par un jeune premier dont le mutisme contient tout un monde, le film refuse les grandes leçons, les effets faciles, pour mieux laisser place à l’incertitude, à la fragilité.


Enzo est une œuvre qui interroge ce que veut dire "transmettre" : un savoir, une mémoire, une colère, une manière d’habiter le monde. En cela, c’est un film-testament sans solennité, un geste de cinéma modeste et bouleversant, qui mêle l’ombre d’un grand réalisateur disparu à la lumière d’une jeunesse qui avance à tâtons. Campillo et Cantet signent ensemble un film suspendu, inquiet, lumineux et endeuillé, qui regarde l’avenir sans naïveté, mais avec une infinie tendresse.


La piste aux lapins :




N°12 - Sinners


Réalisé par Ryan Coogler (Fruitvale Station, Creed, Black Panther), Sinners est un film ambitieux porté par Michael B. Jordan, qui y interprète deux frères jumeaux revenant dans leur Louisiane natale des années 30, confrontés à une épidémie mystérieuse mêlant vampires et fantômes.


Avec un budget de 90 millions de dollars, Coogler rend hommage au film de genre en y ajoutant une touche d'originalité bienvenue via une fresque hantée par l’histoire américaine, le racisme, la culture afro-américaine et le blues.


Certes le film convoque la mythologie vampirique du Sud des États-Unis et le déroulé en tant que tel de l'histoire surprendra peu. Il faut aller chercher l'intérêt ailleurs, vers sa mise en scène et sa richesse thématique. À travers une esthétique léchée, Coogler signe une œuvre où les effets spéciaux servent pleinement le récit.


Jack O’Connell, révélé par la série Skins et plusieurs films et séries remarqués (le génial "Les poings contre les murs", "71" de Yann Demange, dans la très bonne série Netflix "Godless" ou l'excellente série "The North Watter", L'Amant de Lady Chatterley, la série

Rogue Heroes), campe un antagoniste ambigu face à Michael B. Jordan, impeccable dans son double rôle. Le blockbuster ne sacrifie jamais sa profondeur au spectaculaire, abordant frontalement les questions de racisme, du KuKluxKlan, et de la difficulté pour les noirs de s’émanciper dans un contexte de haine des blancs du sud des Etats-Unis dont les racines sont bien ancrées. Son ton rappelle à la fois Jordan Peele (Get Out) pour l’aspect engagé et John Carpenter pour l’amour du genre horrifique classique.


Autre idée originale, celle de lier les générations noires par la musique et ses divers styles qui leurs ont permis de s’échapper de ces ségrégations et d’être libres le temps de la trance musicale d’une soirée. Idée casse gueule mais qui fonctionne.


Cependant, malgré ses fulgurances, Sinners n'est pas exempt de critiques : son ambition n’empêche pas l’ensemble de l’histoire d’être prévisible, la référence à Une nuit en enfer de Robert Rodriguez étant un peu lourde.


Reste que Sinners, par son audace, ses partis pris artistiques et son discours engagé, s'impose comme un film plus interessant que le simple film de vampires annoncé, et un résultat ultra efficace.


La piste aux Lapins :




N°11 - L’Attachement

De Carine Tardieu



Sandra, quinquagénaire farouchement indépendante, partage soudainement et malgré elle l’intimité de son voisin de palier et de ses deux enfants. Contre toute attente, elle s’attache peu à peu à cette famille d’adoption.


Carine Tardieu réussit un petit miracle avec ce film d'une profonde originalité scénaristique, porté par un casting impeccable et qui déborde d'émotion retenue.


Valeria Bruni Tedeschi, Pio Marmaï, Vimala Pons et Raphaël Quenard jouent chacun sur une partition tout en nuances des personnages cassés qui vont tenter de se réparer une vie ensemble. Valeria Bruni Tedeschi joue avec une forme de froideur cette femme cinquantenaire féministe, sans enfants dont la vie va être bousculée par le drame de ses voisins et s'attendrir au contact des mômes orphelins. L'écriture de son personnage est vraiment sensible car on ne s'attarde pas sur son historique, on n'en fait pas une femme seule qui a raté quelquechose. Non, c'est une femme qui assume ses choix, qui n'a pas besoin de cette histoire pour vivre et qui va embarquer dedans malgré sa distance première. La voir évoluer est très touchant parceque sans en faire trop, avec toujours une légère distanciation du personnage. Pio Marmai lui joue un homme paumé qui se cherche et cherche à surnager, il est très bon comme toujours. Vimala Pons , après Vincent doit mourir, ajoute à nouveau un rôle à la hauteur de son talent incandescent. Elle a du chien, du charme et son naturel, sa fragilité un peu brute de décoffrage font des merveilles dans ce rôle pas facile à tenir. Enfin Raphaël Quenard fait du Raphaël Quenard mais il le fait bien, et ajoute une touche d'originalité à un film qui l'était déjà beaucoup.


Avec des dialogues ciselés et une bande-son soignée, L'attachement célèbre une tendresse sincère, sans jamais sombrer dans la mièvrerie. Carine Tardieu livre une chronique délicate et lumineuse sur la reconstruction affective, portée par l’élégance des sentiments et une mise en scène sobre mais vivace.


La piste aux lapins :




N°10 - Sirāt


Au cœur des montagnes du sud du Maroc, Luis, accompagné de son fils Estéban, recherche sa fille aînée qui a disparu. Ils rallient un groupe de ravers en route vers une énième fête dans les profondeurs du désert. Ils s’enfoncent dans l’immensité brûlante d’un miroir de sable qui les confronte à leurs propres limites.


Avec Sirât, Oliver Laxe livre une œuvre singulière qui surprend à mi parcours. On ne sait pas si le film est conte mystique ou un simple road movie halluciné. L’immensité sèche et implacable du désert marocain sert de cadre à ce groupe de fêtards qui va errer avec une bande-son excellente et utilisée avec un soin tout particulier. S'en dégage une sensation où le réel vacille peu à peu. La mise en scène épurée est absolument brillante de bout en bout, justifiant amplement le prix du jury obtenu à Cannes en mai 2025.


Cette bande-son électro-punk hypnotique, tend tout autant vers la fin d’un monde qu'ene envie de survivre. Le récit avance par fragments, entre silences, éclats de violence, et ruptures de rythme.


Les dialogues sont rares, privilégiant les sons, la transe et les corps dont des corps meurtris, amputés, ce qui est très rare de monter avec autant de simplicité et d'humanité.


La tension est souvent déroutante car elle n'est pas là où on l'attend, le film allant de surprise en surprise du spectateur jusqu'à un final totalement inattendu.


Sirât s’impose comme une réflexion sur la perte, la fragilité de nos existences, le deuil collectif, et le vertige d’exister. La caméra embrasse la beauté du désert et du vide autant qu’elle confronte leur angoisse à cette nature hostile. Le désert devient un espace mental, un purgatoire contemporain où chaque image semble creuser un peu plus le vertige.


Sirât est une expérience, une proposition de cinéma libre, radicale, et profondément actuelle.


La piste aux Lapins :



N°09 - Frankenstein

De Guillermo del Toro



Après avoir bouleversé l’animation avec son Pinocchio oscarisé, Guillermo del Toro donne vie à une nouvelle œuvre empreinte de poésie noire et de monstres torturés. Cette fois, il s’attaque à une figure fondatrice de la littérature fantastique : Frankenstein. C'est un projet qu'il porte depuis toujours et comme tout film rêvé par un grand cinéaste toute sa carrière, le risque est de décevoir.


Si le résultat ne fait pas partie du top de la filmographie du grand Guillermo del Toro, le film n'en demeure pas moins très réussi et emprunt d'une nostalgie, d'une beauté gothique visuelle époustouflante et d'un message déchirant.


Fidèle à son goût pour les créatures tragiques et l’étrangeté de l’âme humaine, le cinéaste mexicain a donc réalisé et produit pour Netflix son adaptation à la fois ambitieuse et intime du roman culte de Mary Shelley. Pour la somme monstrueuse de 120 M$, Del Toro livre un film sombre aux décors hallucinants, ainsi qu'un nouveau film du genre fantastique qui marquera. Surtout, il prolonge une longue lignée de cinéastes du fantastique et lui rend un hommage master classe de 2h30 qui passe très vite au final. Guillermo del Toro livre avec Frankenstein une œuvre somme, à la fois aboutissement esthétique et manifeste intime.  Le cinéaste revisite le roman de Mary Shelley avec une fidélité rare, tout en y insufflant sa sensibilité baroque et sa vision tragiquement humaine du monstre. Plus qu’une relecture, il s’agit d’une véritable symphonie gothique où se mêlent poésie visuelle, romantisme noir et émotion brute.


Oscar Isaac y endosse le rôle du Dr Victor Frankenstein, savant brillant, visionnaire, mais consumé par son orgueil. Il surjoue un peu et en fait des caisses mais c'est à se demander si ce n'est pas volontaire en hommage aux films en noir et blanc qui virent la créature et son père arriver dans les salles obscures dans les années 30. À ses côtés, Jacob Elordi, révélé récemment dans Saltburn et Priscilla, et star montante de tous les projets qui comptent, incarne la créature.Le choix de Guillermo del Toro est bien vu car Elordi est un beau monstre. Il est certes couturé de partout et monstrueux mais son regard, son visage fin, ses expressions lorsqu'il a peur et sa taille immense près de 2 mètres, fit et légère, en font une version jusqu'alors inconnue du célèbre monstre. Ceci le rend profondément humain et attachant, ce qui est l'une des grandes réussites du film.


Del Toro suit le mode de récit du livre en commençant par la fin ou en donnant une vision sous deux angles, celle de Victor puis du monstre, à la Rashomon, et c'est brillant. La figure du créateur, hanté par ses propres blessures, et celle de la créature, assoiffée d’amour et de reconnaissance, trouvent ici un équilibre d’une intensité bouleversante.


La piste aux Lapins :



N°08 - Oui


De Nadav Lapid



Israël au lendemain du 7 octobre. Y., musicien de jazz précaire, et sa femme Jasmine, danseuse, donnent leur art, leur âme et leur corps aux plus offrants, apportent plaisir et consolation à leur pays qui saigne. Bientôt, Y. se voit confier une mission de la plus haute importance : mettre en musique un nouvel hymne national.

Le réalisateur israelien Nadav Lapid revient avec son style tyrès particulier découvert dans l'iconoclaste Synonymes.


On pourrait y voir du Fellini ou du Alessandrro Jodorowsky dans ses percées surréalistes toujours too much et provocatrices mais qui n'ont d'autre but que d'illustrer un propos de façon imagée et surréaliste plutôt que par de longs discours plombants. Et il fallait bien cela pour livrer cet excellent film dont Israël avait besoin. Dans la situation actuelle post massacres du 07 octobre et éradication méthodique par Tsahal de la population de Gaza, il fallait un film qui ne donne pas le micro à l’extrême droite au pouvoir mais aux autres, tous ces israéliens qui ne sont pas d'accord avec leur gouvernement et qui ont honte du génocide en cours.


Le film fait du bien car il redonne la parole à cette gauche israélienne. Mais il le fait avec une grande finesse via ce personnage attachant et amoral de musicien qui accepte que sa femme couche à droite à gauche par intérêt financier ou professionnel ou accepte de se livrer totalement aux pires fachos de son pays quitte à écrire un hymne monstrueux, juste pour le fric. Nadav Lapid nous montre le chemin vers la morale de cet être pour qui rien n 'est important et tout doit être une fête, une farce. Derrière les effets visuels et les effets de style, il y a cependant une réflexion plus profonde sur cette partie de la population qui s'est perdue dans la vengeance sans fin qui mène toujours vers plus de massacres des deux côtés. La mise en scène est sensorielle et surréaliste et çà fait du bien car ceci montre tant la folie du personnage que celle de ces dirigeants israéliens enfermés dans une course morbide sans retour. La colère du réalisateur est salvatrice car elle fiévreuse, torturée et se jour du grand ridicule carnavalesque de ces militaires sans âmes et ultra corrompus.


 Ce film fantasque sur un sujet horrible est le témoin d'une dérive atroce dont on ne sait pas jusqu'où elle ira. Il explique de manière engagée sous ses dehors enragés, le terrible effondrement moral qui accompagne les milliers de vies perdues chaque semaine, sans nier l'horreur du 07 octobre, sans opposer les massacres, avec une grande finesse.


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N°07 - The Chronology Of Water


De Kristen Stewart


Ayant grandi dans un environnement ravagé par la violence et l’alcool, la jeune Lidia peine à trouver sa voie. Elle parvient à fuir sa famille et entre à l’université, où elle trouve refuge dans la littérature. Peu à peu, les mots lui offrent une liberté inattendue…


Premier film et film choc pour la première incursion de l'actrice Kristen Stewart derrière la caméra. On lui reprochera probablement d'être trop arty, de mettre trop d'effets visuels et d'effets de mise en scène. Pourtant, il se dégage de ce premier long métrage une force incroyable. Imogen Poots est de tous les plans et insuffle à ce personnage déchiré par la vie dès son adolescence, une dimension qui vous fait penser au film longtemps après.


Kristen Stewart choisit un style de récit volontairement haché comme la vie de son héroïne victime d'inceste.


Elle est totalement perdue, elle a une identité détruite, un rapport à l'homme violent et impossible du fait de ce que lui a fait subir son père, l'être dont elle ne pouvait pas se méfier. Mais la réalisatrice choisit d'adapter le roman avec crudité sans jamais rien montrer mais avec un impact tout aussi perturbant. Par ses allers retours entre présent et passé, transformant les souvenirs du personnage en fantômes qui viennent la hanter jusqu'à ce que par une résilience et une force inouïe elle arrive à pardonner, à vivre une autre vie.


Cette renaissance, elle la filme aussi par saccades vers le futur, anticipant la scène d'après par des inserts dans la scène du présent, comme pour accentuer cette urgence de vivre ou de mourir selon l'état mental du personnage et cette déconstruction permanente qui la handicape dans ses rapports à l'autre une fois adulte. Le film est d'une rare intelligence et plus subtile que ses effets pourraient le laisser paraitre. La création devient l'antidote d'une autodestruction initiée par son bourreau.


L'audace de Kristen Stewart est à la hauteur du résultat surprenant et qui ne peut pas vous laisser indifférent. Le film est éprouvant mais ambitieux, et c'est une première plongée d'une actrice cinéaste que l'on a hâte de revoir derrière la caméra.


La piste aux Lapins :



N°06 - The Brutalist


De Brady Corbet


Fuyant l’Europe d’après-guerre, l’architecte visionnaire László Tóth arrive en Amérique pour y reconstruire sa vie, sa carrière et le couple qu’il formait avec sa femme Erzsébet, que les fluctuations de frontières et de régimes de l’Europe en guerre ont gravement mis à mal.

Livré à lui-même en terre étrangère, László pose ses valises en Pennsylvanie où l’éminent et fortuné industriel Harrison Lee Van Buren reconnaît son talent de bâtisseur. Mais le pouvoir et la postérité ont un lourd coût.


Adrien Brody a vu sa carrière pâlir grandement depuis bien des années. L'acteur de Le Pianiste, 51 ans au compteur, a tourné dans des films réussis comme La ligne Rouge de Terrence Malick, chez son pôte Wes Anderson (The Grand Busapest Hôtel, A bord du Darjeeling Limited, The French dispatch Asteroid City). Mais à part Wes Anderson, çà rame un peu niveau grands rôles.


Je suis donc ravi pour cet excellent acteur qu'il retrouve un rôle majeur dans ce film qui fait clairement écho au Pianiste de part sa thématique. La performance d’Adrien Brody est vraiment d'un niveau exceptionnel.


The Brutalist parle beaucoup d’architecture et d'un architecte de ce courant des années 50 tout droit dérivé des travaux du Corbusier. Mais le troisième long-métrage de Brady Corbet, auréolé du prix de la mise en scène à la Mostra de Venise 2024, nous parle aussi de tous ces juifs rescapés des camps qui ont reconstruit leur vie malgré leurs traumas. Cette seconde vie pour laquelle ils se sont battus entre une forme d'instinct de reconstruire et une culpabilité d'avoir survécu mêlée à un accueil plus que trouble des libérateurs. Car la force de ce gros morceau qu'est The Brutalist est de montrer l'insidieuse condescendance et le regard méprisant du capitalisme américain envers ces cerveaux et artistes qu'il récupéra par intérêt tout en leur montrant la place qu'ils se devaient de garder. Le personnage de Guy Pearce est très réussi pour celà, en mécène cultivé et mégalo mais pas si bienveillant qu'il veut bien le montrer. Une scène assez choquante est censée incarner l'impérialisme américain sur la façon de penser ainsi que cette duplicité du personnage de Guy Pearce, qui sous ses faux airs désintéressés, se comporte en maitre vis à vis d'esclaves qu'il possède. Je n'ai pas adhéré à cette scène qui tombe de nul-part et j'ai trouvé qu'elle venait gâcher par sa facilité une partie du film pourtant brillant. C'est dommage car The Brutalist est fluide et se regarde sans problème malgré ses 3h35 et son entracte de 15 minutes, du rarement vu !


Brady Corbet use de plans d'une beauté à couper le souffle, parlant des mensonges de l'American way of Life, avec une forme travaillée tel un orfèvre de l'image. Le film se veut monumental par sa durée et sa thématique et il y arrive à bien des égards.


The Brutalist est un tour de force singulier par le trompe l’œil américain qu'il nous donne à voir. La mise en scène et l'ambition thématique forcent le respect et vous feront réfléchir au film longtemps après la séance. La reconstruction d'un homme à travers son art puis celle de son couple sont à la fois très émouvants et violents de par la brutalité de ces rapports sociaux qui fait écho au style architectural qu'il promeut. L'explication à la fin du film de la raison de son inspiration et de son art, est bouleversante.


La piste aux Lapins :



N°05 - Nouvelle vague


De Richard Linklater


Nouvelle Vague, le nouveau film de Richard Linklater, est une immersion lumineuse dans le Paris des années 1960, au cœur de l'effervescence créative qui a donné naissance à l’une des plus grandes révolutions cinématographiques : la Nouvelle Vague française.


À travers la reconstitution du tournage d’À bout de souffle, le réalisateur américain signe une œuvre à la fois érudite et accessible, une déclaration d’amour au cinéma d’auteur sans jamais sombrer dans l’hommage figé.


Porté par une mise en scène inventive et une énergie joyeusement communicative, Nouvelle Vague suit une bande de jeunes créateurs idéalistes, incarnés par un casting aussi rafraîchissant que convaincant. Guillaume Marbeck, Aubry Dullin, Zoey Deutch ou encore Adrien Rouyard redonnent vie à Godard, Belmondo, Seberg et Truffaut avec une justesse troublante, évitant le piège de la simple imitation pour atteindre une vraie incarnation.


Tourné en noir et blanc, en français, le film parvient à recréer l'époque sans nostalgie pesante. Il ravive une flamme plutôt qu’il ne sacralise une légende, captant la liberté, l’improvisation et le charme imparfait de cette génération qui a bouleversé les codes. Sans prétendre se substituer à Godard, Linklater s’interroge sur ce qui a permis l’éclosion de son génie, et trouve dans cette exploration une vitalité qui traverse tout le film.


Véritable feel good movie cinéphile, Nouvelle Vague insuffle un enthousiasme contagieux. On en ressort avec l’envie d’aimer, de créer, et peut-être même de faire du cinéma. Un film à la fois conceptuel et vibrant, ludique sans être vain, qui réussit le pari rare de rendre hommage en restant pleinement vivant.


La piste aux lapins :



N°04 - La Convocation

De Halfdan Ullmann Tøndel




Lorsqu'un incident se produit à l'école, les parents des jeunes Armand et Jon sont convoqués par la direction. Mais tout le monde a du mal à expliquer ce qu'il s’est réellement passé. Les récits des enfants s’opposent, les points de vue s’affrontent, jusqu’à faire trembler les certitudes des adultes…


Avec La Convocation, Halfdan Ullmann Tøndel, petit-fils du réalisateur suédois Ingmar Bergman et de l'actrice norvégienne Liv Ullmann, propose une immersion dans les méandres de la communication adulte, à travers une réunion scolaire qui dégénère en affrontement psychologique. Le film est centré sur une confrontation entre parents et enseignants suite à un incident impliquant leurs deux enfants. Très vite les non-dits façonnent ce huis clos dans les murs de l'école, chacun, des parents aux professeurs et la direction de l'école, voulant bien faire mais ne pouvant s'empêcher d'avoir des idées préconçues ou des sur-interprétations.


La performance de Renate Reinsve, dans le rôle d'Elizabeth, est remarquable. Connue pour ses rôles dans Oslo, 31 août (2011) et Julie (en 12 chapitres) (2021) de Joaquim Trier, son interprétation oscille entre maîtrise et vulnérabilité, capturant les nuances d'une mère confrontée à des accusations graves contre son fils. 


La mise en scène de Tøndel se distingue par son utilisation de symboles et de ruptures visuelles inattendues. Une alarme défectueuse ou des saignements de nez viennent perturber la narration, ajoutant une dimension presque surréaliste au récit. Deux scènes symboliques et abstraites viennent déconstruire le calme du film, certains y verront une forme de facilité dans la durée de ces intermèdes qui certes auraient pu être plus courts. Mais ces choix artistiques, bien que parfois déconcertants, renforcent le sentiment d'incertitude et de malaise qui imprègne le film.​


La Convocation interroge la notion de vérité et la manière dont les adultes projettent leurs propres insécurités sur les enfants. Le film explore les mécanismes de la culpabilité, du jugement et de la perception, offrant une réflexion profonde sur les relations humaines et les dynamiques de pouvoir.​


La Convocation est une proposition cinématographique ambitieuse qui témoigne du potentiel de Halfdan Ullmann Tøndel en tant que réalisateur. Son exploration des zones d'ombre de l'âme humaine, portée par une mise en scène inventive et une interprétation magistrale de Renate Reinsve, en fait une œuvre singulière et mémorable.


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N°03 ex æquo - A Real Pain


De Jesse Eisenberg



Deux cousins aux caractères diamétralement opposés - David et Benji - se retrouvent à l’occasion d’un voyage en Pologne afin d’honorer la mémoire de leur grand-mère bien-aimée. Leur odyssée va prendre une tournure inattendue lorsque les vieilles tensions de ce duo improbable vont refaire surface avec, en toile de fond, l’histoire de leur famille…


L'acteur de The Social Network (David Fincher) et To Rome with Love (Woody Allen), passe pour la seconde fois à a réalisation après son premier, when you finish saving the world, qui n'avait pas marqué les esprits. On peut dire que sa seconde tentative est une réussite totale, à partir d'une idée simple, comment anticiper le devoir de mémoire par rapport à la Shoa pour des petits enfants d'une rescapée des camps, qui ont des tas de problèmes à gérer au quotidien mais qui sont tellement insipides par rapport à l'horreur de l'holocauste. A partir de ce constat de décalage entre les deux, Jesse Eisenberg va s'intéresser à deux personnages qu'il a écrits au ciseau. Deux adultes quarantenaires qui s’aiment profondément mais qui ont pris des chemins différents. L'un des cousins est rangé, avec son job qui fonctionne sa petite famille et ses traumas, ses doutes, son incapacité à extérioriser ses sentiments tellement il a accepté le moule qu'il a construit. Son cousin lui est lumineux, quand il entre dans une pièce tout le monde le remarque, il est gentil, interessé à l'autre mais il est fracassé. Il n'arrive pas à gérer ses émotions et ceci l'a coupé du reste du monde et de son cousin qu'il voit moins. Jesse Eisenberg est comme toujours excellent dans ce personnage introverti mais qui gère les situation et s'inquiète profondément pour son cousin et ami. Kieran Culkin, qui avait fait sensation dans les cinq saisons de Succession, est tout simplement bluffant. Il explose chacune de ses scènes parceque son personnage déborde d'humanité et de fragilité, toujours sur le fil et prêt à exploser mais pourtant qu'on comprend si bien.


Jesse Eisenberg livre une tragicomédie sensible et intelligente sur la mémoire et l'identité. Entre humour mordant (on se marre beaucoup) et émotion sincère, il explore le poids d’une histoire que les nouvelles générations héritent sans l’avoir directement vécue.


Porté par des dialogues finement écrits et une mise en scène épurée, le film évite le pathos en trouvant un équilibre subtil entre drame et légèreté. Grâce à des comédiens investis et une écriture subtile, le film transforme une quête identitaire en une réflexion universelle sur la résilience, la solitude des identités, la gentillesse. Un film très riche sous ses dehors très simples.


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N°03 ex æquo - La Pampa


De Antoine Chevrollier



Willy et Jojo, deux ados inséparables, passent leur temps à chasser l’ennui dans un petit village au cœur de la France. Ils se sont fait une promesse : ils partiront bientôt pour la ville. Mais Jojo cache un secret. Et quand tout le village le découvre, les rêves et les familles des deux amis volent en éclat.


Dans un univers très masculin où la tendresse ne se montre pas, La Pampa s'impose comme un film à la fois percutant et profondément humain. Ce premier long-métrage d'Antoine Chevrollier impressionne par sa capacité à raconter avec justesse le parcours d’émancipation d’un jeune homme dont le repère paternel s'est reporté sur son meilleur ami et le moto cross, porté par l’interprétation intense de Sayyid El Alami. Cet acteur ira très loin car il irradie le film, avec face à lui d'excellents interprètes avec Amaury Foucher pour son premier rôle d'une grande justesse, Artus, Damien Bonnard ou Florence Janas.


Le film, d’une densité émotionnelle remarquable, capture avec acuité les tensions de l’adolescence et les injonctions pesantes de la masculinité. Sans jamais céder au pathos, il interroge avec finesse les codes et stéréotypes qui façonnent les jeunes hommes dans un cadre où la performance et le courage sont érigés en modèles absolus.


La mise en scène, dynamique et immersive, épouse le rythme nerveux du motocross, terrain d’affrontement symbolique où se jouent bien plus que de simples compétitions sportives. Chaque plan semble imprégné d’une énergie brute, tandis que le récit, loin des facilités narratives, s’attarde sur les nuances et les contradictions des personnages.


Soutenue par une écriture subtile et un casting remarquable, La Pampa étonne par sa fausse simplicité et le nombre de thèmes abordés avec justesse et non avec des effets démonstratifs, les silences étant souvent très importants.


Entre maîtrise et émotion, ce film s’impose comme une œuvre singulière et marquante, prouvant une fois encore que le cinéma français est en excellente forme.


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N°02 - Black Dog


De Hu Guan




Lang revient dans sa ville natale aux portes du désert de Gobi. Alors qu’il travaille pour la patrouille locale chargée de débarrasser la ville des chiens errants, il se lie d’amitié avec l’un d’entre eux. Une rencontre qui va marquer un nouveau départ pour ces deux âmes solitaires.


Lauréat du prix "Un certain regard" lors de l’édition du festival de Cannes 2024, Black Dog est un film surprenant et d'une maitrise formelle assez impressionnante, arrivant à émouvoir à des moments là aussi qui vous cueillent sans prévenir.


D'abord le film s'intéresse à une Chine du début des années 2000 qu'on montre peu. Une ville un peu à l'abandon où l'économie et l’industrie sont partis tout comme son Zoo qui est l'un des éléments du récit. Dans cette ville pauvre, le héros va donc tenter de se réintégrer. On ne sait pas pourquoi il a fait de la prison au tout début et on va donc surtout suivre cet être mutique qui ne prononce quasi aucun mot au début et tente de se faire de l’argent en intégrant cette patrouille qui ramasse des chiens. Mais au contact d'un chien sauvage noir, le trentenaire va retrouver peu à peu une forme d'affect et d'attachement à la vie et Black dog va alors décoller dans un rapport homme-animal très touchant.


En parallèle, Hu Guan nous raconte donc cette Chine qui se prépare aux jeux olympiques et devient l'acteur qu’elle ne cesse d’affirmer depuis 40 ans alors même que sa population vit dans des conditions souvent en grand décalage avec la vitrine et l'ambition du pays. Le film alterne donc cette étude sociologique de la Chine d'il y a 25 ans avec ces deux parias homme/chien avec un style visuel très recherché et des plans d'une beauté graphique qui impressionne.


La douceur du personnage principal émeut car il ne l'exprime pas par le verbe mais par les gestes, les agissements. Toute l'humanité du personnage est tellement bien écrite et jouée qu'on est surpris par ce film qui nous amène là où on ne l'attend pas. Surtout, ce récit de rédemption est captivant , vraiment original, avec cet homme qui se reconstruit et se trouve une raison de vivre par cette amitié animale et sa bonté. Cette beauté des images et du sous-texte en forme d'espoir rendent "Black dog" particulièrement mémorable et l'une des grandes réussites de 2025.


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N°01 - Une bataille après l'autre


De Paul Thomas Anderson




Ancien révolutionnaire désabusé et paranoïaque, Bob vit en marge de la société, avec sa fille Willa, indépendante et pleine de ressources. Quand son ennemi juré refait surface après 16 ans et que Willa disparaît, Bob remue ciel et terre pour la retrouver, affrontant pour la première fois les conséquences de son passé…

Paul Thomas Anderson est l'un des plus grands réalisateurs au monde avec Licorice Pizza, Boogie Nights, Magnolia, There will be blood ou The Master.


On pouvait craindre que la réunion de ce dernier avec trois acteurs cultes que sont Leonardo DiCaprio, Sean Penn et  Benicio del Toro, finisse en eau de boudin.


Sauf que si on met à part le budget colossal de 150 M$ pour un film d'auteur certes très fun et grand public et qui ne sera jamais rentable, on peut dire sans retenue que "Une bataille après l'autre" est son meilleur film et donc un énorme chef d’œuvre, une énorme claque à laquelle je ne m'attendais pas. Pourtant les deux agrégateurs critiques mondiaux sont à 97%, un score stratosphérique et la presse est dithyrambique.


Et je n'ai pas été déçu car en effet c'est LE film miraculeux dont tous ceux qui souffrent de l'Amérique fascisante de Trump avaient besoin. Ce qui est dingue c'est que le film a été tourné avant la réélection de Trump et ses délires d'extrême droite sur les sans papiers traités comme des bêtes par des militaires. Or c'est la première scène justement avec Léonardo Di Caprio en militant armé terroriste luttant pour libérer les personnes incarcérées dans des cages. La scène est à la fois jouissive car elle fait un bien fou dans le monde actuel où la violence est du côté de cette extrême droite qui semble ne pas pouvoir être stoppée et sans aucune réponse suffisamment forte pour les arrêter. Paul Thomas Anderson a transcris le livre à l’origine de son scénario des années 70 à aujourd’hui, lui permettant de décrire comme aucun autre cinéaste la guerre contemporaine que se livrent deux factions de l'Amérique entre l’extrême gauche et l'extrême droite.


Mieux le film de 2h42 passe à la vitesse de l'éclair tant son rythme est fluide tant d'une époque à une autre que dans ses courses poursuites vraiment brillamment mises en scènes. C'est le film le plus accessible de son réalisateur et néanmoins son plus politique et c'est cela qui est bon. Car il prends le pouls d'une société malade qui fait froid dans le dos mais il a le rire de son côté, du côté de cette gauche qui ne veut rien lâcher et qui même si elle perd des combats, se redressera toujours contre le fascisme.


Le film est d'un optimisme surprenant porté par un Léonardo DiCaprio absolument génial comme toujours mais qu'on n'a pas si souvent vu dans cet accoutrement à la The Dude de The Big Lebowski des frères Coen, avec une finesse de jeu à tomber par terre et surtout une capacité à faire vraiment rigoler la salle. A ses cotés Benicio del Toro est génial en prof de karaté qui vient à sa rescousse et Sean Penn ne peut pas échapper à l'Oscar du second rôle pour ce portrait de militaire raciste et violent à la solde de suprémacistes blancs. Sa dégaine, sa diction, ses mimiques, tout est excellent et signe le grand retour d'un immense acteur qu'on avait perdu depuis 15 ans.


Le film est aussi émouvant quand il comte la relation père-fille que dans sa façon d'expliquer le panache de batailles qui ne peuvent qu'être perdues mais qui font vivre les suivantes, générant un culte, un courage pour relever à chaque fois le drapeau. Le message est très beau alors que le film est une comédie d'action vraiment hilarante et fun.


Chef d’œuvre, le mot est souvent galvaudé mais là assurément c'en est un ! Courez de toute urgence le voir histoire de ressortir avec la banane et surtout de l'espoir, oh combien précieux en ces temps difficiles.


La piste aux Lapins :




Avec une moyenne" de 3,25 de notes sur 124 films sortis en 2025 et vus par votre blanc lapin préféré, on peut dire que cette année était plutôt riche même si pas la meilleure des dernières années. 2026 pourrait s'avérer très remplie comme vous le verrez dans les dossiers à venir des films à ne pas manquer en 2026 !

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