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A pied d’œuvre

De Valérie Donzelli




À pied d’œuvre raconte l’histoire vraie d’un homme qui renonce à son métier dont il ne comprend plus le sens pour se consacrer à sa véritable passion, l’écriture. Mais être publié ne veut pas dire gagner sa vie…


Avec À pied d’œuvre, Valérie Donzelli opère un déplacement aussi inattendu dans son cinéma. En adaptant le récit de Franck Courtès avec une grande économie de moyens, elle délaisse l’exubérance pour une approche plus épurée.


Le film repose en grande partie sur la performance remarquable de Bastien Bouillon, qui incarne un écrivain vivant à la marge avec une retenue et une intensité rares. Jamais plaintif, jamais héroïsé, son personnage avance dans un monde indifférent, parfois hostile, en assumant pleinement le prix de ses choix. On pense parfois à L'Histoire de Souleymane pour cette uberisation et paupérisation de travailleurs déjà pauvres. Elle y confronte là aussi le regard dénué d'empathie et d'affect de consommateurs devenus esclavagistes et ayant perdu la valeur du travail à des personnes cherchant de petits boulots prêt à faire du dumping social entre eux mêmes, soit un concept d'application qui fait froid dans le dos, avant même de parler des systèmes de notation indécents qui s'y ajoutent. Une déshumanisation et déresponsabilisation de l'utilisateur assez écœurante.


À travers le héros, le film interroge la précarité artistique, non comme une posture romantique, mais comme une lutte quotidienne, faite de renoncements, d’isolement et de dignité silencieuse.

La mise en scène, discrète mais très sensorielle, capte des éclats de mélancolie à travers des lumières nocturnes, des chansons familières, des gestes répétitifs et des fuites soudaines. Donzelli filme l’effacement social et la spirale de la descente aux enfers sans lourdeur, préférant suggérer plutôt que démontrer, et trouve un équilibre subtil entre la rudesse de la réalité et une forme d’ironie douce, presque tendre, qui empêche le film de sombrer dans le désespoir.


En filigrane, À pied d’œuvre élargit son propos à la condition des artistes contemporains, confrontés à un monde du travail de plus en plus normatif et déshumanisant, notamment à l’ère des plateformes. L’écriture y apparaît comme un acte de résistance, un moyen de rester debout face à la violence économique et symbolique. Pudique, profondément incarné et porté par un acteur au sommet de son art, le film trace le portrait d’un créateur qui choisit la fidélité à lui-même, quitte à en payer le prix fort. Une œuvre discrète mais puissamment habitée, où la fragilité devient une force.


La piste aux lapins :



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