Aucun autre choix
- Blanc Lapin
- il y a 3 heures
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De Park-Chan Wook

L'immense Park Chan-wook adapte de nouveau l'excellent romancier Donald E. Westlake après Costa-Gavras et Le Couperet. Et il prouve avec Aucun autre choix, qu’il demeure l’un des grands stylistes du cinéma contemporain.
Ceci fait une dizaine d'années qu'il a annoncé cette intention mais cette fois-ci il a réussi son pari et sort son meilleur film depuis Mademoiselle, très différent de l'adaptation de Costa Gavras.
Park-Chan Wook est l'un des trois grands maitres sud-coréens des quinze dernières années.
"Sympathy for Mr Vengeance", "Lady Vengeance", "Old Boy", "Thirst" et "Stoker" ont jalonné une filmographie sous le signe de la violence. "Mademoiselle" marquait son retour brillant en 2017. En 2022, son Decision to leave avait également beaucoup plu tout en déstabilisant la presse par sa dimension moins violence et plus romanesque.
« Aucun autre choix » suit donc un cadre au chômage qui élimine ses concurrents pour retrouver un travail. Le film avec José Garcia était sombre et parfois drôle, sur un mode thriller.
La star Lee Byung-hun (Joint Security Area, Le Bon, la Brute et le Cinglé
A Bittersweet Life, J'ai rencontré le Diable, The Age of Shadows), est toujours aussi excellent avec son visage placide et ce regard absolument génial. L’acteur excelle dans cet équilibre instable, rendant presque attendrissant ce héros miné par l’orgueil et la peur de devenir inutile.
Park-Chan Wook beaucoup d'humour là où Le couperet n'en n'avait pas. Surtout, sa mise en scène est absolument prodigieuse et d'une classe juste folle. Le réalisateur signe une farce noire d’une cruauté jubilatoire, à la fois thriller, satire sociale et comédie burlesque.
Les accès de violence qui jalonnent sa filmographie ne sont ici que parsemés et limités car la violence réelle est celle de cette société ultra capitaliste où on demande aux humains une concurrence morbide qui ici est poussée à la caricature. Le fait de transposer le film de nos jours où la robotisation et l'IA vont détruire d'innombrables emplois et déshumaniser encore plus les décisions managériales et les choix de licenciement, est une idée géniale. Le réalisateur confronte cette famille consumériste, vivant dans un confort bourgeois et maillon de la chaine économique à ce qui arrive lorsque celui qui ramène l’argent se trouve exclu de la chaine.
Là où le récit aurait pu se contenter d’un schéma programmatique façon vengeance mécanique, le réalisateur préfère la digression, l’attente, l’observation minutieuse. Chaque rencontre avec une future victime devient un miroir tendu au protagoniste, révélant ses contradictions et sa fragilité. Le passage à l’acte est sans cesse différé, étiré, jusqu’à devenir un ressort comique autant qu’un mécanisme tragique.
Formellement, le réalisateur déploie son art avec virtuosité : fondus enchaînés sophistiqués, superpositions d’espaces, scènes qui se répondent à distance comme si les lieux communiquaient entre eux. Park-Chan Wook a l'élégance visuelle des grands maitres tout en racontant la trivialité de situation pathétiques et l'absurdité du quotidien. Il fait cohabiter volontairement le grotesque et le raffinement pour mieux souligner les incohérences d'une société qui a besoin de ses consommateurs mais qui les vire sans se poser beaucoup de questions sur l'impact général.
La profusion du film décrit un monde saturé de signes matériels, où la réussite sociale tient lieu de morale et où la dignité se mesure au salaire. Aucun autre choix dissèque la brutalité d’un capitalisme darwinien qui pousse chacun à considérer l’autre comme un obstacle à éliminer.
Aucun autre choix est une œuvre majeure dans la filmographie du cinéaste. Une tragédie qui assume le burlesque pour mieux faire apparaitre le malaise d’une société obsédée par la performance. Un très grand film. Courrez voir cette première claque de 2026 !
La piste aux Lapins :




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