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Anatomie d’une chute

Dernière mise à jour : 7 oct. 2023

De Justine Triet



Cette deuxième palme d’or française en trois ans, attribuée à une réalisatrice raisonne autrement que celle attribuée au très clivant Titane, que j’avais trouvé personnellement pénible à regarder. Si on passe sur la polémique lors de l’attribution de la palme et que l’on se concentre sur l’œuvre, il est clair que Justine Triet mérite sa palme tout comme son succès en salles puisque le film devrait dépasser le million d’entrées.


Le pitch : Sandra, Samuel et leur fils malvoyant de 11 ans, Daniel, vivent depuis un an loin de tout, à la montagne. Un jour, Samuel est retrouvé mort au pied de leur maison. Une enquête pour mort suspecte est ouverte. Sandra est bientôt inculpée malgré le doute : suicide ou homicide ? Un an plus tard, Daniel assiste au procès de sa mère, véritable dissection du couple.


Le choix de Sandra Hüller pour interpréter ce personnage féminin trouble est une idée déjà excellente.


Le visage parfois impassible et énigmatique de l’actrice ajouté au fait qu’elle s’exprime en anglais dans un monde français, atteignent deux objectifs. D’abord on est mis dans la situation d’un juré avec un entretien du doute permanent renforcé par une mise en scène parfois clinique mais d’une redoutable efficacité.


Ensuite on comprend le fait que le personnage soit encore plus paumé que n’importe quel personne accusée de meurtre.


Au fil d’un scénario extrêmement bien ficelé, la réalisatrice nous ballade dans nos propres convictions tantôt penchant pour le fait que l'accusée manipule, après tout le personnage est romancière, tantôt pour le fait qu’elle est innocente via le déroulé de révélations qui soufflent le chaud et le froid. Bref, on ne sait pas et ce qui est brillant chez Justine Triet, c’est qu’elle nous montre la difficulté pour la justice de juger et le façonnement de ce qu’on appelle l’intime conviction.


Swan Arlaud, excellent comme à son habitude, l’exprime très bien en avocat de l’accusée dont le regard trahit le même doute qui nous assaille. Milo Machado Graner, qui joue l’enfant est impressionnant de maturité et livre certaines des scènes les plus poignantes.


Justine Triet réinvente le film de procès en ouvrant les portes du tribunal via des flashs backs, des reconstitutions policières ou le quotidien de cette femme en attente de jugement, dont la vie ne tient qu’à un fil, qui doit gérer son fils, ne pas perdre la foi qu’il a en sa mère, ne pas devenir à ses yeux la meurtrière de son père adoré et bien sûr éviter d’être broyée. Elle est calme, peut être trop, puis elle s’effondre puis combat, doute et à chaque instant on se demande où est la part de maitrise, de jeu et où est notre part de spectateurs jurés paranoïaques.


Un film magistral sur l’ambiguïté d’un couple et sa déliquescence au fil du temps et un film magistral sur la présomption d'innocence.


Et pour sur, une palme très classe.


La piste aux Lapins :






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