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We need to talk about kevin

De: Lynne Ramsay


La réalisatrice britannique de « Ratcatcher » revient avec "We need to talk about kevin", dans lequel une femme décide de cesser son activité professionnelle lorsque elle donne naissance à son premier enfant, Kevin.


Mais dès l'accouchement, un malaise palpable se lit sur son visage. Veut-elle vraiment de cet enfant ? Et tout au long du film, nous suivons sur 16 ans l'évolution ou plutôt la stagnation du rapport entre cette mère qui voudrait se faire aimer et un enfant froid et dépourvu de toute tendresse. Kevin déteste sa mère tout bébé et ne fera que la torturer et jouer avec elle de manière malsaine, utilisant son père comme simple faire valoir dans son combat pour nuire à sa mère. La question qui taraude l'esprit est évidemment pourquoi? D'autant que l'enfant est intelligent. Tout l'enjeu dramatique repose sur la raison de cette haine pour une mère qui fait son possible pour s'investir et attendrir son fils mais se heurte à un mur de silence puis de phrases sarcastiques. « We need to talk about Kevin » est un film sur la violence quotidienne infligée par un proche sans que la victime ne puisse s'en libérer, piégée par un être qui a décidé de faire d'elle le centre de sa vie mais de façon destructrice, pour se distraire. Et le bourreau sait très bien que l'autre ne peut rien faire car il est protégé par une obligation de vivre ensemble au quotidien et par des codes sociaux impossibles à faire exploser.

Appuyé par une mise en scène très maitrisée, le film fait penser à du Hanneke en moins sec et plus porté sur la métaphore. Les allers retours nombreux entre les différentes époques accentue cette atmosphère oppressante mais se transforme en défaut principal du film. En effet, il n'est pas évident d'entrer dans le sujet durant les quinze premières minutes du fait de ce montage faisant perdre de nombreux repères. Bien entendu, la réalisatrice souhaite mettre le doigt sur l'isolement de Tilda Swinton et la violence psychologique de sa situation. Mais sa mise en scène et le talent de l'actrice auraient pu suffir. Parfois ce montage est un peu « too much » et n'est pas forcément des plus pertinents. Appuyer un trait déjà bien défini n'ajoute rien, il agace même. Malgré ce petit bémol, le film s'avère de très bonne facture et ne souffre pas d'une comparaison avec "Eléphant" de Gus Van Sant, qui s'intéressait aussi à l'ultra violence d'adolescents en roue libre. En effet, ici on s'intéresse plus au lien qui lie l'enfant à son géniteur, cherchant un sens, une explication à cette absence de morale chez ce type d'ado. Pourquoi refuse t-il en bloc tout ce qui l'entoure et le personnalise t-il sur sa mère ?


Parcequ'elle est froide et insensible ? Parcequ'il sent qu'elle ne voulait pas de lui ? Tilda Swinton semble perdue et impuissante dans un monde de beaufs, même celui de son mari, tyrannisée par un fils qui semble le seul à la voir vraiment mais aussi à la juger sans aucune passion ni tolérance, froidement, comme on dissèque un animal. C'est peut être une autre limite du film. Un individu comme cet enfant peut il réellement exister ? Un garçon qui ne subirait aucune influence sociétale et resterait de la petite enfance à l'adolescence un être très intelligent et détaché du monde...qui ne tenterait jamais de se faire aimer par sa mère... Un peu facile peut être. Cinématographiquement puissant mais psychologiquement un brin caricatural. Les ados barrés et tueurs du "funny games" de Hanneke comme ceux de "Elephant" ont une histoire, ou plutôt une absence d'éléments d'intérêt dans leur vie, qui les pousse à redevenir des bêtes pour se sortir de la masse et exister dans le sang. Ici, on voit assez mal pourquoi l'enfant est marqué dès les premières années à ce point.

Lynne Ramsay offre à Tilda Swinton un nouveau rôle fort après ses superbes prestations dans « Amore », « Julia » de Erick Zonca ou encore « Broken flowers » de Jim Jarmusch. Mais cette dernière trouve en fâce d'elle le jeune Ezra Miller dont la moue du visage et le regard pervers vous glacent le sang. Excellent choix de casting.

« We need to talk about kevin » est donc un long métrage prenant et original sur l'enfermement avec son bourreau, son propre enfant, les codes sociaux interdisant toute révolte car il n est pas dans la normalité qu'un enfant soit le monstre. Cette inversion des rôles est véritablement captivante même si la confusion d'une partie de la mise en scène et le caractère un peu trop fermé du garçon font perdre à l'ensemble un peu le lisibilité et de crédibilité.


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