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Une jeune fille qui va bien

De: Sandrine Kiberlain

Sandrine Kiberlain, l'actrice, populaire et très douée, a attendu 53 ans pour réaliser son premier film. Elle l'a travaillé longtemps, peaufiné pour qu'il atteigne ce niveau très impressionnant. Car "Une jeune fille qui va bien" est une excellente surprise. On y suit Irène, jeune fille juive, qui vit l’élan de ses 19 ans à Paris, l’été 1942. Sa famille la regarde découvrir le monde, ses amitiés, son nouvel amour, sa passion du théâtre… Irène veut devenir actrice et ses journées s’enchaînent dans l’insouciance de sa jeunesse.


Le parti pris de Sandrine Kiberlain est déchirant car plutôt que de jouer sur le pathos, elle appuie sur un humanisme évident, le regard joyeux sur une jeune femme pour qui la vie reste à être découverte, naïve et fraiche, désarmante de beauté et de vie. On comprend vite que çà ne peut pas bien évoluer, que le nazisme arrive à grand pas avec la montée des mesures anti juifs, leur ostracisation par petites touches. Elle y dénonce sans lourdeur comment une société accepte l'intolérable au nom de la tranquillité quotidienne, de la volonté que rien ne bouge. Alors pour ne pas être dérangé on accepte que les propos violents, excluants montent dans le débat public et deviennent la norme. Les individus sont alors aveugles et l'es extrêmes ont le libre champs. Ceci ne vous rappelle rien ?


Évidemment le film fait écho à la France d'aujourd'hui qui ne descend plus dans la rue quand l'extrême droite arrive au second tour et qui ne manifeste plus quand un ex chroniqueur d'ultra droite (et tous les autres) squattent le champs médiatique et fédère autour de lui autant de potentiels électeurs par des propos d'une violence inouïe, faisant de l'exclusion le bouc émissaire idéal et çà ne choque plus autant qu'avant parcequ'on s'y est habitués, à force d'entendre cette merde sur les différents médias au même titre que le reste, au nom de la liberté d'opinion et d'expression...


Rebecca Marder, André Marcon, Anthony Bajon, Françoise Widhoff sont tous merveilleux de nuances, de simplicité, écrasés par la tournure de l'histoire, juste avant que le sol s'effondre sous eux, qui n'ont rien fait, juste tenté de vivre heureux avec leurs moyens. Le film est glaçant mais curieusement pas du tout durant son déroulé.


En effet Rebecca Marder a cette lumière en elle qui fascine le spectateur et nous fait l'aimer immédiatement. Son coté taquin voire lutin nous fait chavirer en même temps qu'on prends conscience toujours avec un décalage d’avance que la situation va s'empirer. Mais elle et sa famille espèrent car l'espoir est parfois la seule chose à quoi se raccrocher. Non, çà ne peut pas arriver. Pas en France, pas ici.


La force inouïe du film est que Sandrine Kiberlain choisit de parler de vie, de faire un hymne à la vie et non un gros film pathos de plus. Elle choisit le beau, la lumière de ses personnages pour raconter en creux l’horreur qui va leur tomber dessus. Mais elle ne raconte pas l’horreur, on la connait déjà. Elle est imprégnée dans notre ADN, enfin sauf des nazillons contestant l'histoire.

Pas besoin de cela pour être ému. Mais plutôt de l'avant, de cette belle vie heureuse qui les attendait et qui n'a pas eu lieu parceque la haine ne trouvait aucune limite pour continuer à s’immiscer dans les cerveaux. Par de petites scènes, elle montre aussi comment les français moyens, non juifs, n'ont rien fait et ont laissé faire, pas forcément par détestation des juifs mais parcequ'ils ne se sentaient pas concernés.


Choisir les couleurs de l'été et les sourires, la vie pour raconter l’inverse qui va arriver, c'est l'idée géniale de Sandrine Kiberlain.


En tant que réalisatrice elle trouve de nombreuses trouvailles et situations qui correspondent totalement au personnage d'elle qu'on connait, mêlant le fantasque à des situations du quotidien.

« Une jeune fille qui va bien » allie légèreté et gravité dans un film très poignant, qui reste en tête longtemps de par son côté solaire et la force de son message.


Un film d'une grande originalité porté par des interprètes merveilleux.


La piste aux Lapins :





































































































































Terrence Malick

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