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Monos

De: Alejandro Landes


"Monos" est l'une des grandes surprises de ce début d'année et la découverte d'un nouveau réalisateur brésilien, Alejandro Landes, sur lequel votre Blanc Lapin préféré mise beaucoup pour la suite de sa carrière.


Entre Sa Majesté des Mouches, "Aguirre, la colère de Dieu" d’Herzog ou Au Cœur des Ténèbres de Joseph Conrad, le réalisateur sud américain nous plonge dans un monde à la limite du fantastique. On est tout de suite happé par la beauté des paysages, de cette mère nature sauvage dans laquelle huit adolescents vivent avec pour mission de veiller sur une otage américaine au sommet des montagnes colombiennes. Ils s'entrainent pour la lutte prêt à prendre la relève de leurs ainés révolutionnaires, et vivent d'une façon militaire. Ils obéissent à un adulte qui de temps en temps vient les voir et filmer l'otage. Sauf que cet adulte est nain et très dûr, sans empathie, ce qui créé un décalage immédiat. Cette prison n'a pas de barreaux car la nature est plus forte qu'eux. Mais surtout on comprend très vite que ces enfants sont eux mêmes prisonniers de cet état de fait, de cette vie loin des intérêts qu'un adolescent peut avoir. On ne nous explique pas pourquoi et comment ils sont arrivés là, pourquoi ils ont été choisis ni quelle fut la durée de leur endoctrinement.


La violence de leurs rapports se fracasse au primitif de leur vie quotidienne, laissant s'échapper des pépites d'humanité, de joie, de désirs lorsque leur surveillance se relâche.

Mais leur absence de compassion pour leur otage renvoie également à l'absence de limites des enfants, pour qui les barrières morales et la remise en question de ce qu'on leur a inculqué passe par des chemins différents de ceux d'un adulte.


A ces images magnifiques qui alternent avec le danger, le questionnement sur ces personnages, Alejandro Landes ajoute un accompagnement musical excellent de Mica Levi, accentuant la rudesse ou l'effet des narcotiques.


Puis le réalisateur opère une rupture de paysage et de cadre au milieu du film, passant du froid des montagnes à la chaleur moite de la forêt tropicale. Il passe d'un enfer à un autre ou plutôt d'un endroit dangereux qui pourrait être paradisiaque à une nouvelle prison naturelle.

Le réalisateur filme ces corps meurtris et qui s'imposent une discipline atroce, avec un regard bienveillant mais suffisamment de distance pour ne jamais permettre au spectateur de tomber dans une empathie profonde pour ces enfants sauvages qui peuvent à tout moment exploser de violence.


Ce parti pris est souvent radical et ne cherche pas l'explicatif, ce qui donne au film un charme extraordinaire, hors du temps.


La puissance des évocations visuelles de ce thriller de survie en zone naturelle ultra dangereuse, confrontée aux protagonistes en apparence fragiles mais extrêmement durs et mentalement entrainés, donne à "Monos" un statut très particulier. C'est un film étrange qui ne cherche pas à donner du confort au spectateur de part la prévisibilité d'une histoire mais justement à le tenir en haleine tout en restant fasciné par son mixte de poésie et de mort.


Ce voyage nihiliste donne un résultat qui n'a pas de comparable évident et joue sur le sensoriel de façon magistrale. Un grand metteur en scène est né, de toute évidence.


La piste aux Lapins :




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