La Grazia
- Blanc Lapin
- il y a 6 heures
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De Paolo Sorrentino

Mariano De Santis, Président de la République italienne, est un homme marqué par le deuil de sa femme et la solitude du pouvoir. Alors que son mandat touche à sa fin, il doit faire face à des décisions cruciales qui l’obligent à affronter ses propres dilemmes moraux : deux grâces présidentielles et un projet de loi hautement controversé.
Avec La Grazia, Paolo Sorrentino s’attaque de nouveau aux arcanes du pouvoir, mais à hauteur d’homme, en suivant un président italien au seuil de la sortie, contraint d’affronter le vertige du renoncement. Porté par Toni Servillo, figure tutélaire du cinéma sorrentinien, le film explore la fatigue morale, le doute et l’érosion du rôle public, jusqu’à faire du pouvoir un état transitoire, presque abstrait. Le cinéaste napolitain semble ici tempérer ses débordements baroques pour privilégier une approche plus retenue, laissant respirer les silences et les regards, sans renoncer pour autant à des fulgurances visuelles et musicales dont il a le secret.
Plus fluide que ses œuvres récentes, le récit se permet quelques digressions ironiques, parfois surréalistes, où la gravité politique côtoie une forme de fantaisie douce-amère. Cette oscillation entre solennité et légèreté nourrit un portrait paradoxal : celui d’un homme d’État qui gagne en humanité à mesure qu’il accepte de s’effacer. Servillo incarne cette fragilité avec une précision presque cérémonielle, transformant son personnage en reflet de notre propre finitude, entre dignité, mélancolie et vulnérabilité.
Pourtant, cette élégance formelle et ce regard empreint de mansuétude sur le pouvoir peuvent aussi susciter la distance. À force d’enrober son protagoniste d’une noblesse quasi abstraite, le film frôle parfois l’idéalisation, au risque de confondre hésitation morale et abdication, profondeur introspective et immobilisme. Certains choix d’écriture, notamment dans le traitement des personnages féminins, apparaissent datés, voire complaisants, et affaiblissent ponctuellement la portée politique du propos.
Reste une œuvre ambitieuse, traversée par une réflexion sincère sur le temps qui passe et la nécessité du doute, capable d’être à la fois stimulante et irritante. La Grazia s’impose ainsi comme un film de contrastes : maîtrisé mais inégal, grave et frivole, fascinant dans son geste comme discutable dans ses angles morts, et qui confirme, pour le meilleur comme pour le pire, la singularité du regard de Paolo Sorrentino sur le monde et ses illusions.
La piste aux lapins :




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