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La chasse Thomas Vinterberg

De: Thomas Vinterberg



14 ans après son chef d’œuvre, "Festen", et deux ans après son retour artistique réussi avec "Submarino", Thomas Vintergerg confirme qu'il a retrouvé l'inspiration et le talent qui lui a manqué pendant les années 2000, écrasé par son ultra succès très jeune.

"La chasse" a divisé la presse tant à Cannes qu'aujourd'hui lors de sa sortie en salles.


Seule le prix d'interprétation masculine à Cannes pour Mads Nikkelsen ne suscite pas de controverse, tant son jeu est parfait.

Pour ma part, je suis de ceux qui ont adoré ce nouvel opus, et ne comprends pas le rejet d'une partie de cette presse ou l’affirmation que Vinterberg opte pour la facilité, la lourdeur du propos, caricatural, offrant un film maladroit et malhonnête....n'en jetez plus ! Le snobisme de certains critiques a encore frappé, comme si ces derniers étaient incapables de pardonner à Vinterberg de ne pas avoir eu la carrière qu'on lui prêtait.


Ici, il choisit de réaliser une sorte de double négatif de "Festen" à bien des égards. Son film n'atteint pas le niveau de cet illustre prédécesseur mais il frappe fort et juste sur une thématique souvent abordée au cinéma. Ici il est question du rejet de la foule, de la société mais cette fois l'injustice qui touche le personnage s'ancre dans une période où les scandales pédophiles ont parsemé l'actualité de blessures très vives et d’inquiétudes bien normales de tout parent normalement constitué.


L'homme que l'on observe est donc accusé par une fillette d'attouchements sexuels et cette fillette n'est autre que la fille de son meilleur ami. Il n' y a pas de preuve de l'affirmation de l'enfant mais juste la parole de cette dernière et l'impossibilité pour l'adulte de se défendre. Vinterberg va nous montrer comment sur un rien, un mensonge d'enfant, toute la vie de ce type va basculer suite à l'engrenage du doute.


Une fois qu'un adulte se fait sa propre opinion sans fait objectif pour la valider, tous vont se mettre à croire au monstre, qu'ils ont vus partout dans les médias et qui pourrait donc se tapir auprès d'eux, parmi eux. Le déterminisme de ce jeu de massacre, d'exclusion et d'autopersuasion dans la haine et le rejet est finement abordé. Par quelques évènements, l'adulte va mettre la parole de l'enfant au dessus de tout et va même jusqu'à ne pas croire ce dernier lorsqu'il fait marche arrière et avoue son mensonge. On pense évidemment à l'affaire d'Outreau mais pas pour les erreurs judiciaires puisqu'ici la justice fait très bien son travail. "La chasse" montre les conséquences inaltérables de la rumeur, de l'opprobre, l'impossibilité de laver ces accusations, qui resteront quoiqu'il advienne.


L'homme se trouve traqué et dans l'impossibilité de prouver l'improuvable, un cercle vicieux qui donne le tournis et fait froid dans le dos, car ceci peut arriver à n'importe qui.


Il y a certes des clichés dans "La chasse" mais ils ne m'ont en rien gêné, l'objectif n'est pas là. Le fait que le héros soit clairement innocent est au contraire un choix scénaristique intelligent pour démonter un mécanisme. Le choix peut ne pas plaire à certains, moi je le trouve cohérent et bienvenu. Le trouble n'aurait pas été le même dans cette option de scénario.


Contrairement à "Festen" et davantage dans la veine de "Submarino", Vinterberg choisit la lumière et l'espoir via ces quelques personnes qui décident de croire en l'humain qu'ils connaissaient et le soutiennent jusqu'au bout. Le personnage du cousin et celui du fils de l'accusé amènent une bouffée d'espoir, dressant au passage une belle image de l'amour père-fils et du lien familial. "La chasse" parle aussi de la confiance dans un ami d'enfance, qui ne peut se prouver par rien de concret, juste par une connaissance de l'autre, de son "moi intérieur", de son humanité. Le film parle aussi de pardon, de communauté, et regarde de l'avant avec une fin tout de même très maligne et dénuée du cynisme que les détracteurs lui prêtent. Nous n'avons probablement pas vu le même long métrage.


La chasse est un grand film, implacable, glaçant, traversé de très belles touches d'humanité, d'émotion, sans pathos et avec le recul et la froideur nécessaire à ce type de sujet.

Une des grandes réussites de cette année.

La piste aux Lapins :























































































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