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L'être aimé

De Rodrigo Sorogoyen



Rodrigo Sorogoyen s’est imposé avec El Reino et As Bestas, où il explore tensions sociales et conflits humains.


Il sera pour la première fois en compétition officielle pour la palme d'Or lors du 79ème festival de Cannes qui se déroulera du 12 au 23 mai.


Javier Bardem, Victoria Luengo, Marina Foïs composent le casting de son nouveau film.


Un cinéaste retrouve sa fille pour tourner un film, ravivant une relation brisée. Une confrontation intime qui promet une intensité émotionnelle à fleur de peau.


Le film suit exactement le même début que Valeur sentimentale de Joaquim Trier, en compétition à Cannes l'an dernier tout comme l'est aujourd'hui Rodrigo Sorogoyen pour son nouveau film.


Sauf que je préfère largement cette proposition. Outre le fait que le réalisateur espagnole surprend en abandonnant le thriller qui a fait ses deux précédents succès critiques et qu'il change radicalement de style, j'ai été plus ému par ce 'L'être aimé", peut être parceque Javier Bardem est brillant de bout en bout en force de la nature, sorte de Zeus mal fagoté, qui bouillonne en lui et sait qu'il est un réalisateur de talent et qu'il a une vision mais qu'il écrase les autres de son caractère sans le vouloir forcément. Sa douceur est forcée car en lui le caractère et la créativité sont brulants. Dans le film de  Joaquim Trier, on voyait moins cet aspect car le film se déroulait exclusivement dans une maison familiale, autour de dialogues. Ici la démarche démiurge est incarnée pratiquement car le film se déroule durant le tournage du film et non pendant la phase où il tente de convaincre sa fille. Et ceci fait toute la différence. Victoria Luengo donne brillamment la réplique au monstre sacré qu'est Bardem et incarne cette trentenaire qui certes saisit une chance de retrouver les plateaux de cinéma mais en veut à ce père absent qu'elle n'a pas connu et qui l'a abandonnée. Ce non rapport, cette absence se voit dans les regards fuyants des deux protagonistes qui s'évitent à n'arrivent jamais vraiment à réparer l'irréparable. L'une ne le veut pas forcement car elle s'est construite seule dans cette souffrance d'avoir été délaissée pour une carrière et l'autre culpabilise et s'avère trop fier pour s'excuser à abaisser sa garde.


Les trouvailles de mise en scène du noir et blanc aux scènes sans le son sont brillantes car elles font vivre tout la grammaire cinématographiques. Sorogoyen ne se contente pas de ce rapport filial inexistant, il rend hommage à l'artisanat qu'est de créer et monter un film, en montrant les coulisses, le travail des cadreurs, de l'équipe technique, jusqu'au monteur, tous les métiers constituent l'écosystème de ce drame puissant. Et c'est important car il permet aussi de comprendre en quoi cette créativité et cette passion du personnage comme le concept totalement éphémère d'une équipe sur un plateau de films prenant six à huit semaines, ont pu détourner le réalisateur du film de son humanité première, celle de penser à sa première famille. On comprend sans l'excuser comment il a pu facilement prendre la fuite de film en film, d'aventure en aventure, jusqu'à oublier le goût de la glace préférée de sa fille. Il a pu réécrire ses souvenirs avec elle pour les rendre plus jolis, plus supportables, comme on réécrit un synopsis ou comme on retro urne une scène sur un plateau, jusqu'à ce qu'elle corresponde à la vision du metteur en scène.


Cet acte de cinéma est brillant et Rodrigo Sorogoyen reste ultra sobre tout le film sauf une scène vers la fin où les regards et la parole vont se croiser une fois, juste une fois pour permettre aux deux de reprendre leurs chemins. Très beau, très efficace.


La piste aux lapins :



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