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L'ordre et la morale

De: Mathieu Kassovitz


Mathieu Kassovitz revient enfin en forme, après une décennie où son talent d'acteur fut certes confirmé (Amen, Amélie Poulain, Munich) mais où les espoirs en ce réalisateur star en devenir des années 90, se sont émoussés.


Que ce soit dans le thriller ricain (Gothica), le film d action français (les rivières pourpes), la charge sociale (Assassin(s)) ou la SF (Babylon AD), Kassovitz s'est méchamment planté. On retrouvait certes son talent de mise en scène mais pas celui pour raconter une histoire. Ses scénari étaient balourds, ampoulés et très loin de "la haine", son seul véritable succès critique.

Il est d'ailleurs assez curieux de constater que c'est en s'attaquant à un sujet sociétal et éminemment politique que Kassovitz ressuscite en tant que réalisateur. "L'ordre et la morale" aborde donc la prise d'otage de la grotte d'Ouvéa lorsqu'en 1988, un groupe

d'indépendantistes kanaks prend en otage 30 gendarmes, et fait quatre morts, à une dizaine de jours du second tour des élections présidentielles qui opposaient Jacques Chirac à François Mitterrand. En adoptant le parti des Kanaks, on pouvait craindre un angélisme encore une fois simpliste...mais il n'en n'est rien. Kassovitz reste tout en retenue, à l'image de ses hélicots qui se déplacent sans bruit et à un rythme ralenti. Il observe la société calédonienne en même temps qu'il décrit les rouages du drame.

Bien sur, les politiques sont d'un cynisme révoltant mais ils le sont de droite comme de gauche. La scène où le perso de Kassovitz regarde le débat télévisé de l'entre deux tours entre Mitterrand et Chirac est glaçante. Elle nous met en pleine figure le décalage entre la réalité du terrain et l'utilisation politique de la situation.


On y voit aussi le jeu que se livrent les vrais Chirac et Mitterrand et non des acteurs, sauf qu'auparavant Kassovitz nous a montré une toute autre histoire que celle qu'ils nous racontent. C'est un procédé dangereux. D'abord parcequ'il peut être démago si il est mal utilisé comme dans son "Assassins", qui enfonçait des portes ouvertes. Ensuite parceque ces extraits sont forcément manipulés par la mise en scène. Les détracteurs du film, révulsés par cette vision non patriotique de la France s'y engouffreront. Ce serait oublier que Kassovitz donne un visage humain aux militaires. Certes, il commence par distinguer les brutes de l'armée de terre des gendarmes, proches de la population. Mais il tempère ensuite son propos et restitue le rôle de chacun, l'inadéquation du recours à telle force plutôt que la négociation. Un militaire n'est pas là pour avoir une morale, il obéit. Les politiques eux, peuvent et doivent en avoir une.


Au final, Kassovitz signe un film que Costa-Gavras, l'un de ses cinéastes de référence, n'aurait pas renié. Un film très juste sur la perversité de la colonisation, en la prenant sous un angle moral.

"L'ordre et la morale" aurait pu s'intituler"l'ordre ou la morale". Mais Kassovitz aurait été encore plus décrié. En tout état de cause, ceci fait plaisir de le voir retrouver le ton juste. En espérant que ce soit pour longtemps.


La piste aux Lapins :
























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