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Holy Motors

De: Léos Carax



Léos Carax est l'auteur maudit par excellence, une image un peu agaçante parfois mais pourtant bien vraie. Alors que "Mauvais sang" l'avait propulsé comme un jeune prodige estimé de tous, "Les amants du pont neuf" avaient créé le scandale par le coût faramineux du long métrage et le four au box-office qui s'en suivit, faisant oublier au passage la qualité du film. Puis ce fut un long désert, un "Pola X" pas terrible, et pas grand chose en vingt ans.

Dès lors, que ce soit le réalisateur lui-même qui ouvre la première scène de "Holy Motors" et nous invite à entrer dans son imaginaire est chargé de sens et de promesses.


Seulement voilà, pour celles et ceux qui voudraient de la cohérence et du scénario linéaire, il faudra repasser une autre fois. Car très honnêtement, on ne comprend pas tout. Et c'est tant mieux. L'acteur fétiche de Carax, Denis Lavant, endosse avec brio un rôle protéiforme, celui de Monsieur Oscar, un homme payé pour jouer des rôles et entrer dans la peau de vrais personnages. Edith Scob joue la conductrice de l'énorme Cadillac dans laquelle il se change et se maquille. Elle l'emmène d'histoires en histoires. Il faut bien évidemment y voir une métaphore ou plusieurs mêmes, dont celle du métier d'acteur, qui n'aide pas franchement à avoir des racines mais se résume plutôt à devenir un passeur de vies.


Cette très belle idée est particulièrement bien rendue et donne lieu à des scènes relativement perchées. Le danger de ce genre de film, c'est ne pas adhérer et de s'emmerder ferme. Pour ma part, ceci m'a touché, pas au point de crier au génie comme l'on fait certaines critiques à Cannes. Mais j'avoue avoir été bluffé à plusieurs reprises. Le film n'est pas prétentieux, il est juste décousu, volontairement, sans ligne directrice, ce qui s'avère perturbant mais pas chiant. On se retrouve simplement frustré de ne pas tout saisir tout le temps. Voir Kylie Minogue chanter avec mélancolie son amour gâché en pleine Samaritaine en ruine a quelquechose de kitsch et de poétique.


L'autre force du film est son humour, chose surprenante mais oui, Léos Carax s'amuse avec son spectateur, avec qui, dès le départ, il assume le côté toc du film. Il regarde la salle et l'invite à passer de morceaux d'histoires en morceaux d'histoire, comme dans un envers du décor surréaliste où les vrais gens seraient pour certains des acteurs qui se croisent et vivent de multiples vies. Le film se métamorphose, Carax s'autocite que ce soit en explorant cette samaritaine si proche de son fameux Pont Neuf ou en faisant revenir le personnage de Piccoli de "Mauvais sang". C'est sûr que pour les non cinéphiles, ceci vous laissera de marbre.


Et puis grâce à ce choix sans concession, Léos Carax arrive à tourner plusieurs films et non un seul, laissant libre court à son talent de mise en scène, à la forme plutôt qu'au fond, le fond étant un long murmure délirant...


C'est une manière d'autoparodier sa propre vie d'artiste, cinéastes incapable de faire un choix sur une histoire à raconter et voguant de projets avortés en projets avortés depuis 15 ans. On ne comprend pas toujours un poème et ce n'est pas bien grave au final, le tout est d'en ressortir ému, transpercé de diverses sensations, de bribes d'histoires et de visuels fantaisistes, un film détonant par la liberté qu'il s'offre.


Un objet filmique non identifié et unique. Merci Monsieur Carax d'être revenu passer nous faire un clin d’œil. Vous serez toujours le bienvenu Léos Carax !


La piste aux Lapins :



























































































































Terrence Malick

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