Autofiction
- Blanc Lapin
- il y a 7 heures
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De Pedro Almodovar

Raúl est un cinéaste culte en pleine crise créative. Lorsqu’un drame frappe l’une de ses plus proches collaboratrices, il s’en inspire pour écrire son prochain film.
Dans ce nouveau jeu de miroirs très autocentré, Pedro Almodóvar semble prolonger les questionnements déjà esquissés dans le superbe Douleur et gloire, en explorant une fois encore les doutes de l’artiste et l’usure de l’inspiration. Le cinéaste s’y met lui-même en scène à travers une fiction à peine déguisée, multipliant les mises en abyme et les clins d’œil à son propre parcours. Mais derrière cette mécanique réflexive élégante en apparence, beaucoup y verront surtout un exercice de style replié sur lui-même.
La virtuosité visuelle du réalisateur espagnol demeure intacte, tout comme son goût pour les récits emboîtés et les frontières floues entre réalité et invention. Pourtant, cette exploration de la création finit par tourner à vide, prisonnière d’un dispositif qui paraît plus satisfait de sa propre intelligence que réellement habité. Le film donne parfois l’impression de fonctionner en pilote automatique, comme une œuvre conçue avant tout pour entretenir la machine Almodóvar plutôt que pour ouvrir un nouvel horizon artistique.
Cette autofiction sophistiquée laisse ainsi une sensation paradoxale : celle d’un cinéma toujours maîtrisé, mais émotionnellement distant, où la mise en scène peine à insuffler une véritable intensité dramatique. C'est le même défaut et la même déception que j'ai retrouvé dans le très froid La chambre d'à côté , le frustrant moyen métrage Strange way of life, ou Madres Paralelas. En fait depuis Douleur et gloire, Pedro Almodovar a perdu l’inspiration et ses films sont un peu rances et peu inspirés, un peu fakes là où toute sa carrière il nous a pis aux tripes et aux émotions. D'ailleurs c'est son aveu en fin de film dans la rare et seule scène réussie où par une habileté méta il reconnait qu'il a perdu l'inspiration et comment faire naitre de bons scénari. Un aveu qu'on aurait préféré plus tôt, avant qu'il ne tourne son film, histoire de ne pas nous faire perdre deux heures...
Les admirateurs fidèles du réalisateur pourront y retrouver ses thèmes fétiches et sa signature immédiatement identifiable ; les autres risquent surtout d’y voir un exercice narcissique, aussi habile que désincarné. Pour ma part, j'adore Pedro mais là non, c'est encore raté.
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