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Animal kingdom

De: David Michôd


Le pitch : un jeune homme pas encore majeur est recueilli par sa famille de criminels suite à la mort par overdose de sa mère. Il va découvrir une atmosphère lourde et dangereuse.


David Michôd signe pour son premier long métrage un coup d'éclat, incisif et froid, comme la mentalité des individus qui composent cette famille de criminels, un long métrage récompensé par le 1er prix du festival de Sundance 2010, à juste titre.


En nous plongeant dans la vie quotidienne de ces fauves ni mafieux irlandais ni italiens, mais qui fonctionnent en clan, il nous montre à quel point le crime pour l'argent peut détruire ce lien familial justement et l'ériger en simple chaine qui lie des êtres seuls et perdus dans les tréfonds de leurs crimes. Car il n est pas question de sentiments fraternels ici, les hommes du clan ne s'aiment pas, ils chassent ensemble et se protègent car les forts ont besoin des faibles et inversement. L'humanité disparait pour laisser place au règne animal, le titre du film étant parfaitement choisi.

Et entre animaux, on sacrifie le plus faible pour sauver la meute en danger, sans regrets aucun. A ce titre le scénario fait froid dans le dos. Il n'y a pas d'honneur, de culpabilité et d'amour, juste un lien, l'argent, et une règle, survivre pour soit, ce qui nécessite l'unité. La mère de famille jouée par Jackie Weaver est impressionnante de cynisme, un sourire carnassier et un regard lucide qui recalcule la situation et raisonne froidement à chaque nouvelle étape, ne prenant pas le temps de s'attrister sur la mort d'un enfant et s'étonnant même de ressentir quelquechose, de ne pas passer dessus rapidement, elle qui a provoqué la destruction de sa famille par appât du gain.

Un élément comportemental choque d ailleurs, elle embrasse tous les hommes de sa famille, ses enfants, sur la bouche. Ce n'est pas anodin comme symbole. Elle est la seule femme mais c'est un régime hautement matriarchal ou c'est elle qui choisit qui de ses enfants doit être abandonné selon l'opportunité du moment. On pourrait reprocher au déroulé du film d'être parfois attendu mais c'est justement ce qui fait ressortir les surprises du scénario.

La mise en scène laisse davantage la place à la violence sous-jacente et à la menace de l'explosion qu'aux actes eux-mêmes, parti pris souvent efficace.


Isolé dans au milieu de ces être sans morale, le jeune homme recueilli par ses oncles et sa grand mère découvre l'abîme dans laquelle il est tombé et l'impossibilité d'en sortir. Guy Pearce, en flic des unités spéciales use alors de son regard extraordinaire pour incarner l'espoir de sortir de cette spirale. Sa droiture conforme à l'image d'Epinal de son métier est contrebalancée par l'attitude de chasseurs de fauves que sont ses collègues dans ce jeu de massacre macabre dont l'issue est bien incertaine.

Animal kingdom est donc au film de criminels ce qu'était le tout récent "Fighter" au film de boxe. Un film choral porté par d'excellents comédiens aux caractères bien identifiés, centré sur une cellule familiale pervertie par l'intérêt commun, l'absence d'acte délibérément désintéressé vis à vis des siens et le poids des origines. Doit on les renier lorsque l'on sent qu'elles sont mauvaises et néfastes pour soit et pour les autres ? Dans les deux cas il s'agit du parcours d'indépendance d'un être que tout condamne à plonger dans la même marée que ses ainés. Car dans cette histoire, le cercle familial devient une prison plus qu'un refuge lorsque certains membres étouffent les autres de leur tyrannie, l'extérieur devenant un havre de liberté, de normalité.


Un film sur l'identité, un excellent premier film australien, à ne pas manquer.


La piste aux Lapins :








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