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A plein temps

De: Eric Gravel



Julie se démène seule pour élever ses deux enfants à la campagne et garder son travail dans un palace parisien. Quand elle obtient enfin un entretien pour un poste correspondant à ses aspirations, une grève générale éclate, paralysant les transports. C’est tout le fragile équilibre de Julie qui vacille. Elle va alors se lancer dans une course effrénée, au risque de sombrer. Laure Calamy est véritablement impressionnante de nuance dans ce film social construit comme un quasi thriller, avec suspens et montée de tension au fur et à mesure que les emmerdes et les problèmes sans solutions évidente qui se dressent sur sa route.

En mère courage qui tente de joindre les deux bouts et d'élever seule ses enfants tout en travaillant hyper loin de chez elle, Laure Calamy trouve son meilleur rôle, pour lequel elle mériterait un autre César.

Eric Gravel a l'intelligence de ne jamais pointer du doigt les grévistes qui bloquent le pays et les transports et précipitent cette femme dans la détresse et la misère sociale par l'effet indirect de leur action. On ne peut pas dire qu'il leur fait franchement de la pub mais en ne portant aucun jugement et ne faisant que constater l'impact sur les plus pauvres, les travailleurs pauvres qui dépendent des transports en commun, le réalisateur parle d'une France dont on parle finalement assez peu. On voit les salariés qui luttent en entreprise contre des plans sociaux, qui manifestent contre telle ou telle loi mais on voit rarement ces invisibles qui font de petits boulot et n'ont pas d'autre choix que de vivre en dehors des grandes agglomérations où ils travaillent et pour lesquelles ils n'ont pas de véhicule pour s'y rendre car c'est trop cher. Ces victimes indirectes d'une autre franche de la population qui défend ses droits sans s'interroger sur les effets induits, prise en sandwich entre des travailleurs du public et des patrons pour lesquels ce n'est pas le sujet puisqu’il ont d'autres candidats interchangeables pour les remplacer.

Et puis le réalisateur parle du déclassement social avec cette femme qui a fait des études longues, a exercé un travail de cadre sup et par un accident de la vie, un divorce et de l'alcoolisme (on ne sait pas dans quel ordre) a vu tout se dérober sous ses pieds. Et les mauvaises nouvelles s'accumulent mais elle résiste et tient.

Cette course contre la montre qui donne le rythme au film est une idée excellente car elle tient en haleine de bout en bout et nous immerge immédiatement dans ce quotidien cauchemardesque. Le film social qui a eu ses heures de gloire dans les années 90 et 2000 en Angleterre avec Stephen Frears, Mike Leigh ou Ken Loach, et en Belgique avec les frères Dardenne, est en train de devenir un genre de très haute facture en France. L'image de cette société bruyante, stressante, axée sur l'immédiateté et le productivisme sans aucune compréhension pour les évènements exogènes, est réellement flippante. Un film féministe de par le combat qu'il montre de tant de femmes célibataires avec enfants qui doivent gérer l'impossible.

La réussite vient surtout de l'absence de démonstration morale, de discours plombant en filmant juste des faits qui s'empilent et l'enlisement qui s'en suit. Et pourtant le film reste lumineux grâce à son actrice, qui joue une femme qui garde espoir et se bat et ne lâche pas. Un très bon film.


La piste aux Lapins :



































































































































Terrence Malick

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