Urchin
- Blanc Lapin
- il y a 1 heure
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De Harris Dickinson

À Londres, Mike vit dans la rue, il va de petits boulots en larcins, jusqu'au jour où il se fait incarcérer. À sa sortie de prison, aidé par les services sociaux, il tente de reprendre sa vie en main en combattant ses vieux démons.
Harris Dickinson jouera John Lennon en 2027 dans les quatre films sur les Beatles que prépare Sam Mendes. Découvert dans les Bums de la plage, l’acteur a depuis joué dans la palme d’Or Sans Filtre, le super film Iron Claw sur une famille de catcheurs, le raté The King’s Man Première Mission, ou le hot et pas très réussi Babygirl avec Nicole Kidman. Harris Dickinson franchit une nouvelle étape en signant son premier long-métrage en tant que réalisateur.
Porté par Frank Dillane dans le rôle d’un homme vivant en marge, le film suit le parcours chaotique d’un sans-abri cherchant à se reconstruire après un passage en prison, entre accompagnement institutionnel et luttes intérieures. Le film a été repéré à Cannes dans la section Un Certain Regard, où Dillane a été récompensé.
Avec Urchin, Harris Dickinson passe derrière la caméra à seulement 28 ans et surprend par l’assurance de son geste. Son premier long métrage adopte une mise en scène ample et réfléchie — plans larges, mouvements lents, ruptures de ton — qui instaure une distance salutaire avec son protagoniste. Cette retenue formelle empêche toute complaisance : ni misérabilisme appuyé, ni froideur démonstrative, mais un équilibre subtil entre compassion et lucidité.
Le film suit non pas une rédemption mais d’acceptation de la violence intime qui traverse les êtres. On touche du doigt le fait que cette violence cohabite avec un instinct de survie. Et non son héros est certes fragile et beau mais il est aussi enthipathique, agressif et rebelle. Et il refuse de courber gentiment l’échine car il est déjà au fond du fond et on ne peut pas lui en vouloir. Même si il réagit à l’inverse de ce qu’il devrait faire, la force d’Urchin est qu’on finit par le comprendre et l’accepter malgré nos schémas embourgeoisés de pensées. Dickinson refuse d’idéaliser son antihéros : Mike demeure rugueux et le récit ne cherche jamais à l’absoudre.
Entre réalisme social et échappées presque oniriques, Urchin s’inscrit dans une tradition britannique que l’on associe volontiers à Ken Loach, tout en s’autorisant des bifurcations plus lyriques, notamment dans un dernier acte audacieux et troublant. Si on m’avait dit qu’une belle gueule jeune premier comme Dickinson
se risquerait à réaliser un film tendance Ken
Loach, sans se planter, je n’y aurait pas cru. Le résultat est un drame âpre, éprouvant mais profondément incarné, porté par l’interprétation intense de Franck Dillane, que l’on devrait revoir tant il est excellent.
Pour un coup d’essai, Dickinson démontre une vraie maturité artistique. Son film, noir et sans concession, ne cherche ni à rassurer ni à moraliser. Il laisse le spectateur face à une réalité instable, inconfortable — et durablement marquante.
La piste aux lapins :





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