top of page

Titus

De: Julie Taymor avec Anthony Hopkins



Sorti en 2001 dans une ou deux salles en France et en DVD de nombreuses années plus tard, "Titus" est un film flamboyant mais pas facile d'accès.


Il faut rentrer dans cette histoire car comme pour toute pièce de théâtre adaptée d'un grand classique, la déclamation de ces textes somptueux peut faire obstacle à l'immersion dans le film. C'est un peu ce que je reproche au "Jules César" de Joseph L. Mankiewicz dont la célèbre scène avec Brando est splendide mais pour lequel j'ai toujours eu un léger recul, celui de me demander si il fallait vraiment en faire un film, tant la prestation reste théâtrale du fait des matériaux de base.

Cette autre adaptation de William Shakespeare, plus rare au cinéma, est pourtant bien plus vive pour des raisons étrangères au célèbre William.

En effet, Julie Taymor, la réalisatrice, est avant tout un metteur en scène au sens le plus noble qui soit. Bien évidemment, Anthony Hopkins en rôle principal est bluffant, comme d'habitude et comme un poisson dans l'eau, lui qui a si souvent interprété du Shakespeare sur scène.


Mais ici, la réalisatrice choisit un parti pris fort intéressant. Elle décide de donner à Rome un aspect totalement anachronique voir uchronique. En effet, les individus se baladent en toges mais en voitures des années 20. Un gamin lit un journal mais on dîne à des banquets. On chasse à cheval mais avec des fusils. Dès lors, l'ensemble de la pièce est situé dans une Rome antique avec son empereur et son parlement, avec toutes ses joutes politiques mais une Rome parallèle, une Rome qui n'a jamais existé et pour laquelle on ne cherche absolument pas à donner une véracité quelconque. On est loin des reconstitutions à la Cécil B Demille (Cléopatre, les dix commandements) . Non, ici le décor est non seulement magnifique mais il permet justement de passer outre le jeu théâtral. En effet, nous ne sommes pas dans un film classique mais dans un spectacle filmé avec la fluidité et la richesse de mouvement qu'offre le cinéma. Ou "comment" utiliser ce média à bon escient pour adapter une pièce. Une expérience bien plus percutante que le théâtre filmé. C'est toute la prouesse de cette œuvre même si ce n'est pas la première fois que l'on utilise ce type de procédé cinématographique.


Julie Taymor a ensuite réussi "Frida" avec Salma Hayek sur la vie de la peintre mexicaine Frida Kahlo puis sa très célèbre adaptation en comédie musicale du film "Le roi lion" de Disney. Son adaptation a fait le tour du monde et elle a pu montrer tout son talent de mise en scène, les costumes étant de nouveau loués par la presse et le public. Cette patte "Julie Taymor" s'est enfin confirmée en 2007 avec son très beau film hommage aux Beatles, "Across the Universe", là aussi sorti dans trois salles, un scandale. Le film était gonflé, coloré, bourré d'imagination, d'effets spéciaux incroyables et de véritables tableaux vivants à couper le souffle. Enfin, les reprises des Beatles avaient du charme.


Et bien pour "Titus", c'est la même chose, avec en plus le texte de Shakespeare que je n'aurais pas l'outrecuidance de commenter mais aussi un casting très classe avec notamment Jonathan Rhys Meyers ou Alan Cumming.

Toute la cruauté et l'absurdité des croyances de la Rome antique se confronte aux drames les plus sanglants, c'est une excellente façon de faire vivre Shakespeare. Peter Greenaway fait à mon sens autre chose que du cinéma quand il réalise des tableaux animés incompréhensibles mais il est vrai très beaux. Julie Taymor quant à elle, a le tact de se doter d'une pièce en béton armé pour développer ses délires visuels. Le tout fonctionne ou pas selon les spectateurs, à vous de vous faire une idée.



La piste aux Lapins :




























3 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout

Comments


bottom of page