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Mala Noche

De: Gus Van Sant



"Mala Noche" est le premier long métrage de Gus Van Sant, dans un superbe noir et blanc, avec déjà un style et des thématiques qui le suivront tout au long de sa carrière. La recherche d'identité de jeunes hommes marginaux au sortir de l'adolescence côtoie l'isolement et la solitude de la jeunesse, les amours impossibles.


Le plus surprenant à la vision du film est qu'en 1985, Gus Van Sant aborde l'homosexualité sous un angle nouveau. Le personnage principal est très loin des clichés véhiculés jusqu'alors par le septième art. Il est masculin, bien dans sa peau, il assume totalement et tient tranquillement son magasin sans cacher sa préférence. Il n'est donc ni trav, ni cuir, ni dépressif profond. Or à l'époque des films comme "cruising" ou "un après-midi de chien" avec Al Pacino, "Querelle" de Fassbinder ou "la cage aux folles" abordent tous cette sexualité à travers des personnages extrêmes et extrêmement caricaturaux. Certes, le gay n'est pas encore sorti du ghetto. D'ailleurs, l'épidémie de VIH impactera ce cinéma à peine deux ans plus tard. Le film de Van Sant n'aborde pas ce thème, il est encore trop tôt et sa place est d'autant plus intéressante avec le recul du temps.

Ici le sujet est aussi celui de jeunes mexicains migrants et de leur difficulté à survivre sans papiers et sans travail, déracinés par la misère qui les a poussés à l'exil.


Mais le thème de prédilection de Gus Van Sant reste l'attirance sexuelle non réciproque. Ce jeune homo est en effet limite masochiste dans son attachement à un hétéro qui ne le capte pas un instant, même pour de l'argent. Le personnage est prêt à sacrifier sa dignité pour rester aux cotés du jeune éphèbe. On retrouvera de ceci dans le chef d'oeuvre de Gus Van Sant, "My own private Idaho" avec River Phoenix et Keanu Reeves.


Mais loin d'être un brouillon de ce dernier, "Mala Noche" impose d'emblée son identité par ses choix d'angles de prises de vues, de luminosité dans ce noir et blanc classieu. Van Sant filme les corps et les regards avec la volonté d'exprimer le désir au premier degré. On sent déjà le formaliste qui sera récompensé vingt ans plus tard par une palme d'or pour son "Elephant". C'est d'ailleurs aussi cet abandon d'une exigence stylistique sur "Harvey Milk" qui lui a été reproché récemment. Il serait bien inspiré de ne pas écouter les sirènes hollywoodiennes qui lui ont fait réaliser ses films les plus fadasses ("A la recherche de Forester" et "Will Hunting") et de revenir sans cesse aux principes de ce film fondateur de son œuvre.



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