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Streaming : En garde / Drunken noodles / Mother Mary

il y a 1 heure
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Drunken noodles

De Lucio Castro

Adnan, un jeune étudiant en art, arrive à New York pour y passer l’été. Il effectue un stage dans une galerie où est exposé un artiste atypique et plus âgé qu’il a croisé par le passé. Alors que des moments de son passé et de son présent s’entrelacent, une série de rencontres — à la fois artistiques et érotiques — ouvrent des brèches dans sa réalité quotidienne.


Avec Drunken Noodles, le réalisateur suit à travers des récits éclatés le jeune Adnan, stagiaire dans une galerie d’art new-yorkaise, dont le séjour est rythmé par des rencontres artistiques, amoureuses et sexuelles. Souvenirs, fantasmes et fragments de réel s’entremêlent dans une narration volontairement déstructurée, portée par une mise en scène sensuelle et une photographie élégante. Les scènes de cruising et d’intimité possèdent une certaine justesse, et le film sait parfois créer de beaux instants de poésie. Mais cette liberté formelle finit par tourner à l’esbrouffe. Le film m’a progressivement perdu avec ses échappées oniriques, que j’ai trouvées franchement kitsch et surtout déconnectées du sujet. À partir de cette scène avec un paon dans la forêt, surgie de nulle part, j’ai eu le sentiment que le réalisateur cherchait davantage à produire de l’effet qu’à raconter quelque chose. Les différents segments s’enchaînent sans parvenir à construire des liens clairs, tandis que le fantastique semble utilisé comme un paravent destiné à dissimuler un scénario finalement assez pauvre. À force d’ellipses, de symbolisme appuyé et de poésie fabriquée, le film finit par perdre sa direction et son intérêt. Une proposition esthétique qui aurait pu être intrigante, mais qui devient surtout, à mes yeux, artificielle et agaçante.


La piste aux lapins :




En garde

De Nelicia Low


Jie, un jeune talent prometteur de l’escrime, renoue avec son frère aîné Han, récemment libéré après sept ans de prison pour la mort accidentelle d’un adversaire lors d’une compétition. En secret, Han soutient Jie dans son entraînement, l’aidant à viser une qualification aux championnats nationaux. Mais une dispute éclate, et Jie commence à douter de l’innocence de son frère.


Avec En Garde, Nelicia Low signe un premier film qui transforme l’univers de l’escrime en huis clos familial trouble. Derrière la compétition et les rapports fraternels se dessine peu à peu une histoire de domination, de culpabilité et d’attachement, où les certitudes se fissurent sans jamais livrer complètement leurs secrets. La cinéaste, elle-même issue de ce milieu sportif, possède un vrai sens du cadre et sait installer une atmosphère inquiétante sans recourir immédiatement à l’effet spectaculaire.

Le problème vient justement de cette volonté de sophistication. À force de vouloir maintenir le mystère et de travailler chaque image comme un signe, le film donne parfois l’impression de surjouer son importance. Certains personnages restent prisonniers de fonctions narratives assez prévisibles et plusieurs passages ralentissent inutilement l’ensemble. La virtuosité visuelle, souvent impressionnante, finit alors par sembler plus préoccupée d’elle-même que du récit. Malgré ces réserves, En Garde parvient à maintenir une curiosité réelle jusqu’à son dénouement et révèle une réalisatrice dont la maîtrise plastique est déjà évidente, même si elle cherche encore la juste mesure entre style et substance.


La piste aux lapins :




Mother Mary

De David Lowery

Avec Mother Mary, David Lowery, réalisateur de Les Amants du Texas, A Ghost Story, The Green Knight et Peter Pan & Wendy, poursuit son goût pour les récits flottants, les temporalités troubles et les expériences cinématographiques très stylisées. Cette fois, il imagine un opéra pop-rock porté par Anne Hathaway et Michaela Coel, toutes deux remarquables dès qu’il leur laisse la place d’exprimer pleinement leur talent. La mise en scène est somptueuse, les compositions visuelles ambitieuses et certaines séquences musicales possèdent une vraie puissance.


Mais, comme dans une partie de sa filmographie, Lowery semble parfois davantage intéressé par l’atmosphère que par ce qu’elle doit raconter. Les dialogues, souvent obscurs, rendent difficiles à saisir les motivations des personnages, tandis que les différentes lignes narratives peinent à s’imbriquer. Le film accumule les ruptures de ton, les symboles et les effets de style sans parvenir à construire une véritable dynamique dramatique. On peut évidemment interpréter cette opacité comme un choix artistique, mais elle finit surtout par créer une distance considérable avec le spectateur. Le talent des deux actrices rend le constat encore plus frustrant : Hathaway et Coel imposent une présence magnétique que le scénario ne sait pas suffisamment exploiter. Derrière son ambition, sa beauté plastique et son apparente profondeur, Mother Mary m’a donc laissé une impression de vacuité, comme si David Lowery avait privilégié l’emballage au détriment du récit. Un objet spectaculaire et parfois fascinant, mais froid, prétentieux et finalement peu émouvant. C'est une grosse déception de la part d'un réalisateur que j'affectionne tout particulièrement.


La piste aux lapins :







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