La Frappe
De Julien Gaspar-Oliveri

Enzo, 19 ans et sa soeur Carla, 20 ans, sont livrés à eux-mêmes depuis plusieurs années. Quand leur père, Anthony est libéré de prison, Enzo voit la promesse fragile d’une famille à reconstruire contrairement à Carla pour qui l’idée reste inconcevable. Rattrapé par son passé, Enzo doit se confronter à une vérité qu’il a trop longtemps gardée pour lui.
Avec La Frappe, Julien Gaspar-Oliveri signe un premier long métrage d’une remarquable maturité, qui aborde l’inceste sans jamais céder au sensationnalisme.
Certes il est compliqué de conseiller un film sur un tel sujet à 90% des gens qui veulent "passer un bon moment". Sauf que La Frappe est un grand film, qui rappelle à ceux ayant eu la chance de vivre lojn de ces sujets comme moi même, que de nombreux enfants vivent dans le silence et que la parole doit être écoutée. C'est cliché de le dire mais le film fait vraiment un choc parcequ'en général on enttend parler de ce genre de monstruosité dans des débats sociétaux sur France 5 ou lorsqu'un fait divers sordide s’étale dans la presse.
Ici, la subtilité de Julien Gaspar-Oliveri est de nous montrer le monstre alors même qu'il n'a jamais été mis à jour et l'impact sur ses enfants de façon trouble. Car Enzo a besoin d'un père et veut se raconter une autre histoire pour tenter d'oublier, parceque c'est impossible que son géniteur puisse avoir fait cela. Ce gamin détruit, qui a réussi à se reconstruire malgré tout, nous bouleverse de bout en bout. Diego Murgia mérite le prix de la révélation masculine aux prochains Césars. On se souvient longtemps de son visage pris en gros plan. Le réalisateur filme la peau de très près et restitue l'horreur sans jamais sombrer dans le glauque. Juste en suggérant le désastre qui a percuté ces deux vies. Diego Murgia et Romane Fringeli impressionnent par leur interprétation fiévreuse, tout en retenue et en fragilité. Ils incarnent deux êtres encore prisonniers de l’enfance, malgré des corps devenus adultes, et rendent palpable la complexité de leur lien, où la douleur n’efface ni l’attachement ni l’amour. Bastien Bouillon compose un rôle oh combien difficile avec une froideur glaçante.
Plutôt que de reconstituer les violences, Julien Gaspar-Oliveri s’attache à leurs séquelles, aux silences, aux mensonges et aux gestes qui trahissent ce que les personnages ne peuvent formuler. Cette approche, à la fois intime et rigoureuse, évite le voyeurisme tout en donnant une force saisissante à un drame dont l’ampleur psychologique et sociale se révèle progressivement.
Le naturalisme du film, proche du documentaire, restitue les traumas par une mise en scène d’une grande maîtrise. Les dialogues sont souvent un couvre ou un étouffe silence, le silence avant l'explosion et les cris de désespoir d'avoir été foutu en l'air tout gamin par l'individu qu'ils aimaient le plus au monde. D’une grande dignité, La Frappe est un film dur, bouleversant et nécessaire. En faisant des non-dits le cœur de son récit, Julien Gaspar-Oliveri révèle les ravages durables de l’inceste et le poids du silence familial. Doublement récompensé au Festival du film francophone d’Angoulême, pour sa mise en scène et pour Diego Murgia, ce premier film s’impose comme l'une des grandes révélations de 2026.
La piste aux lapins :




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