Le Son des souvenirs
- Blanc Lapin
- il y a 12 minutes
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De Oliver Hermanus

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, deux jeunes chercheurs en musicologie sillonnent la Nouvelle-Angleterre pour collecter des airs populaires voués à disparaître. Le point de départ a tout pour séduire : une quête patrimoniale doublée d’un rapprochement sentimental progressif. Sur le papier, l’entreprise promet une méditation vibrante sur la mémoire, le désir et la transmission par la musique. À l’écran, l’ambition se heurte pourtant à une mise en scène d’une grande retenue, parfois au point de l’effacement.
Oliver Hermanus choisit la pudeur et le classicisme. Cette approche confère au récit une élégance certaine, mais elle bride aussi son élan romanesque. L’histoire d’amour, qui aurait pu atteindre une intensité déchirante, demeure souvent à distance, comme étouffée par un académisme appliqué. Le film avance avec une gravité constante, sans véritable montée en puissance émotionnelle, et finit par installer une forme de torpeur mélancolique.
La musique, pourtant au cœur du projet, constitue l’atout le plus tangible de l’ensemble. Les chants folk, captés avec une sobriété presque documentaire, apportent par instants une densité et une vérité qui manquent parfois aux scènes dialoguées. Certaines séquences musicales touchent à une grâce indéniable, laissant entrevoir le film qu’il aurait pu être : plus incarné, plus vibrant, plus charnel.
Porté par l’engagement sincère de Paul Mescal et Josh O’Connor, le duo central fonctionne avec une justesse contenue. Leur interprétation, toute en regards et en silences, évite l’excès, mais cette retenue finit aussi par accentuer la sensation d’émotion empêchée. On admire la délicatesse, sans toujours se sentir emporté.
Esthétiquement soigné, traversé de beaux moments et animé d’une intention louable, le film reste cependant en surface. À force de sagesse, il semble refuser le vertige que son sujet appelait. Ce mélodrame délicat laisse ainsi une impression paradoxale : celle d’une œuvre respectable et parfois touchante, mais trop tenue pour bouleverser durablement.
La piste aux Lapins :




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