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Le Tigre Blanc

De: Ramin Bahrani


Ramin Bahrani revient après son excellent 99 homes qui suivait des usuriers sans scrupules de maison post crise des subprime, et sa moins réussie nouvelle adaptation pour HBO de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury.


Le réalisateur change de crémerie et réalise pour Netflix cette adaptation d'un best seller signé Aravind Adiga.


On y suit Balram, chauffeur d'une riche famille indienne, qui nous raconte avec un sourire en coin et une petite voix semblant toujours s'excuser comment il vit dans sa caste et subit le racisme des castes supérieures.


Par son ingéniosité, il va réussir à graver les échelons vers la richesse, en abandonnant à plusieurs moments toute forme de morale. Et c'est là que le film est très réussi.


Sur un rythme effréné sans aucun temps mort, rappelant forcément le "Slumdog Millionaire" dynamique de Dany Boyle, le film évite toute perte de temps et nous prend par la main comme si on était perdus dans une grande ville indienne au milieu de toute cette pauvreté. Mais la malice du film comme du personnage principal et de son interprète, Adarsh Gourav, est de présenter des horreurs culturelles de maltraitance des plus pauvres comme si c'était immuable et avec un large sourire. C'est la culture donc c'est comme çà. Les mafieux corrompus qui frappent de pauvres paysans qu'ils exploitent, c'est normal. Ils les tuent même parfois. On n'y peut rien. Et sous couvert de ce ton cynique, se développe donc l'histoire de ce petit mec qui subissant des règles injustes et inhumaines, choisit de gagner par tous les moyens à sa disposition. La vision de sa famille n'est d'ailleurs pas du tout rose bonbon, bien au contraire, il n'y a aucun affect et seulement des gens qui crèvent de faim et font ce qu'ils peuvent pour faire travailler les enfants et gagner de quoi ne pas crever. C'est à la fois très violent dans le propos et le constat mais dit sur un ton badin et une mise en scène qui édulcore volontairement le visuel.


L'anti héros devient donc un Tigre Blanc en se jouant de ses maitres qui le traitent comme un esclave et comme un sous homme inférieur.


Au passage le film écorne sauvagement la démocratie indienne corrompue et s'attaque même à la suffisance des occidentaux en leur disant avec un grand sourire que les peuples puissants qui donneront le ton demain seront chinois et indiens. Mieux, le réalisateur envoie à la face des spectateurs de Netflix (très majoritairement occidentaux) un avertissement sur les excès du capitalisme, qui appliqué à un cadre non démocratique ou corrompu peu n'avoir plus aucune limite. C'est aussi là que "Le Tigre Blanc" devient encore meilleur, lorsqu'il explique que les principes importés d'occident font des ravages dans une société aussi inégalitaire et injuste que la société indienne. Il explique que ces centaines de millions de pauvres n’auront rien à foutre de notre belle morale que l'on arbore tout en se pinçant le nez et en ne regardant pas ce qui s'y est passé pendant des dizaines et dizaines d'années. Ce sera un capitalisme encore plus dur où la morale n'aura pas sa place car c'est une morale occidentale inapplicable là bas. La vie d’un indigent n’ayant aucune valeur et la richesse évitant la prison, comme le dit le héros, ce sera la loi de la jungle où seuls les tigres blancs s'en sortiront.


Utiliser les codes de la comédie pour livrer un film aussi profond est vraiment une idée géniale. Avec ce rictus faussement obéissant du type prêt à défenestrer à tout moment la famille qui l'exploite et lui marche dessus, Adarsh Gourav est excellent.


A la fin on a presque peur que les personnages nous fassent une danse à la Bollywood comme dans "Slumdog Millionaire", sauf que ce n'est pas le genre de la maison et que Bahrani vient de nous livrer une petite bombe impertinente et d'une grande intelligence.


Il est à mille lieues des clichés et du positivisme naïf du film de Dany Boyle. C'est même l'inverse qu'il a réalisé et c'est très très réussi.


A voir de toute urgence sur Netflix.


La piste aux Lapins :




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