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Le Fils de Saul

De: László Nemes


Les films traitant de l'extermination juive sont assez rares et la plupart du temps des documentaires, au premier rang desquels figurent les deux piliers fondateurs du devoir de mémoire, "Shoa" de Claude Lanzmann et "Nuit et Brouillard" d'Alain Resnais.


Côté film de fiction, c'est plus compliqué. On pense à "La vie est belle" de Benigni ou "La liste de Schindler" mais l'histoire ne se situait pas dans un camp d'extermination.


Alors pour filmer une cruauté complexe à montrer à l'écran, László Nemes fait un choix de mise en scène simple. Il va filmer Saul en gros plan et laisser l'horreur se dérouler autour de lui en arrière plan, en filmant les corps certes, mais sans insister, souvent hors champs, par pudeur. De même les victimes n'ont pas de visages, afin d'éviter tout pathos.


Cette histoire de juif chargé d'accompagner les victimes à la chambre à gaz puis de ramasser les corps, les empiler, nettoyer ...est évidemment un moyen habile d'entrer dans le cauchemar et de ne pas rester aux portes du camps. László Nemes nous montre aussi les fours crématoires, les cendres, les habits délaissés, l'industrialisation de ces meurtres de masse, l'individu devenant une unité mais tout çà, vous le savez déjà. Vous le savez mais c'est bien une piqure de rappel. C'est important de ne pas laisser l'oubli avaler cet épisode hallucinant de l'histoire ni de laisser les professionnels du match de génocides, réduire cette destruction de vies à un complot ou un détournement du réel. Le plus effroyable est de constater que les racines du mal sont toujours là et qu'elles repoussent toujours.


"Le fils de Saul" demande évidemment un certain effort par son thème, son absence totale d’échappatoire (contrairement au Benigni ou au Spielberg). Ce n'est pas un film moralisateur ni qui fait pleurer. C'est sec, factuel, effroyable et c'est probablement le meilleur moyen d'utiliser la fiction de façon intelligente sur l'extermination. Saul ne prononce quasiment aucun mot. Il est juste brutalisé chaque minute et ne tient qu'à l'instinct de survie, jusqu'à ce qu'il trouve une raison de retrouver une dignité humaine. En voulant honorer un mort, un enfant qu'il pense être le sien et qui ne l'est pas forcément, il s'accroche à ce qui a été un semblant d'humanité dans une vie antérieure.


Grand prix du Jury du festival de Cannes 2015, ce cinéaste hongrois entre de façon fracassante parmi les réalisateurs à suivre. Certes le sujet ne peut que toucher mais c'est bien sa mise en scène radicale, cet étouffement qu'il arrive à créer qui fait que son film mérite d'être vu. Il faut un grand talent pour traiter du sujet et en sortir indemne, sans voyeurisme, pour montrer l'horreur sans qu'elle soit frontale, ce qui est encore plus marquant.



La piste aux lapins :










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