Garance
De Jeanne Herry

Garance est une jeune actrice mais qui n’est pas une vedette. Elle gère et assure tout de son mieux, vaillante, joyeuse, soldate, et elle trouve dans l’alcool un carburant, un réconfort inconditionnel. Garance change de vie et commence alors un parcours de huit ans de déménagements, de travail, de rencontres, de fêtes et d’angoisses, de joies et de coups durs. Une révolution intime, amicale et sexuelle, mais elle consomme toujours plus. Jusqu’à la potentialité de la mort.
Avec Garance, Jeanne Herry signe à nouveau un très grand film après "Je verrai toujours vos visages". Le portrait de cette femme perdue dans l'alcool et que refuse de s'en sortir, de trouve das un déni bien connu, est bouleversant car il est nuancé, et plus original que d'autres films tournés sur ce sujet compliqué à appréhender par sa complexité.
Adèle Exarchopoulos est troublante de naturel, de fragilité dans le rôle d’une comédienne qui galère de petits rôles en petits rôles, se découvre préférant une relation avec une femme, et porte sur elle divers fardeaux, de son alcoolisme commencé ado aux maladies de sa sœur chérie ou la difficulté de vivre d'un travail très fragile. En décrivant un écosystème large et aimant autour d'elle, avec de très beaux seconds rôles, Jeanne Herry ne tombe jamais dans la simplicité. Sara Giraudeau apporte un contrepoint précieux, un regard doux et tendre sans jugement moral et un vrai pilier. En choisissant de raconter une histoire d'amour malgré cette addiction destructrice, la réalisatrice opte pour la lumière et décroche des moments de cinémas profondément émouvants et justes. Loin des représentations convenues de l’addiction, la cinéaste s’attache aux contradictions de son héroïne, à son énergie débordante comme à ses failles, sans jamais la réduire à sa maladie. Tour à tour drôle, imprévisible, touchante et désarmante, Adèle Exarchopoulos livre une composition d’une intensité rare, donnant à sentir toute la complexité d’une personnalité qui se débat avec elle-même. En s’intéressant à l’alcoolisme au féminin et aux fragilités du milieu artistique, Jeanne Herry évite les pièges du film à thèse comme ceux du mélodrame appuyé. Sa mise en scène privilégie la justesse des situations, laissant coexister la détresse, les éclats d’humour et les instants de grâce. Elle alterne au début des scènes très courtes et très efficaces qui vous immergent dans ce quotidien où le personnage n'a pas le temps de réfléchir et boit par réflexe comme on boit de l'eau. Au-delà de l’addiction, Garance explore la possibilité de se reconstruire grâce aux autres, à condition que leur présence ne se transforme jamais en volonté de contrôle. C'est ou autant un plaidoyer sur la force de la volonté que la force de l'entourage et la façon de se comporter. Porté par une interprétation magistrale et une confiance précieuse dans la capacité humaine à se relever, ce drame sensible transforme un sujet douloureux en une œuvre profondément vivante, dont l’émotion persiste bien après la projection.
La piste aux lapins :




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