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Mud

De: Jeff Nichols




Pour être très franc, je suis allé voir "Mud" pour deux raisons. L'excellent accueil critique et le fait que mon meilleur ami ait été touché. Car de Jeff Nichols, j'avais surtout le très mauvais souvenir de "Take shelter", sorti l'an dernier, encensé également par la presse et qui m'avait très sérieusement ennuyé.


Cette "seconde chance" donnée à Nichols fut donc la bonne. "Mud" est un récit initiatique sur le passage de l'adolescence au monde adulte mais ce n'est pas que celà.


On a un peu peur tout au long du long métrage qu'un cliché surgisse à un moment et rompe le charme de ce bel équilibre, fragile, cette belle histoire d'amitié entre un marginal fou amoureux d'un amour impossible et deux gamins de 14 ans qui, en cherchant de l'aventure, finissent par la trouver et même par apprendre bien plus encore.


Ils se font défenseurs d'une histoire qu'ils fantasment car ils ne connaissent rien des rapports amoureux, ils ne font que les deviner au travers des relations entre leurs parents, ou de leurs premiers tâtonnements avec les filles. Ils y vont avec cet aplomb du jeune homme qui ne connait rien mais qui veut être un homme et le prouver, même si ses sentiments d'enfant le rattrapent souvent pour lui rappeler que la vie d'adulte c'est rude, enfin, en tout cas, çà en a sacrément l'air. Et du panache, Matthew McConaughey en a sacrément lui aussi. Cet acteur plutôt cantonné aux rôles fadasses quand il était le beau blond jeune premier, a su en quelques rôles décoller, à l’approche de la quarantaine. Il incarne à la fois toute la naïveté d'un gamin qui s'est élevé tout seul en pleine nature, bercé de bien des illusions, et cet homme mur façonné par cette nature sauvage et ses multiples déceptions avec la femme de sa vie. Cet amour impossible est l'un des arcs scénaristiques vraiment touchants du film. Un récit sans pathos, avec une économie de mots par moments, car les situations parlent d'elles mêmes.


Le fait de faire découvrir au spectateur l'identité de ce Mud par le regard admirateur de ces deux ados est excellente. Ils cherchent à devenir des hommes et voient donc forcément ce mystérieux Mud à travers le prisme de leurs aspirations propres, de leur idée de la virilité, de leur espoir dans une pureté de l'amour homme-femme, dans l'idée que les sentiments sont immuables, sauf qu'ils ne le sont pas. La prise du temps abime bien des choses et les plus naïfs en sont pour leurs frais. Mais loin de tout cynisme, le film porte sur ses épaules un regard tendre sur cette découverte de l'envers du décors des adultes.


Le long métrage pourrait avec ces seuls ingrédients, cette seule utilisation de la nature comme personnage à part entière (comme dans Take shelter), suffire à sa réussite. Sauf que les seconds rôles sont tout aussi bons, de Mickael Shannon en oncle sympa à Sam Shepard en vieil homme qui a lui connu les déceptions jusqu'au bout du bout. Le rapport père fils constitue lui aussi une histoire secondaire qui donne un relief au tout. Sans crier gare, Jeff Nichols, y aborde l’incommunicabilité entre un père et un fils dont la pudeur virile se fendille, confrontée à l'impuissance du père à sauver son couple. Ce dernier ne peut prouver qu'il est porteur d'un projet qui puisse motiver son épouse et sauver du naufrage l'échec de leurs rêves, de leurs aspirations qui se sont éloignées, confrontés au mur du quotidien.


Et puis "Mud" montre deux adolescents découvrant que le temps détruit les plus belles histoires, eux qui ne rêvent que d'aventure et d'idéal et pour qui "Mud" incarne un peu tout celà. Cette projection qu'ils se font du futur, de ce que c'est qu'être homme, est d'autant plus touchante qu'elle est faite avec retenue, comme les personnages, pour qui montrer n'est pas franchement un truc de mecs. La mélancolie de ce récit d'aventure vous touchera probablement. A brasser des thèmes aussi universels, Nichols aurait pu sombrer dans un mélo chiant, sirupeux et démonstratif. Il n'en n'est rien. Au contraire, on ressort plus léger de cet exercice d'équilibriste particulièrement réussi.

La piste aux Lapins :
























































































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