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Toni Erdmann

De: Maren Ade



Le film allemand "Toni Erdmann" a bien failli remporter la palme d'or cette année, la critique l'ayant encensé pendant toute la compétition. Il est vrai que le pitch donnait carrément envie avec cette histoire d'un père venant au secours de sa fille devenue trop obnubilée par sa carrière et dont le quotidien est d'une tristesse confondante. Et comme seule arme, il décide d’utiliser le rire et de se déguiser en personnage loufoque pour perturber cette petite vie étriquée et lui redonner le sourire.


Il y a deux écueils principaux au film tel qu'il a été vendu par son passage cannois et la presse à sa sortie. Tout d'abord ce n'est pas une comédie et non, on n'éclate pas de rire tout au long du film. Or c'est un peu ce qui est ressorti de l’enthousiasme galopant des critiques. Le film fait sourire avec tendresse mais il n'est pas très drôle. D'ailleurs, les blagues du père sont plutôt axées sur le non sens mais ce type d'humour ne fait par définition pas mouche avec tout le monde.

Le deuxième écueil est que le film a été un peu surévalué, ce qui peut déclencher une déception. Pour ma part, je m'y attendais mais si vous vous y rendez en vous disant "c'est le film sympa dont tout le monde parle", attention. Attention car ce serait dommage de passer à côté d'un très bon film juste parceque la presse l'a mis un peu trop haut sur le podium.


Le film est un peu lent mais il faut monter à bord et s'adapter à son rythme. Le personnage de la fille étant froid et son père un peu fantasque, le long métrage choisit la pudeur plutôt que l'exubérance, les non-dits plutôt que les longues explications de texte dialoguées pour ceux qui n'auraient pas compris. Et çà marche, car l'émotion jaillit au final au bon moment et atteint le but recherché. Alors c'est vrai que malgré quelques pétages de plombs rigolos, j'aurais préféré un peu plus de délires mais je me dis aussi que l'excès aurait desservi l'écrin du discours de Maren Ade. Le film est réaliste et donc le père fait avec les moyens du bord et c'est tant mieux, c'est plus percutant.


Le long métrage parle de l'éloignement de chaque enfant de ses racines et de la difficulté à s'adapter au monde du travail, à sa violence actuelle. Les compromis qu'imposent la réussite professionnelle font que parfois, on en oublie que les relations professionnelles ce n'est pas la vie et que les parents par exemple vivent dans un autre contexte, moins sujet à pressions. Ce décalage de monde créé de la distance au delà de la différence de génération, et de façon peut être plus marquée aujourd'hui.


Et puis le film croque avec effroi la vacuité des rapports professionnels quand les individus essaient de créer du lien, de l'affect, là où par définition les dés sont pipés. Ces personnages font semblant d'être cools, semblant d'être heureux aussi alors qu'au final ils sont d'une tristesse infinie. Leurs discussions sont inintéressantes et personne ne s'intéresse vraiment à personne.

"Toni Erdmann" est donc un film sur l'impossibilité de communiquer, car on ne parle pas quand on aborde uniquement des sujets professionnels avec des collègues et parfois cette déformation du quotidien, ce manque de temps pour écouter l'autre, envahit la sphère privée et y diffuse de la superficialité. Le dialogue est l'une des choses les plus difficiles à reconstruire lorsque le temps l'a explosé en poussière. Alors ce père aimant choisit la farce. Il se met à jouer lui aussi un personnage, tout aussi ridicule que les masques que portent les collègues de sa fille. Cette dernière va alors comprendre que jouer avec son père, comme étant petite, est un moyen plus simple de s'exprimer. Et c'est là que "Toni Erdmann" est très réussi.


"Toni Erdmann" est donc un drame qui fait sourire et non une comédie qui fait réfléchir et c'est peut être là où la presse a mal joué son rôle. C'est en tout cas un film à voir mais avec patience, pour en apprécier l'ensemble du message sans en sortir frustré.

La piste aux lapins :

























































































































































































































































Terrence Malick

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