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The Zero Theorem

De: Terry Gilliam



Celles et ceux qui me connaissent ou sont passés régulièrement par ici savent que Terry Gilliam est mon réalisateur préféré, que ce que j'ai dans la tête est très proche des délires qu'il est capable de nous livrer..ceux là même me disent toujours que je ne suis pas objectif, que ma critique sera forcément biaisée, d'autant plus que Terry a un mal fou à monter ses films et trouver les budgets, son Don Quichotte étant l'une des plus grandes arlésiennes du septième art, auquel je crois encore, car les rêves font avancer.


"The Zero Theorem" est un projet que je connais bien, pour l'avoir suivi depuis sa première évocation en 2009 lorsqu'un professeur d'anglais de l'Université de Floride, Pat Rushin, envoya son scénario à Terry Gilliam...qui commença le tournage seulement fin 2012, suite à l'échec d'une énième tentative de Don Quichotte.


Le film réunit un casting pas forcément all stars mais porté par un Christoph Waltz (Inglorious Basterds, Django Unchained) et une Mélanie Thierry inspirés. Il revient surtout à la dystopie qui fut le succès de Gilliam et son chef d'oeuvre le plus évident, Brazil.


On y suit Qohen Leth, génie de l’informatique vivant dans un futur proche dirigé par un certain Management, où tout est contrôlé et surveillé dans une apparente féérie du consumérisme. Les gens ont l'air heureux et évoluent dans un univers coloré où les publicités murales ou les boites à Pizza vous parlent. En ce sens le film se veut différent de Brazil car livrant une image moins sombre mais tout aussi désespérée du futur. Qohen Leth attend un coup de fil quasi divin qui lui donnera un sens à sa vie et se voit chargé de découvrir le secret du Théorème Zéro par Management, sorte de Big Brother de ce 1984 version 2010.


Le premier reproche fait au film par certaines critiques, est justement de livrer un imaginaire daté et très eighties comme si Gilliam n'avait pas évolué depuis Brazil. La critique est idiote et provient d'une presse n'ayant aucun recul par rapport à l’œuvre de l'ex Monty Python. Gilliam choisit volontairement ce futur old school, ce qui est la définition même de la dystopie, faite d'élèments futuristes mixés à des éléments du passé. Quand on n'aime pas la SF ou qu'on n'a pas lu Philip K. Dick, il est parfois conseillé de moins la ramener avant de faire ce genre de commentaires à coté de la plaque.


Non, pour ma part, le problème du film de Gilliam n'est ni la direction d'acteurs, excellente, ni la photo ou l'univers volontairement criard et bourré comme d'habitude d'imaginaire débordant. Le film ressemble à du Gilliam mais justement, avec tous les défauts du maitre.


Le principal écueil se trouve hélas dans le côté brouillon du film, dû pour une part à un scénario manquant de contenu, de relief et de sens là où l'anticipation fait en général passer des messages. Or ici, le sous-texte semble peu original par rapport à l'historique du genre et par rapport à Brazil, auquel le film ne peut forcément qu'être comparé. Le manque d'intérêt du fond fait beaucoup de mal au propos. Par ailleurs "The Zero Théorem" patine sérieusement dans la semoule durant ses 20 premières minutes qui ont un mal fou à décoller. Or quand l'univers ne vous hape pas d'entrée, il est difficile de rattraper la suite, surtout avec un personnage froid et peu empathique comme celui du personnage de Christoph Waltz.


Le second écueil tient en revanche à Terry Gilliam himself, dont le choix de montage m'a semblé pas toujours des plus opportuns. De son propre aveux, il a coupé le début et la fin de certaines scènes afin de provoquer davantage de rythme. Si l'effet est effectivement réussi, il provoque parfois une certaine rapidité dans l'évolution des personnages et ajoute plus au côté grand bordel qu'à la fluidité de l'histoire. L'aspect anarchique du récit chez Gilliam a toujours été critiqué et source de son style. Mais ici, combiné à cette impression de réçussée de Brazil en moins bien et sans aucun message fort, le bordel donne au film un goût amère.


On y voit tout le talent d'un grand monsieur du septième art, au profit d'un petit film au script trop light, qu'il essaie de rendre intéressant par la performance d'acteur et son talent de cinéaste.

Sauf que la sauce ne prend hélas pas et que si le film reste regardable et pas désagréable, pour ceux qui ont adoré Brazil, L'armée des 12 singes ou Las Vegas Parano, il sonnera plus comme le douloureux constat d'un réalisateur contraint de signer des projets mineurs, plutôt que d'avoir accès à des projets de son calibre. Le film s'avère donc frustrant car il n'est pas mauvais, il est juste sous-dimensionné, et vire parfois à la caricature d'un film de Gilliam. Il est extraordinaire de voir ce que Gilliam a fait d'un script et d'un budget si modestes , avec moins de 10 M$, livrant un film qui aurait pu en coûter le double.


J'ai mal au cœur de critiquer si sévèrement mon Terry adoré, mais objectivement son film est râté et s'avère un film mineur dans sa filmographie. Ce qui m'énerve en revanche, c'est la horde de critiques flinguant toute l’œuvre de Terry Gilliam sous prétexte qu'il n'est pas à son plus haut et que ses derniers films furent des fours au box office, mis à part L'imaginarium du Docteur Parnassus, qui rentra amplement dans ses frais. Ces gens n'ont aucune tolérance et reconnaissance pour la bataille que livre chaque jour Gilliam pour rester libre des studios et restituer sa vision non déformée de son cinéma. Par ailleurs, ses deux précédents films, "Tideland" et "L'imaginarium du Docteur Parnassus" verront probablement leur côte remonter tant ces deux oeuvres mal aimées recèlent une profondeur bien plus sombre et passionnante que ce que ces critiques faciles ont retenues. Ce ne sera hélas pas le cas de "The Zero Théorem". J'espère que Terry Gilliam réussira enfin en 2015 à monter son "The Man who Killed Don Quixote" avec John Hurt et que son scénario sera à la hauteur du film tant espéré. J'aimerais que Terry arrive à tordre le cou à cette presse injustement violente et amnésique.


Si "The Zero Theorem" n'a pas le panache et la complexité de ses œuvres les plus illustres, il reste un film plus riche et intelligent que nombre de productions de SF actuelles...pour moi ce n'est pas assez car je suis fan et exigeant...pour vous, peut être serez vous cueillis par tant d'ingéniosité...



La piste aux Lapins :
























































































































































Terrence Malick

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