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Potiche

De: François Ozon


Le pitch : en 1977, un patron de province (Fabrice Luchini) doit faire face à une grève sans précédents de ses salariés. Contraint et forcé, il va devoir laisser agir son épouse (Catherine Deneuve) qu'il prend depuis 30 ans pour une potiche, une gentille femme dont la place est d'assurer son rôle d'épouse bourgeoise mais de ne jamais s'exprimer sur le cours des évènements. La révolution féminine est en marche !


Ce nouveau long métrage du prolifique François Ozon est l'adaptation libre d'une pièce de théâtre du début des années 80 avec Jacqueline Maillan. Ozon choisit de nous délivrer un film militant sur la cause féminine, situé dans les années 70. Il axe cette comédie sur la comparaison entre un patronat paternaliste qui survivait encore à cette époque et le début des patrons sans scrupules qui hantent certains conflits sociaux de ce jour. Ce regard qui tient plus de l’ironie que de la nostalgie d’une époque idéalisée, permet au scénario de décocher ses flèches les plus justes.C'est bien entendu caricatural avec de gros traits de clown mais souvent le verbe est bien senti. Ozon nous fait des clins d’œil aux récentes déclarations de certains hommes politiques pour mieux nous cueillir et déclencher l'hilarité.


Oui, "Potiche" m'a fait m'esclaffer de rire à plusieurs reprises. Et en ce sens le film est plus drôle que "8 femmes" bien que moins écrit.Mais "Potiche" doit se regarder comme une comédie sans prétention et grand public, sinon le risque est qu'un certain snobisme du spectateur ne fasse ressortir tous les défauts. En effet, l'histoire est attendue à bien des moments et la fin s'avère d'un consensualisme assez exaspérant, là où Ozon aurait pu monter une marche de plus tant le reste du long métrage fait mouche. Cependant, ce n'est pas ici qu'il faut chercher les qualités du film. Ozon réussit à marier son univers auteuriste pas toujours évident à partager avec le public ("gouttes d'eau sur pierres brulantes", "le refuge", "le temps qui reste") avec la provoque qu'il affectionne tant ("8 femmes", "sitcom) et qui le rend si sympathique. Il ne cherche pas à délivrer de message complexe mais juste à divertir intelligemment.


Aujourd'hui, Ozon me fait penser à un Truffaut, cinéphile jusqu'au bout des ongles dont la logique était de ne jamais lâcher le cinéma d'auteur tout en cherchant à réaliser des films avant tout pour le public, le plus large possible. Une démarche généreuse qui rend ce genre d'aventures très touchant, surtout quand ceci fonctionne.


On est loin des "Oncle Boonmee" qu'on ne comprend pas 80% du temps et sur lesquels un réalisateur va se faire plaisir avant même de s'interroger sur la transmission de son univers de l'autre côté de l'écran. Ici Ozon partage un inconscient collectif français comme terreau de piques acidulées d'une grande fraicheur. L'objectif n'est ni plus ni moins que de déclencher le rire. Catherine Deneuve, icône de la beauté féminine du cinéma français, reprend ce rôle de mère plus très jeune.


Mais ici plus que dans "8 femmes", autre succès critique et public de Ozon, Deneuve assume son âge, ses formes, au risque même de côtoyer le ridicule. Si ce n'est que la classe de Deneuve la sauve à chaque fois et nous laisse attendris, avec un sourire nostalgique au coin des lèvres. Gérard Depardieu retrouve sa partenaire du "dernier métro" et nous prouve une nouvelle fois que quand il est bien casté et dirigé, il est juste et redevient le monstre sacré qu'il a été, avant de tourner les multiples bouses des années 90 et 2000. Après "Mammuth", on peut dire que Depardieu revient en grâce, montrant des facettes de son jeu qu'on avait presque oubliées. Le reste du casting quatre étoiles est brillant. Fabrice Luchini est méconnaissable en patron machiste. Karine viard joue comme d'habitude avec le ton qu'il fallait au personnage et Jérémie Rénier décroche un rôle très drôle. « Potiche » mérite donc amplement son succès malgré quelques bémols sur la fin un peu trop facile. Un film léger dont l'humilité convient fort bien à François Ozon, tant mieux pour nous.


La piste aux Lapins :




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