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Minotaure

il y a 7 heures
2 min de lecture

De Andreï Zviaguintsev



Russie, 2022. Gleb, chef d’entreprise prospère, vit avec sa femme Galina et leur fils dans une ville de province. Il se retrouve confronté à des problèmes professionnels croissants, dans un monde de plus en plus instable. L’effondrement d’une vie soigneusement construite bascule rapidement dans la violence.


Avec Minotaure, Andreï Zviaguintsev poursuit l'œuvre qu'il construit depuis Le Retour, son premier long-métrage couronné à Venise en 2003, puis prolongée sur la Croisette avec Le Bannissement, Elena, Léviathan et Faute d'amour. Récompensé cette année par le Grand Prix du jury à Cannes, ce nouveau film est peut-être son plus abordable, sans rien céder de la rigueur qui fait sa signature : une narration tendue, sans échappatoire, et une mise en scène qui enserre ses personnages autant qu'elle les expose. Le cinéaste y reprend très librement la trame de La Femme infidèle (1969) de Claude Chabrol et la déplace dans la Russie de 2022, au moment où l'État appelle les civils sous les drapeaux.


Ce changement de décor transforme tout. Ce qui était chez Chabrol une étude feutrée de la bourgeoisie devient une tragédie sur l’effondrement moral russe d'aujourd'hu, créant un parallélisme entre l’effondrement au niveau d’un État et au niveau individuel d’un bourgeois perdant tout repère. Gleb, homme d'affaires fortuné, découvre que sa femme le trompe, et l'affaire bascule vers le polar, avec des échos manifestes de Hitchcock, de Psychose au Crime était presque parfait. Ce virage illustre la brutalité du mari comme reflet de celle que Moscou exerce sur l'Ukraine. Autour de ce couple sans tendresse, Zviaguintsev dessine un pays où une vie humaine compte à peine, où la police obéit à des dirigeants corrompus, et où les puissants échappent au front pendant que d'autres y partent sans formation.


La réussite du film tient à ce refus de dissocier le drame privé du naufrage collectif. Chaque plan est pensé avec précision, la lumière est travaillée avec soin, et cette sévérité formelle n'a rien d'une coquetterie : elle sert un regard frondeur qui ne cherche jamais à plaire. Comme souvent chez l'auteur, l'ancrage russe se double d'une portée mythologique qui dépasse le contexte national. Le monstre du titre reste hors champ, logé dans les habitudes d'un système nourri de peur et de compromissions. Le cinéaste ne juge pas ses personnages ; il attend chez eux un sursaut d'humanité, la défaite de la bête intérieure. En radiographiant sans indulgence la faillite morale d'une élite et de toute une société, Andreï Zviaguintsev signe un très grand film.


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