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Les meilleurs films 2023 du Blanc Lapin Partie 1 : N°40 à 21




Sur les 130 films sortis en 2023 et vus par votre blanc lapin préféré, il y a eu des très mauvais films plutôt à éviter, mais fort heureusement 2023 nous a réservé son lot de très bons films. Et comme il y en a beaucoup à 4 lapins et plus, le classement s'avère riche cette année.

Je vous propose de commencer directement le classement de 40 à 21, la suite venant dans quelques jours.


N°40 - Le Temps d’Aimer


 De Katell Quillévéré


1947. Sur une plage, Madeleine, serveuse dans un hôtel-restaurant, mère d’un petit garçon, fait la connaissance de François, étudiant riche et cultivé. Entre eux, c’est comme une évidence. La providence. Si l’on sait ce qu’elle veut laisser derrière elle en suivant ce jeune homme, on découvre avec le temps ce que François tente de fuir en mêlant le destin de Madeleine au sien...


Katell Quillévéré reient après Réparer les vivants avec ce film qui traite à la fois du destin d'une fille mère tondue à la libération et de l’homosexualité refoulée dans la France des années 50 et 60.


La trame du film est fine et permet de voir comment un amour se construit sur une double blessure, un double rejet de la société. La relation est étrange entre ces deux êtres où le non-dit dure de nombreuses années avant que la vérité soit acceptée et intégrée un certain temps. Anais Demoustier livre une très belle performance dans cette femme qui croit être sortie de sa malchance, tombe des nues puis se fait à l'idée tout en étant une mauvaise mère pour ce fils qui lui rappelle sa honte.


Vincent Lacoste aborde quant à lui un rôle original pour sa filmographie où il interprète avec beaucoup de nuances cet homme qui est à la fois sincère dans l'amour porté à son épouse et aux enfants et tiraillé par son désir et sa nature profonde.


Le film est subtil et délicat, se foutant des conventions en montrant les fragilités de deux êtres qui vont se serrer les coudes pour faire une part de leur chemin de vie ensemble. Réflexion intéressante sur les compromis du couple, le film souffre peut-être un peu de son classicisme de mise en scène et son romanesque manque parfois d'émotion mais c'est un très bon film.


La piste aux lapins :




N°39 - La Femme de Tchaïkovski


De : Kirill Serebrennikov


Russie, 19ème siècle. Antonina Miliukova, jeune femme aisée et apprentie pianiste, épouse le compositeur Piotr Tchaïkovski. Mais l’amour qu’elle lui porte n’est pas réciproque et la jeune femme est violemment rejetée. Consumée par ses sentiments, Antonina accepte de tout endurer pour rester auprès de lui.


Curieux film pour le réalisateur de "Léto" et "La fièvre de Petrov".


Kirill Serebrennikov est le réalisateur russe qui a la côte depuis 5 ans dans tous les festivals à commencer pare Cannes.


Il est vrai que l’animal a du talent pour insérer dans des récits classiques des scènes surréalistes qui illustrent le trauma d'un personnage ou ce qu'il ressent. Le procédé n'est pas nouveau de Fellini à Kusturica mais il n'est pas si fréquent et dans cette "Femme de Tchiaikovski", chacune de ces scènes illustre un peu plus comment son personnage s'enfonce dans l’abime de la folie. Car si au début on peut s'attacher à ce personnage bizarre qui est fan d'un artiste de renommée et s'offre à lui malgré la réticence de ce dernier et son affirmation qu'il n'est pas intéressé par les femmes, on bascule assez vite dans un sentiment plus confus. Le film a cela de fort qu'il aborde la condition féminine au 19ème siècle mais qu'il l'insère dans la Russie tzarine ultra codifiée où la femme a une place limitée à l'enfantement et la gestion de la maison, sans aucun droit.


Le cri de cette femme et sa détermination pour que son statut de femme d'un compositeur de renom ne lui soit pas enlevé se comprend par son souhait de ne pas disparaitre car sans homme point de salut. Mais Serebrennikov nous montre surtout une femme qui se ment et veut croire absolument que ce que lui affirme et lui impose son mari homosexuel est faux. Ceci ne peut pas être vrai, pas dans ses codes, pas dans cette société là et pas pour elle. Elle s'est rêvée femme de et l'a obtenu par une sorte de harcèlement, elle ne lâchera pas.


L'extrême sobriété de la mise en scène est fort heureusement illustrée des scènes surréalistes précitées et la confrontation des deux pointe la misère de cette société, misère économique où une petite classe sociale s'en sort, et misère intellectuelle où les génies sont portés aux nues quite à tout leur pardonner. Ceci a peu changé quoique depuis #Metoo ceci bouge enfin.


La descente aux enfers est donc funèbre dans l'enfermement fervent d'un personnage qui veut s'en sortir et ne comprends pas pourquoi elle ne peut provoquer un sentiment d'amour. Un très bon film également sur le déséquilibre d'une relation même si pour le coup ici c'est jusque boutisse dans le manque de sentiment de l'un des deux protagonistes. Le résultat est troublant en montrant l'incandescence d'un personnage qui ne peut que sombrer...


La piste aux Lapins :




N°38 - Le garçon et le Héron


De Hayao Miyazaki


Après la disparition de sa mère dans un incendie, Mahito, un jeune garçon de 11 ans, doit quitter Tokyo pour partir vivre à la campagne dans le village où elle a grandi. Il s’installe avec son père dans un vieux manoir situé sur un immense domaine où il rencontre un héron cendré qui devient petit à petit son guide et l’aide au fil de ses découvertes et questionnements à comprendre le monde qui l'entoure et percer les mystères de la vie.


La créativité et l’imaginaire du maitre Miyazaki sont intacts et impressionnent dès les premières image de ce long métrage animé à l’ancienne. Le maitre commence pour nous décrire un monde réel dont on se doute qu’il va basculer. De ses traditionnelles sorcières à cette tour qui rappelle l’importance de lieux comme le château ambulant, le château dans le ciel, l’auteur distille des indices. Et évidemment on finit par basculer dans un monde onirique entre rêve et monde parallèle où se côtoient des personnages iconoclastes, de pélicans, d’êtres en devenir qui se gonflent comme des ballons pour passer dans le monde des vivants, autant d’idées farfelues qui parsèment le long métrage de poésie et d’originalité.


Le film n’a rien de prévisible et même si on s’y perd parfois et si l’émotion n’explose pas autant que je l’aurais imaginée, Le Garçon et le héron est une très belle réussite.


La piste aux Lapins :





N°37 - Limbo

De Soi Cheang

A voir sur


Dans les bas-fonds de Hong-Kong, un flic vétéran et son jeune supérieur doivent faire équipe pour arrêter un tueur qui s’attaque aux femmes, laissant leur main coupée pour seule signature. Quand toutes leurs pistes s’essoufflent, ils décident d’utiliser une jeune délinquante comme appât.


Le meilleur thriller Hong-kongais asiatique depuis pas mal de temps s’intitule Limbo.


La traque d’un serial killer vue et revue prends une tournure différente grâce à l’alliance d’un jeune flic propret et d’un vieux flic expérimenté mais fracassé par la vie, aux méthodes ultra violentes. Sur le concept rien de révolutionnaire mais le réalisateur utilise un noir et blanc intemporel et la crasse des limbes d’un bidon ville, on y sent un climax très particulier. La quête est coupée de courses poursuites dans des méandres vraiment originaux qui donnent un sentiment d’oppression et d’enfer dont on ne peut s’échapper.


Crépusculaire et montant en pression peu à peu, Limbo laisse un souvenir indélébile et marque une très belle réussite du genre.


La piste aux Lapins :




N°36 - Dernière nuit à Milan

De Andrea Di Stefano

Disponible sur UniversCiné

Franco Amore porte bien son nom. Il dit de lui-même que, durant toute sa vie, il a toujours essayé d’être un honnête homme, un policier qui, en 35 ans d’une honorable carrière, n’a jamais tiré sur personne. Ce sont en effet les mots qu’il écrit pour le discours qu’il tiendra au lendemain de sa dernière nuit de service. Mais cette dernière nuit sera plus longue et plus éprouvante qu’il ne l’imagine et mettra en danger tout ce qui compte à ses yeux : son travail au service de l’Etat, son amour pour sa femme Viviana, son amitié avec son collègue Dino, jusqu’à sa propre vie.


Beau suspens et effets de surprise dans le scénario de ce très bon polar porté oar l’impeccable Pierfrancesco Favino, à la carrure d’homme viril et mature mais au regard terrorisé par la déflagration provoquée par l’accumulation de ses mauvais choix. La mise en scène est tendue, haletante. Milan devient un grand jeu de massacre potentiel extrêmement divertissant et bien mené.


La piste aux lapins :




N°35 - Reality


De Tina Satter


Le 3 juin 2017, Reality Winner, vingt-cinq ans, est interrogée par deux agents du FBI à son domicile. Cette conversation d’apparence banale parfois surréaliste, dont chaque dialogue est tiré de l’authentique transcription de l’interrogatoire, brosse le portrait complexe d’une milléniale américaine, vétérane de l’US Air Force, professeure de yoga, qui aime les animaux, les voyages et partager des photos sur les réseaux sociaux. Pourquoi le FBI s’intéresse-t-il à elle ? Qui est vraiment Reality ?


La force du film, sobre, aux trois personnages, tient à la fois d’une mise rn scène discrète qui épouse les nuances de jeu que du scénario qui avance en titillant notre curiosité et en ne révélant les enjeux qu’au fil de l’interrogatoire. Le fait que le scénario suive un enregistrement réel de l’interrogatoire par le FBI joue beaucoup car il donne à la fois une crédibilité et fascine par la méthode. Les agents sont plutôt doux et sympathiques et même si on sait qu’ils en savent davantage, on est fasciné par leur technique d’approche, par leur prévenance, à l’opposé de l’image qu’on se fait d’un interrogatoire musclé par le FBI. Face à eux, l’actrice Sydney Sweeney explose dans un rôle ambigu, son visage parfois inexpressif et parfois surpris telle une bête traquée sont impressionnants. Clairement le jeu de l’actrice interroge autant qu’il rebd dubitatif sur la profondeur de ce qu’on lui reproche d’avoir commis. On la voit jouer un personnage qui joue lui même. Sa réaction à la perquisition chez elle est anormale de calme donc elle a quelque chose à se reprocher mais son jeu de jouer la bonne citoyenne honnête et incrédule à quelquechose de fascinant. Et puis surtout, le film prend un tour politique huper intéressant que je ne peux pas révéler mais qui en dit beaucoup de la démocratie américaine et de la liberté d’action. Très intéressant et très bien ficelé.


La piste aux Lapins :




N°34 - L'astronaute


Nicolas Giraud, acteur de second rôles, a réussi très haut la main son pari en réalisant ce film à l’histoire improbable et peu crédible sur le papier. Il se donne le premier rôle en interprétant un candidat recalé de la sélection des astronautes du programme spécial européen, qui parceque son rêve absolu est d’aller dans l’espace, va se construire une fusée. Ça semble fou, pas crédible pour deux sous et pourtant on y croit. Grace à une mise en scène douce qui accompagne la résilience du personnage et la dimension à la fois héroïque et poétique de ce petit prince qui ne veut pas abandonner ses rêves. Le film prend une tournure très émouvante, porté par le reste du casting dont un Mathieu Kassovitz comme toujours impeccable. Son aura apporte gravité et bienveillance au projet fou du personnage et au fur et à mesure que l’équipe de passionnés de constitue, on se fait prendre au jeu. Vraiment un thème original car absurde scientifiquement parlant mais qui surprend par sa dimension de rêve et d’idéal. Une grande réussite.


La piste aux Lapins :




N°33 - Empire of light


De : Sam Mendes


Le pitch : Hilary est responsable d’un cinéma dans une ville balnéaire anglaise et tente de préserver sa santé mentale fragile. Stephen est un nouvel employé qui n’aspire qu’à quitter cette petite ville de province. En se rapprochant l’un de l’autre, ils vont apprendre à soigner leurs blessures...


Après les succès consécutifs des deux derniers James Bond, Skyfall et Spectre puis de 1917, l'excellent Sam Mendes change à nouveau de style, pour notre plus grand plaisir. Le réalisateur des chefs d’œuvre American Beauty et Les Noces rebelles sort donc ce drame intimiste sur une histoire d’amour dans l’Angleterre des années 80.

Olivia Colman joue cette femme cinquantenaire qui cache un secret et s'avère étrangement calme du fait d'un traitement dont on ne connait pas l'origine. Elle travaille dans ce vieux cinéma au centre de l'histoire et s'ennuie ans une vie plutôt glauque à côté de laquelle on sent qu'elle est passée. Vous imaginez bien que la lauréate de l'Oscar pour l'excellent La Favorite de Yorgos Lanthimos, de l'Emmy Awards 2020 du Golden Globe 2021 pour The Crown puis pour The Father, est parfaite dans le rôle. Le film est très intime pour son réalisateur puisqu'il s'est inspiré de sa mère pour écrire le personnage.


Et puis un jour un jeune homme noir va venir travailler au sein du cinéma et la vie de cette femme sans repères va changer. Le très beau Micheal Ward (Small Axe, la série Top Boy) joue ce personnage lumineux et qui a la vie devant lui et va apporter son flot de bonheurs à cette femme d'une tristesse désarmante. Le film oscille entre scènes rudes où on comprend peu à peu le mal du personnage principal et scènes qui donnent le sourire et la banane car on voit renaitre un cœur éteint. Sam Mendes écrit évidemment une lettre d'amour au cinéma mais il le fait avec finesse comme à son habitude, sans tout centrer sur le pouvoir du cinéma et en l'utilisant uniquement comme un condiment pour améliorer son histoire générale, déjà forte.


Autre thème du film, Sam Mendes nous parle du racisme skinhead des années 80 avec une force salvatrice et rappelle que très vite l'humain peut tomber dans une crasse intellectuelle et morale abjecte. Ceci n'a rien de nouveau mais l'irruption du thème dans le film a un grand mérite en terme de message à toujours sans cesse répéter tant on voit aujourd'hui monter des idéologies nauséabondes dans nos démocraties occidentales, sur lesquelles on croyait avoir vaincu alors que non, pas du tout.


Le film est mélancolique souvent, généreux tout le temps et l'empathie, les émotions qu'il dégage en font une réussite indéniable. Certes, ce n'est pas le meilleur opus de son réalisateur, pas aussi fort que Les Noces Rebelles mais l’atmosphère qu'il dégage est vraiment particulière et sa conclusion aura du mal à ne pas vous bouleverser.


La piste aux Lapins :




N°32 - Asteroid City


De Wes Anderson



Asteroid City est une ville minuscule, en plein désert, dans le sud-ouest des États-Unis. Nous sommes en 1955. Le site est surtout célèbre pour son gigantesque cratère de météorite et son observatoire astronomique à proximité.


Wes Anderson a tourné Asteroid City avec un casting aussi fou que "The french dispatch" avec Tilda Swinton, Scarlett Johansson, Tom Hanks, Bill Murray, Margot Robbie, Edward Norton, Adrien Brody, Jeff Goldblum, Bryan Cranston, Jason Schwartzman, Matt Dillon, Rupert Friend, Willem Dafoe, Steve Carell !  


Anderson fait partie de mes chouchous car il a un univers unique, un style unique, mélancolique, drôle et perché. Ses invitations à visiter ses univers sur mesure d'une précision d'horloger ont donné de grands films parmi lesquels La Famille Tenenbaum, La Vie aquatique, À bord du Darjeeling Limited, Fantastic Mr. Fox, Moonrise Kingdom, The Grand Budapest Hôtel, L'Île aux chiens.


Ici vous ne serez pas perdus si vous connaissez le style d'Anderson. Tout est millimétré et chaque plan constitue un tableau. C'est beau, c'est soigné et c'est souvent drôle.


Moins dynamique que son prédécesseur, Asteroid city laisse plus de temps aux personnages et c'est tant mieux. The french dispatch allait parfois trop vite.


Encore une fois depuis deux films, une partie de la presse n'aime pus Anderson et le trouve trop caricatural de son cinéma, avec une forme qui prend le pas sur le fonds. Alors c'est vrai en partie mais à la différence d'un Tim Burton qui s'enferma dans son style et produisit des films plats et sans saveur, Anderson livre de très bons divertissements, hyper originaux par rapport à toute la production cinématographique actuelle. Il reste deux crans au dessus de la mêlée et dénier cette qualité à Asteroid City serait un jugement d'enfant gâté, ce que sont les critiques qui se pincent le nez face à un tel objet filmique bien identifié. Cependant force est de constater que ces deux derniers films sont moins impactants. Quelle est la raison ? Ce n'est pas tellement la forme mais plutôt la sensibilité des personnages et le fait qu'on s'y attache moins, peut-être parcequ'il y en a trop justement. La moindre émotion est pour le coup est constat évident. Anderson va dans ces deux prochains films revenir à des castings plus raisonnables et c'est probablement une bonne idée.


Le onzième long métrage de Wes Anderson a un côté méta très charmant sur les conteurs d'histoire via le film dans le film ou plutôt le film dans la pièce de théâtre. Une excellente idée.


La mélancolie est toujours sa marque de fabrique, le style et la classe incroyable de sa mise en scène sont là. Ne boudons tout de même pas notre plaisir. Ce n'est pas le meilleur d'Anderson mais ceci reste très très bon.


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N°31 - Arrête avec tes mensonges


De : Olivier Peyon



Le romancier Stéphane Belcourt a accepté de parrainer le bicentenaire d’une célèbre marque de cognac. C’est l’occasion de revenir pour la première fois dans la ville où il a grandi. Sur place, il rencontre Lucas, le fils de son premier amour. Les souvenirs affluent : le désir irrépressible, les corps qui s’unissent, une passion qu’il faut taire… Ce premier amour s’appelait Thomas. Ils avaient 17 ans.


Difficile de ne pas voir un côté autobiographique dans ce film adapté d'un roman de Philippe Besson.


L'auteur qui parle souvent de son homosexualité choisit Guillaume de Tonquélec pour incarner cet écrivain célèbre qui revient dans la région de son enfance avec laquelle il n'a plus de lien sauf de vieux souvenirs douloureux. Via des flash back on y découvre alors ce premier amour caché, car l'autre adolescent ne s'assumait pas. Les jeunes acteurs Jérémy Gillet et Julien De Saint-Jean ont de nombreuses scènes et s'en sortent haut la main. Toute l'histoire tourne autour de ce secret, de pourquoi cet amour n'a pas duré, de ce qu'il a laissé comme marque et du rapport entre cet écrivain et le fils de son premier amour.

Si Guillaume de Tonquélec est tout en nuances et en pudeur, on peut noter que Victor Belmondo trouve son premier premier rôle où on peut juger de son talent. Et visiblement son grand père lui a légué un naturel évident. Il est bon et excelle dans ce jeu de dupes sur la recherche des souvenirs.

On peut regretter que la mise en scène ne soit pas au niveau du jeu et de l'histoire, extrêmement émouvante. Le réalisateur surligne trop les moments où il faut pleurer et c'est dommage car le film est très réussi dans son ensemble. Mais pour la force de l'histoire et les acteurs, foncez-y.


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N°30 - Les filles d’Olfa


De Kaouther Ben Hania


La vie d'Olfa, Tunisienne et mère de 4 filles, oscille entre ombre et lumière. Un jour, ses deux filles aînées disparaissent. Pour combler leur absence, la réalisatrice Kaouther Ben Hania convoque des actrices professionnelles et met en place un dispositif de cinéma hors du commun afin de lever le voile sur l’histoire d’Olfa et ses filles. Un voyage intime fait d’espoir, de rébellion, de violence, de transmission et de sororité qui va questionner le fondement même de nos sociétés.


Curieux procédé choisi par la réalisatrice qui aurait pu être extrêmement bancal et auquel on s’habitue très vire. Olfa et ses deux filles restantes sumpathisent avec les actrices qui jouent les deux filles parties pour Daesh et témoignent de façon transparente de leur quotidien, de comment il a évolué oar petites touches. Et elles rejouent aussi leur rôle, ce qui aurait pu très mal passer et qui au final rend parfaitement le lien entre ces quatre femmes et les déchirements. On y jette un regard curieux de par le procédé avant de se laisser happer par l’histoire de cette Olfa plutôt rebelle et moderne, indépendante des hommes et qui n’a rien fait dans son éducation pour pousser ses filles au Djiad sauf qu’elle a voulu les protéger de la rudesse des hommes qu’elle avait elle même vécue.


Le documentaire est plutôt un docu-fiction, un film au style hybride singulier, désarçonnant et passionnant à la fois. On y parle de la condition des femmes tout autant que de l’endoctrinement par une idéologie fachiste. La parole se libère par le jeu et donne au cinéma une autre forme de catharsis que la pure fiction. Un film inattendu.


La piste aux lapins :




N°29 - Beau is afraid


De Ari Aster


Ari Aster est le réalisateur ultra hype du cinéma d'horreur après Hérédité et Midsommar.


Beau is afraid était donc ultra attendu puisque son personnage est interprété par non moins que l'un des meilleurs acteurs au monde, Joaquin Phoenix !

Soyons clairs d'entrée, Phœnix est génial comme toujours et nous bluffe une nouvelle fois. On comprend qu'il ait adoré le script.

Après le film est très particulier et au moins la moitié du public risque soit de détester soit d'être larguée tant le film est perché.


On pense à Lynch, ou à un cinéma plus aventureux des années 70 et 80 où les réalisateurs n'hésitaient pas à nous plonger dans des métaphores ou des concepts pas forcément faciles d'accès mais jouissifs quand on adhérait.


Ici il faut absolument comprendre que l'on entre dans la tête névrausée du personnage principal et qu'on n'en sort jamais sinon ben, on ne comprendra strictement rien au film.


Passé cette étape, on accepte cette course poursuite délirante et cauchemardesque et le passif de la filmographie du réalisateur prend évidemment tout son sens.


On est souvent à la frontière de l'horrifique car tout ce qui arrive à Beau ressemble au réel mais ne l'est jamais totalement.


Évidemment la grande question est de se demander ensuite ce qui relevait du trauma du personnage et sa vision délirante du monde ou d'un réel qu'il a vécu.


Ce parti pris est très fort et couillu, dans tous les sens du terme et vous comprendrez en voyant le film jusqu'au bout. Mais aussi malaisant que le visionnage peut l'être parfois, le film fascine par la virtuosité du jeu de Joaquin Phœnix et de la mise en scène d'Ari Aster comme de l'imaginaire tordu et tortueux qu'il déploie devant nos yeux. Ce type est brillant et marquera le cinéma dans les années à venir, c'est évident. Même Martin Scorsese l'affirme !


J'ai beaucoup aimé mais c'est vraiment casse gueule de dire "vas y c est excellent !" tant c'est typiquement le genre de film qu'on adore ou que l'on vomit.


En tout cas pour moi c'était un moment intriguant, avec du suspens, des surprises, des émotions et une curiosité sollicitée en permanence soit beaucoup de cases qu'un grand film se doit de remplir.


La piste aux lapins :



N°28- Une nuit

d'Alex Lutz


Après avoir surpris la presse et le public avec le très bon Guy en 2018, l’humoriste et acteur Alex Lutz revient à la réalisation avec un film d’homme mur au regard mature et encore émerveillé sur le sentiment amoureux. On a souvent vu des films traitant d’une relation fugace de quelques heures entre deux êtres qui s’attirent et s’accordent une parenthèse.


On pense à la trilogie « before sunrise » de Richard Linklater avec Ethan Hawke et Julie Delpy. Ici Lutz va sur le même terrain mais avec ses mots, poétiques parfois, qui surprenaient beaucoup dans son dernier spectacle où il adjoignait à l’humour des pépites écrites avec en ligne de mire une prise de hauteur nostalgique sur le sens de la vie. Il poursuit donc cet exercice avec la brillante Karin Viard dans un duo de dialogues sur le couple, le sexe, les enfants, les amis. Entre ces deux êtres au coup de foudre improbable et qui ne veulent pas abandonner leur vie paisible au delà de cette nuit se jouent les premiers sentiments d’une relation, vécus délicieusement comme un cadeau improbable qu’ils pensaient ne plus jamais vivre.


La liberté qui se dégage du long métrage est touchante et l’exercice d’équilibriste délicat pour ne pas tomber dans le naif, le ridicule ou le sordide. La magie d’"Une nuit" est qu’Alex Lutz réussit tout cela avec talent. Une très bonne surprise.


La piste aux lapins :




N°27 - Wonka

De Paul King


Découvrez la jeunesse de Willy Wonka, l’extraordinaire inventeur, magicien et chocolatier de l’univers féérique de Charlie et la chocolaterie de Roald Dahl, dans le film WONKA. Timothée Chalamet incarne ce jeune homme débordant d’idées et déterminé à changer le monde… avec gourmandise ! Cette œuvre haute en couleur, mêlant émotion et humour, prouve que, dans la vie, les rêves peuvent devenir réalité – surtout si on a la chance de rencontrer Willy Wonka.


J'avais detesté le Charlie et la Chocolaterie de Tim Burton, sorte d'énorme guillmauve écoeurante où Johnny Depp en faisait des caisses et où Burton se caricaturait à l'extrême comme jamais pour nous livrer un univers niais et visuellement insupportable.


Je m'attendais donc à la même chose pour ce prequel des aventures du chocolatier de Roald Dahl.


Sauf qu'ici, le réalisateur des films pour enfant Paddington, ne s'est pas inspiré du film de Burton mais de celui sorti dans les années 70. Et paradoxalement, son film est bien moins niais. Ou plutôt, malgré la comédie musicale et les passages chantés qui sont par essence ultra casse gueule, le film fonctionne très bien avec ce que l'on demande à un "film de Noel", à savoir de l'émerveillement. Les trouvailles visuelles font penser aux Animaux fantastiques en réussi.


L'histoire est certes très con et attendue mais le film comporte une forme de légèreté extrêmement bien réussie et un atout en or...Timothée Chalamet. L'acteur de 27 ans est aujourd'hui une énorme star après Call me by your name ou Dune. Mais il est surtout brillant. Il crève l'écran dans chacune des scènes, virevoletant, dansant sur terre ou en s'envolant avec quelquechose de rare, la grace.


C'était effectivement souvent dit et écrit depuis deux ans que Chalamet était le nouveau Di Caprio mais là c'est une certitude. Réussir à ne pas être ridicule dans ce rôle et à se mouvoir et s'exprimer avec classe n'avait rien d'évident. Wonka vaut le coup d'oeil ne serait-ce que pour son numéro d'acteur. On ne peut pas dire "A star is born" puisqu'on le savait déjà mais là, il explose tout.


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N°26 - Banel & Adama


De Ramata-Toulaye Sy


Film pas banal que ce premier long-métrage de la réalisatrice franco-sénégalaise Ramata-Toulaye Sy, présenté en compétition officielle lors du dernier festival fe Cannes 2023.


On y suit un jeune couple, Banel et Adama qui s’aiment et vivent dans un village éloigné au Nord du Sénégal.


Ils veulent s ‘émanciper des traditions de leur communauté et fuir ailleurs pour vivre pleinement leur amour.


Lui ne veut pas hériter de son défunt père du rôle de chef du village et elle ne veut pas d’enfants et vivre avec son amoureux loin du poids religieux et ethnique.


Banel & Adama raconte donc l’histoire d’une jeune femme libre qui veut vivre son amour pur et beau sans contraintes et qui va se retrouver confrontée aux événements, à la culpabilité que le village arrive à faire passer et se faire emporter dans un torrent de préjugés. Seront-ils plus forts que cet amour si touchant de pureté ?


La fable est subtile et certains plans d’une très grande beauté tout en abordant un thème pas si fréquent sous un angle nouveau.


L’épure de la mise en scène souligne la puissance de la nature sauvage tout autant que certaines scènes à la limite du surnaturel.


C’est avec style que cette jeune réalisatrice signe sa première œuvre, à la fois douce et implacable. L’esthétique du film ne nuit aucunement au propos amer sur le patriarcat. Une très belle surprise.


La piste aux Lapins :





N°25 - The quiet girl


De : Colm Bairéad


Irlande, 1981, Cáit, une jeune fille effacée et négligée par sa famille, est envoyée vivre auprès de parents éloignés pendant l’été. Mais dans cette maison en apparence sans secret, où elle trouve l’épanouissement et l'affection, Cáit découvre une vérité douloureuse.


Très belle découverte que ce film irlandais à la fois pudique et très émouvant dont le thème est le manque d’amour d’une petite fille que les parents n’ont pas voulu et qui avec déjà trois filles et un futur garçon ne lui donnent aucune affection. Entre l’alcoolisme du père et la dépression d’une mère zombie qui tirent le diable par la queue. Et puis cette enfant qui parle peu va passer l’été chez une cousine de sa mère et son mari, un couple plus âgé, paysans également mais moins dans le besoin et surtout bienveillants. La jeune fille va alors découvrir des parents qu’elle rêverait d’avoir et à qui les circonstances de la vie n’ont pas permis d’être parents.


Le film est très beau même si il faut s’armer de patience car son réalisateur choisit l’économie de mots, de simples petits gestes du quotidien par lesquels l’enfant va découvrir que la vie ne se limite pas à la froideur et l’absence d’attention de sa famille rustre et coupée de tout affect.


Un film très fort à la fin bouleversante.


La piste aux Lapins :





N°24 - Burning days


De Emin Alper


Actuellement disponible en VOD

Emre, un jeune procureur déterminé et inflexible, vient d’être nommé dans une petite ville reculée de Turquie. À peine arrivé, il se heurte aux notables locaux bien décidés à défendre leurs privilèges par tous les moyens, même les plus extrêmes.


Excellente surprise que ce thriller turc qui aime surprendre par son récit et son scénario malin.


Le réalisateur nous immerge directement dans une histoire politique mêlée de corruption au fin fond d’un village turc arriéré. Et pour faire durer son film sans jamais ennuyer, il va utiliser un événement imprévu qui va confronter son procureur incorruptible à la défaillance d’une soirée où il a été drogué.


Excellente idée qui rythme le film de rebondissements liés à la confrontation entre mémoire et morale. A ceci il mixte une relation homo érotique avec un personnage de journaliste mystérieux dont on ne sait pas si il est sincère ou manipulateur et où sont ses intérêts personnels comme sentimentaux. Bonne idée également qui brouille encore plus les pistes. Enfin Emin Alper tient un rythme soutenu pour nous balancer sa d’énonciation d’un système institutionnalisé et accepté du pouvoir d’Erdogan tout en virant au vrai thriller angoissant et étouffant.


Une vraie réussite.




N°23 - Les Trois Mousquetaires


De : Martin Bourboulon


Le roman d'Alexandre Dumas a été maintes fois adapté au cinéma et pas toujours pour le meilleur. Souvent le casting est international avec du grand spectacle mais des personnages pas très bien travaillés faute de temps et de qualité d écriture.

Ce blockbuster à la Française va je l’espère cartonner en salles ainsi que sa suite et redonner des couleurs au cinéma français.


Car il le mérite. C’est un excellent travail sur le scénario avec aucune scène de trop, un film rythmé et bourré d’action et des costumes sublimes.


Mais c est surtout l’ensemble des travers précités qui sont laissés de côté. Il y a de l'humour mais il n est pas lourdaud comme dans bien des films à gros budget.


L’ensemble du casting est impeccable de François Civil en d'Artagnan modernisé mais rebelle comme dans le roman à Pio Marmai, Vincent Cassel et Romain Duris en mousquetaires tous bien caractérisés et bien écrits et c'est aussi grâce au fait d'avoir pensé le film comme un diptyque où les personnages ont le temps d'exister et pas juste d'être des vignettes.

Celà fait sacrément plaisir de voir un pari aussi risqué relevé avec le gant et le retour d'un cinéma populaire de qualité.

Vraiment j'ai passé un très bon moment. Les autres rôles comme comme Louis Garrel en roi inconstant mais pas aussi manipulable que dans le roman de Dumas, donne une touche supplémentaire même si la Milady Eva Green est très bien dans son rôle vénéneux mais pas surprenante.

On sent tout le souci de la production d’avoir voulu rendre un résultat plus réaliste que nombre d'adaptations précédentes et c'est une très bonne surprise. Vivement la suite en fin d'année !


La piste aux Lapins :





N°22 - La famille Asada


De : Ryôta Nakano


Dans la famille Asada, chacun a un rêve secret : le père aurait aimé être pompier, le grand-frère pilote de formule 1 et la mère se serait bien imaginée en épouse de yakuza ! Masashi, lui, a réalisé le sien : devenir photographe. Grâce à son travail, il va permettre à chacun de réaliser que le bonheur est à portée de main.


C'est LE film good movie de ce début d'année qui a conquis la presse et le public. Les salles dans lequel le film est projeté ne désemplissent pas.


Et on peut comprendre pourquoi tant le film est original et bienveillant par son approche, faisant rigoler régulièrement tout en prenant aux tripes à certains moments.


En mettant au centre de l'histoire l'intérêt de la photo comme occasion d'unir une famille au fil du temps mais aussi comme point de repère dans les souvenirs de victimes du Tsunami, la Famille Asada réussit à raconter une histoire toute simple, avec humilité mais beaucoup de cœur.


Le personnage principal, photographe en devenir et glandeur devant l'éternel est attachant même si il est lâche et qu'on comprend parfois difficilement sa fuite perpétuelle. Mais il est porté de bonnes intentions. Il se fait pardonner systématiquement de ses parents grâce à ses petites attentions et son côté lunaire et artiste.


Son frère très sérieux ou sa petit copine qui s'agace de son inconstance tout comme ses parents aux choix de vie familiaux disruptifs au Japon, ont tous du chien et surtout composent un beau tableau familial. Certes, lorsqu'on comprend l’astuce comique du film, elle devient un peu répétitive parfois.


Fort heureusement l'histoire bascule sur le drame du tsunami et cette recherche des disparus sur des photos perdues et nettoyées par le héros et des bénévoles. C'est l'occasion alors de traiter d'un sujet potentiellement larmoyant avec beaucoup de dignité et de sobriété, ce qui amène l'émotion mais avec une grande retenue.


La douceur et la drôlerie font de ce film une très belle réussite.


La piste aux Lapins :




N°21 - La chimère


De Alice Rohrwacher


Chacun poursuit sa chimère sans jamais parvenir à la saisir. Pour certains, c'est un rêve d’argent facile, pour d'autres la quête d’un amour passé… De retour dans sa petite ville du bord de la mer Tyrrhénienne, Arthur retrouve sa bande de Tombaroli, des pilleurs de tombes étrusques et de merveilles archéologiques.


 Josh O'Connor, vu en jeune prince Charles dans la série The Crown et repéré dans Seule la Terre, sera très présent en 2024 avec Challengers aux côtés de Zendaya (le nouveau film de Lucas Guadagino, Call me by your name), mais aissi LEE, le biopic de Lee Miller avec Kate Winslet. D'ici là le voilà dans un excellent rôle.


Son attitude renfermée et à la fois solaire de sourcier qui cache un secret ne pourra que vous séduire. Son personnage est assez vite attachant et on cherche à comprendre cet alliage curieux entre un anglais et des petites frappes italiennes qui pillent des tombes.


Non seulement la thématique est très originale mais la réalisatrice de Les Merveilles ou Heureux comme Lazzaro, use de stratagèmes de mise en scène très judicieux pour exprimer certains états du personnage tout en alternant un rapport aux images entre le daté et le moderne, entre le 35mm, le Super 16mm... Le film est volontairement foutraque et pourtant on retombe sur nos pates dans un final éprouvant, triste et doux.


La fantaisie générale du film et l'étrangeté qui s'en dégage sont une vraie réussite et l'une des pépites de cette fin d'année 2023.


La piste aux Lapins :




Et voilà, suite et fin du classement 2023 très bientôt...






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