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Frantz

De: François Ozon



Avec ce nouveau long métrage, le prolifique et talentueux François Ozon change de style et aborde un sujet très différent de sa filmographie. Il s'intéresse au pardon, à la culpabilité pour des êtres jetés dans la tourmente et la boucherie de 14-18. Il le fait avec un angle d'accroche original par son scénario bien que très classique dans sa mise en images.


Le noir et blanc pour épouser l'époque et le visage très années 20 de Pierre Niney collent parfaitement à cette époque post traumatique où allemands et français vivent chacun dans leur pays en ruine, soulevés par une haine de l’autre qui n'est pas encore retombée, les blessures étant béantes.


Ozon arrive, en racontant l'histoire de cet étrange jeune français venant fleurir la tombe d'un jeune allemand dans sa ville natale, à instaurer un certain mystère. Qu'y avait il entre les deux jeunes gens , Pourquoi cet homme est il si tourmenté, si attaché à un autre jeune garçon tombé au combat ?


La pudeur et la finesse de l'interprétation de la famille allemande y est pour beaucoup, au premier rang desquels Paula Beer, qui illumine le film de sa tristesse mélancolique. On voit le visage à fleur de peau de cette jeune fiancée fauchée dans son futur, s'illuminer peu à peu, reprendre espoir. C'est elle le vrai premier rôle auquel on s'attache en quelques minutes, telle une Romy Schneider des temps modernes, d'une beauté évidente dont on ressent toutes les fêlures à l'intérieur.


Pierre Niney joue peut être un peu trop de façon théâtrale mais ceci ne m'a pas dérangé, car le jeu colle au personnage à la limite de la folie que lui a dessiné Ozon.


Le réalisateur choisit un ton neutre, celui du noir et blanc pour montrer à quel point, l'humain, même au fond du trou, a besoin de se raccrocher à quelquechose, à un espoir de renaissance, même par procuration. Mais il n'oublie pas le rythme de son récit pour nous balloter dans une enquête sur le passé puis sur l'avenir avec déconvenues ou surprises qui font le sel du long métrage.


Il arrive à nous émouvoir avec le plus grand des classicismes dans sa mise en scène, avec un film étonnamment très sage pour cet auteur qui nous avait habitué à surprendre. Mais pourtant, ceci fonctionne car l'histoire est troublante et qu'elle capte un moment de l'histoire qu'on n'a pas si souvent raconté.


Le film est plus dense qu'il n'y parait et porte un message politique très fort. En enfants d'une Europe sans guerres depuis deux à trois générations, nous avons perdu l'habitude de mesurer la force de ce qui a été construit à partir de la moitié du 20ème siècle. Frantz arrive à faire toucher du doigt cet acquis sans le faire avec de gros sabots, juste un peu de poésie, des miroirs entre les deux peuples éreintés et l'universalité de la douleur de pères et mères face à des guerres inutiles.


Ce film pacifiste est aussi celui de la maturité de François Ozon et on ne peut que se réjouir de le voir progresser encore tant le niveau de ses précédents films était déjà excellent. Il signe un film élégant et ample, et atteint une belle sérénité dans sa mise en scène.


La piste aux lapins :


















































































































































































































































Terrence Malick

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